Emploi et politiques sociales

À quand la fermeture du service de chirurgie cardiaque de l'hôpital Henri Mondor ?

L'intérêt de l'hôpital et des politiques passe avant celui des malades et des contribuables

10 novembre 2011 • Philippe François

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Le constat de départ était simple : à elle seule, la région parisienne comptait 14 services de chirurgie cardiaque, plus que toute l'Allemagne. Parmi les 4 centres hospitaliers publics de chirurgie cardiaque, celui de l'hôpital Henri-Mondor était tout désigné pour être supprimé. Des problèmes de management du service, pas traités (ou impossibles à traiter) par la direction et le conseil d'administration de l'hôpital depuis longtemps, avaient conduit à une forte baisse de la quantité de cas traités, et vraisemblablement une baisse également de la qualité des soins. Mais si la fermeture de 4 centres privés et mutualistes a été rapide, en fermer un seul public semble... impossible.

Le service d'Henri Mondor maintenu

Après une année de débat, le Ministre de la santé a finalement annoncé à l'Assemblée nationale, ce 2 novembre, que ce service serait maintenu. Une décision difficile, mais ce sont les raisons avancées qui étonnent : « Ce service et l'hôpital Henri Mondor ne doivent pas être pénalisés par des erreurs passées ».

On se serait attendu à ce que la décision soit fondée sur les besoins de la population : nombre total d'opérations sur la région parisienne et nombre de services existants. Mais pas du tout, c'est la satisfaction de l'hôpital et de ses équipes qui est mise en avant. Le fait qu'un rapport de l'IGAS ait signalé que la situation de ce service s'est nettement améliorée n'est absolument pas pertinent : le problème est qu'il faut supprimer un service de chirurgie cardiaque dans cette région.

Une décision coûteuse et risquée

Le maintien d'une équipe « de trop » mobilisant des personnels très spécialisés et très compétents et des équipements de pointe a un coût financier considérable (de dizaines de millions d'euros par an), difficilement acceptable quand le déficit de l'assurance maladie est de 6 milliards d'euros. Mais il a aussi un impact sur la qualité moyenne des soins dans les centres chirurgicaux de la région : traitant chacun moins de cas, disposant de moins de personnels rares, leur performance sera globalement réduite. Il est aussi probable que ce maintien a un impact sur les centres de chirurgie cardiaque de province qui verront augmenter le « taux de fuite » de leurs malades et de leurs personnels compétents.

Une décision politicienne

La fermeture de ce service de l'hôpital d'Henri Mondor avait été décidée par l'Agence Régionale de Santé de l'Ile-de-France (ARS) dont c'est le rôle d'optimiser les services de santé dans la région. Cet ARS est dirigé courageusement par Claude Évin, ancien ministre socialiste de la Santé. Avec son millier de salariés, on peut penser que cet organisme a la capacité de prendre les bonnes décisions.

Mais la quasi totalité des politiques de la Région se sont ligués pour la contester, et à 6 mois des élections, ont fini par faire reculer le gouvernement. Le désaveu de l'ARS, une structure récente et essentielle de la réforme de la santé de 2008, est un mauvais coup pour sa crédibilité et un très mauvais signal pour le redressement des comptes sociaux de la France.

Une fois de plus, on constate, contrairement à une fable, combien la gestion politique est dominée par le court terme et combien il est malsain que des problèmes strictement techniques deviennent des enjeux politiciens. Il est naturel que la puissance publique intervienne dans certaines régions peu peuplées pour maintenir des services non rentables mais indispensables. En Ile-de-France ces problèmes de distance ne se posent absolument pas.

Autre recul : report de la tarification à l'activité pour les hôpitaux de proximité

La même semaine, et à l'unanimité, les députés ont repoussé au 1er mars 2013 l'application de la tarification à l'activité (T2A) dans les hôpitaux de proximité « pour laisser à ces établissements le temps de s'adapter, vu leurs ressources techniques limitées ». Ce changement est prévu depuis 2004 et devait être effectif au 1er janvier 2012. Les autres hôpitaux et toutes les cliniques sont tous passés à la T2A depuis plusieurs années.

En réalité, ce report a été demandé pour éviter de mettre en évidence les surcoûts considérables de certains hôpitaux de proximité. En reculant cette réforme, on rend encore plus improbable la convergence à 100% des tarifs de ces hôpitaux et des cliniques en 2018. La France veut-elle sérieusement réduire ses déficits ?

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