Emploi et politiques sociales

Présentation du Livre Blanc. Objectif : 15 Mds d'€ investis par 100.000 Business Angels

Colloque Cinq ans pour créer des emplois

28 octobre 2002 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Depuis le changement de gouvernement, le traitement de l'insécurité est devenu le thème dominant du discours politique. La question du chômage ne saurait pour autant être oubliée et notre présence ici ce matin prouve qu'elle ne l'est pas. Près de trois millions de Français sans emploi n'est pas une fatalité ; c'est un dysfonctionnement économique.

Nous avons tous encore en mémoire la remarque de François Mitterand : "nous avons tout essayé", lorsque confronté à sa promesse de 1981 - "avec nous, il n'y aura pas un million de chômeurs en France" - disait-il. Et effectivement, les gouvernements successifs depuis 20 ans ont essayé beaucoup de remèdes. On sait le coût de ces remèdes et leur inefficacité quand ils n'ont pas aggravé la maladie. Mais, un vrai remède pour réduire le chômage qui n'a jamais été essayé : créer des entreprises, elles-mêmes créatrices d'emplois.

Pourquoi la création d'entreprises est-elle une vraie solution ?

Que l'on soit de droite ou de gauche, il existe des vérités sur lesquelles on ne peut qu'agréer. L'une de ces vérités est qu'un emploi ne peut être créé que : soit par l'Etat (ou une collectivité publique), soit par une entreprise.

Mettons de côté toute polémique sur la capacité de l'Etat à créer un solde net positif d'emplois (il a été montré qu'à ce jour en France, la création d'un poste de fonctionnaire supplémentaire entraîne la création d'un chômeur supplémentaire). Sauf quelques activistes corporatistes ou quelques nostalgiques du collectivisme, il ne se trouve plus beaucoup de Français pour penser que le nombre de fonctionnaires devrait encore augmenter. Nous pouvons donc en déduire sans grand effort intellectuel ou dialectique que seules les entreprises sont source d'emplois à valeur ajoutée dans les années à venir.

La question dès lors est de savoir quelles sont les entreprises les plus créatrices d'emplois ?

Pour diverses raisons qui ne sont pas notre sujet aujourd'hui, le solde net des créations d'emplois dans les grandes entreprises est négatif depuis plusieurs années. Ce sont les PME et les entreprises nouvelles qui sont créatrices d'emplois et qui le seront dans l'avenir encore.

Notre sujet n'étant pas non plus la création d'emplois par les PME, je me limiterai à la question : quelles seront les entreprises nouvelles les plus créatrices d'emplois ?

La réponse est simple :

- les entreprises individuelles et les micro-entreprises sont faiblement créatrices d'emploi
- les entreprises nouvelles dont le capital est supérieur à 100.000 euros sont fortement créatrices d'emplois.

L'examen du tableau joint apporte la démonstration de cette assertion.

Le gouvernement vient de s'assigner comme objectif d'augmenter de 25.000 le nombre d'entreprises créées tous les ans. Un tel objectif ne peut que nous réjouir.

Il faut toutefois être conscient que si l'action porte sur la création d'entreprises individuelles ou de micro-entreprises, elle n'aura pas d'effet perceptible sur le chômage. Un peu d'arithmétique est ici nécessaire. Sachant qu'une entreprise nouvelle capitalisée à moins de 100.000 euros crée en moyenne 3 emplois, 25.000 de ces entreprises créeront 75.000 emplois au bout de 3 ans. A ce rythme, il faudra 27 ans pour résorber 2 millions de chômeurs. Je sais que toute action doit s'inscrire dans la durée mais je ne suis pas sûr que les Français attendront encore un quart de siècle.

La même arithmétique démontre que la création de 25.000 entreprises capitalisées entre 100.000 et 500.000 euros permet d'arriver au même résultat - la création de 2 millions d'emplois - en moins de 5 ans.

Ne rêvons pas, la France ne passera pas de 5000 (nombre actuel) à 25.000 de ces entreprises nouvelles par an. Mais c'est clairement dans cette direction que les efforts doivent porter.

Comment financer ces entreprises ?

Sauf exception, les créateurs d'entreprises ne disposent pas de plus de 100.000 euros en numéraire qui peuvent être risqués dans un projet entrepreneurial. Bien souvent, ces 100.000 euros sont le maximum qu'ils peuvent réunir en faisant le tour de la famille et des amis. Le "love money" comme disent les Américains.

