Emploi et politiques sociales

Protection des chômeurs : Le mythe français

30 septembre 2001 • une contribution extérieure

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Les médias et les politiques dénoncent de manière régulière les Etats-Unis comme une société élitiste ne se préoccupant pas de la partie la plus pauvre de sa population ; à de nombreuses reprises l'iFRAP a pu montrer combien cette idée est un mythe. La France, où le chômage touche 15% des ménages, est cependant très fière de son système de protection des chômeurs supposé atténuer les difficultés des ménages qui y font face. Les chiffres donnent une vision moins optimiste de la réalité.

Si l'on compare le système d'indemnisation français au système américain, on note des différences très importantes. Première différence majeure, le salarié américain ne cotise pas à l'assurance chômage, celle-ci est entièrement financée par une taxe payée par les entreprises.

L'indemnisation est obtenue selon les critères suivants :
- Avoir travaillé 4 trimestres au cours des 5 derniers trimestres
- Avoir eu un revenu d'au moins 13.000 francs (ce chiffre varie légèrement en fonction du salaire moyen des États) pour cette période.
- Le licenciement n'est pas dû à une faute du salarié.

L'allocation est perçue pendant une période de 6 mois (cette période peut être allongée dans les années où le chômage connaît une montée importante), qui peut-être étendue de 3 à 5 mois supplémentaires pour les cas difficiles. L'allocation dépend du revenu touché pendant l'année précédente et est plafonnée, les allocations s'échelonnent entre 1200 et 8000 francs par mois (cette fourchette est variable, elle aussi, selon le niveau de vie des États).

40 % des chômeurs français ne sont pas indemnisés

Les indemnités versées en France sont plus élevées et la durée d'indemnisation plus longue. Mais, contrairement aux idées reçues tous les chômeurs ne bénéficient pas d'une indemnité. 40% des chômeurs ne sont pas indemnisés (données UNEDIC au 31 décembre 1999) pour diverses raisons : fin de droits, personnes exerçant antérieurement une activité hors champs (professions libérales, chefs d'entreprises), premières demandes d'allocation, démission, durée de cotisation trop faible ou absence de demande d'indemnisation.

Les périodes de chômage sont très différentes en France et aux Etats-Unis. En France, la moitié des chômeurs le sont depuis plus d'un an, sans compter l'ensemble des personnes découragées qui renoncent à chercher un emploi et deviennent inactives. La baisse constante du niveau d'activité en France en est le témoin (voir Société Civile n°9). Le chômage en France est une véritable porte vers l'exclusion, car après un an les indemnités diminuent fortement tout comme les chances de retrouver un emploi stable. Une personne sans emploi depuis plus d'un an est souvent démotivée, manque de formation, et devient de moins en moins employable. D'ailleurs, pour les chômeurs de très longue durée on ne parle plus de leur retrouver un emploi mais de les réinsérer. Malgré tous les moyens financiers mis en œuvre on connaît l'échec du "I" du RMI (Revenu Minimum d'Insertion).

50 % des chômeurs américains retrouvent un emploi en moins de 6 semaines

Les Etats-Unis peuvent se permettre un système d'indemnisation peu développé dans la mesure où la meilleure protection pour le salarié américain est le dynamisme du marché du travail. Perdre son emploi aux Etats-Unis n'a pas du tout la même signification qu'en France. En effet, 50% des chômeurs américains retrouvent un emploi en moins de 6 semaines.

On peut se demander si ce faible système de protection ne joue pas comme une incitation à se réinsérer rapidement sur le marché et interdit les abus. Le système français donne une impression trompeuse de sécurité à une personne qui perd son emploi.

Pas d'obligations pour les demandeurs d'emploi français

Dans beaucoup de pays le système d'allocation chômage s'accompagne de contraintes. C'est-à-dire que le chômeur doit prouver qu'il souhaite vraiment retravailler, et souvent il est tenu d'accepter un emploi sinon il perd ses allocations. En France, le système est sans contrepartie. Jusqu'alors, les allocations étaient dégressives ce qui en soit constituait une incitation à retrouver rapidement du travail. Depuis juillet 2001, avec le PARE (Plan d'aide au retour à l'emploi), l'allocation devient non dégressive. Cette non dégressivité ne s'accompagnera d'aucune obligation forte pour les demandeurs d'emploi, si ce n'est d'effectuer des recherches positives d'emploi. Terme relativement flou, qui en aucun cas n'est une obligation à accepter un emploi.

Certes, cette mesure va apporter une sécurité apparente plus grande aux chômeurs, mais ne va en aucun cas permettre un retour plus aisé à l'emploi pour les chômeurs de longue durée. Pour une grande partie d'entre eux la sortie du chômage se fait soit vers l'inactivité soit vers des contrats aidés.

La loi interdisant les licenciements n'interdira pas le chômage

La nouvelle loi sur la modernisation sociale visant à rendre encore plus complexes les licenciements risque d'être un frein supplémentaire à l'embauche surtout dans les petites entreprises. Pourtant, on ne résoudra pas le problème du chômage sans créations d'emplois. Les licenciements dans les grandes entreprises n'auraient pas ce caractère dramatique sur les plans humain et social si la France était capable de créer des emplois dans le secteur privé, or, depuis 1970, le secteur marchand a perdu près de 2 millions d'emplois et le taux de chômage actuel est le double de celui des Etats-Unis (pour mémoire : 8,6% en France en 2000, contre 4,2% aux Etats-Unis).

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