Pour ce qui concerne les capital-risqueurs, ils ne s'intéressent pas aux projets dont le capital est inférieur à 1 million d'euros : trop risqué, trop lourd à gérer au regard du retour sur investissement potentiel.

Le segment de capital situé entre 100.000 et 1 million d'euros est le domaine d'action des "business angels", des investisseurs providentiels. Ils sont la seule solution capitalistique pour ces entreprises nouvelles fortement créatrices d'emplois.

Ces investisseurs providentiels sont d'autant plus la solution qu'ils apportent bien plus que leur argent au créateur d'entreprise. Ils apportent leur temps afin de conseiller et orienter les jeunes entrepreneurs sur les aspects techniques et de gestion d'une entreprise. Ils apportent aussi souvent leur carnet d'adresses. Aussi parle-t-on d' "argent intelligent".

Qui sont les investisseurs providentiels ?

Les études réalisées dans divers pays montrent que les investisseurs providentiels présentent un certain nombre de caractéristiques :

- dirigeants ou ex-dirigeants d'entreprises
- caractère d'entrepreneur
- 35 à 65 ans
- capital venant souvent de la vente de leur propre entreprise
- plus de 25% de leurs actifs investis en argent intelligent
- montant moyen par investissement 20.000 € à 250.000 €

S'ils possèdent un capital, au-dessus de la moyenne évidemment, ce ne sont pas pour autant toujours des personnes très fortunées. Ils sont d'abord des hyper-actifs qui aiment les défis et qui souhaitent réussir un nouveau projet. Ils préfèrent souvent investir dans des domaines qu'ils connaissent et à proximité de leur résidence.

On compte 1 million d'investisseurs providentiels actifs aux Etats-Unis. On estime qu'il en existe un nombre potentiel équivalent en Europe quoique seuls 150.000 sont actifs.

La France ne compte malheureusement que 1000 à 2000 investisseurs providentiels.

Si l'on s'en tient au simple ratio démographique entre les Etats-Unis et la France de 1 à 5, ce sont 200.000 investisseurs providentiels que la France devrait compter.

Sur la base d'un ratio fondé sur le patrimoine, ce sont 100.000 investisseurs providentiels que la France devrait compter. En effet, ce sont 2 américains sur 3 qui disposent d'un patrimoine - professionnel et privé - supérieur à 1 million de dollars qui sont investisseurs providentiels actifs. Sur le fondement des chiffres de la DGI, plus de 120.000 contribuables français ont un patrimoine supérieur à 1 million de dollars. Si on inclut le patrimoine professionnel, le chiffre est évidemment supérieur à 150.000. En prenant le ratio de 2 sur 3, ce sont donc au moins 100.000 investisseurs providentiels actifs que la France devrait compter.

Comment inciter les investisseurs providentiels potentiels français à devenir actifs ?

Je vois quatre actions à mener en priorité.

La première est de valoriser l'entrepreneur dans la société française et plus particulièrement son rôle social. Cette action devrait constituer une priorité politique car elle conditionne toutes les autres actions.

Les investisseurs providentiels sont déjà fortunés. Leur première motivation n'est donc pas la constitution d'un patrimoine mais c'est l'esprit d'entreprise qui les anime. Toutefois, cet esprit renonce à s'affirmer si seule la réprobation sociale entoure leur réussite. Or force est de constater que les Français dans une large majorité perçoivent l'entrepreneur comme un exploiteur avide et méprisant. Le personnage de Plantu avec son cigare et sa Rolls Royce est solidement implanté dans l'imaginaire de nos compatriotes. Qui veut être assimilé à ce personnage après des années de travail sans compter son temps, des prises de risque souvent au-delà du raisonnable, l'abandon de nombreux loisirs . ?

Il est donc urgent de corriger cette image. Pas d'emploi pérenne sans création de valeur ajoutée. L'entreprise est le lieu privilégié de création de valeur ajoutée car elle implique une autre composante indispensable à l'enrichissement général : l'efficacité. Le partage de la valeur ajoutée se fait largement en faveur des salariés. Or à l'origine de toute entreprise se trouve un entrepreneur.

Ce discours doit être rappelé sans relâche auprès de nos concitoyens, dans les médias et auprès de nos dirigeants politiques.

La seconde action vise la constitution de réseaux d'investisseurs providentiels. La différence entre un investisseur providentiel potentiel et actif est souvent l'isolement du premier et le réseau du second. Ce réseau a deux fonctions : identifier les projets en recherche de financement et réunir les compétences en matière d'analyse, de montage et de suivi. Ces réseaux peuvent être géographiques, professionnels, universitaires etc.

Peut-être faut-il réfléchir avec les pouvoirs publics sur les moyens utiles au développement de tels réseaux : Leur donner un statut juridique ? Créer une incitation fiscale pour les membres participant aux frais du réseau ? Diffuser l'information sur leur existence ?

Les deux dernières actions sont de nature fiscale évidemment :

- une fiscalité qui encourage le risque
- une fiscalité qui retienne les entrepreneurs

Les intervenants qui m'ont précédé, ont largement développé et illustré ces réformes fiscales à entreprendre d'urgence.

Les pouvoirs publics et les législateurs (parmi lesquels il convient de rappeler la quasi-absence d'entrepreneurs) commettent hélas systématiquement les mêmes erreurs :

- erreur de cible
- erreurs de méthode
- erreur politique

Erreur de cible

Comme démontré, ce ne sont pas les entreprises individuelles ou les micro-entreprises qui sont les plus créatrices d'emploi. Or les incitations fiscales plafonnées de manière encore très basse malgré leur récente augmentation, sont ciblées sur ces très petites entreprises. C'est là un saupoudrage, certes politiquement correct, mais inefficace pour l'emploi et les fonds publics. Parlons clair. Il ne faut pas chercher ailleurs que dans l'antipathie ou la méfiance culturelle française pour l'entreprise au-delà de la toute petite entreprise, la différence entre les recommandations factuelles des experts et le produit législatif.

Erreurs de méthode

Première erreur de méthode. L'Etat français procède par la subvention au lieu de procéder par l'assurance. Cette méthode est plus coûteuse pour le Trésor Public et moins efficace au plan social.

Quand il envisage de procéder par l'assurance, le législateur assortit ses dispositions de conditions qui vident grandement de leur sens les mesures. Ainsi, la proposition du Sénateur Raffarin autorisant les investisseurs passifs à déduire de leurs revenus les pertes des sociétés qu'ils parrainent (proposition inspirée par les Subchapter S américaines), allait dans le bon sens comme en témoigne le succès et l'efficacité du même dispositif aux Etats-Unis. Malheureusement, les divers plafonds et limitations introduits dans le texte rendent le dispositif inopérant.

La crainte de "pertes fiscales" par le Trésor justifiant l'instauration de ces plafonds et limitations relève d'une erreur fondamentale d'analyse. D'abord, la création de toute entreprise se traduit immédiatement par un revenu pour le Trésor au travers de toutes les taxes (notamment la TVA) qui ne sont pas assises sur le résultat. Ensuite il convient de prendre en considération la réduction de la facture du traitement social du chômage induite souvent par la création d'une entreprise.

La seconde erreur de méthode est de favoriser des structures qui n'utilisent pas les compétences des investisseurs providentiels. Les FCPI sont un échec, non pour leurs promoteurs mais pour la collectivité. Les premiers les ont bien vendus comme des produits de défiscalisation, prenant au passage une commission. Par contre, l'objet premier consistant à financer l'amorçage d'un grand nombre d'entreprises de qualité n'a pas été atteint. L'idée qu'une institution puisse avec l'épargne des particuliers financer de l'amorçage est un contresens. D'ailleurs nombre de ces FCPI se sont vites détournée du financement d'amorçage. L'erreur de FCPI se répétera avec les FIP

Erreur politique

L'ISF a été qualifié d' "impôt imbécile". Pour les entrepreneurs et les investisseurs providentiels, il mérite pleinement ce qualificatif.

D'autres intervenants au présent colloque, vous ont entretenu de ce sujet. Malheureusement, aussi longtemps que l'entrepreneur ne sera pas valorisé dans notre pays, nos amis politiques ne trouveront pas le soutien indispensable à la suppression pure et simple de cette "calamité" économique qu'est l'ISF.

En attendant sa suppression, je vous recommande d'investir plutôt dans un tableau de maître que dans une entreprise. Au moins vous aurez la considération de votre voisin même si celui-ci est au chômage et qu'il n'y a évidemment aucune chance que votre achat modifie son infortune.

Cet article fait partie du colloque Cinq ans pour créer des emplois.

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