Emploi et politiques sociales

Présentation du Livre Blanc

17 septembre 2003 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Par Didier Salavert, chef d'entreprise, co-président de la Fondation Concorde

Deux remarques, en préalable à mon intervention. Nous savons tous que lorsque l'Etat lève un nouvel impôt, il n'a pas à en justifier le bon emploi. Et Charles de Courson vient de m'apprendre une chose qu'un certain nombre d'entre vous savaient peut-être, c'est que le Conseil d'Etat - qui compte peu d'entrepreneurs, je crois, en son sein - dans sa jurisprudence exige par contre que quand ce même impôt doit être réduit, il faut une contrainte à la charge du contribuable.

Je savais que ce pays marchait sur la tête, mais en voilà une démonstration supplémentaire. J'appartiens presque à une génération où le chômage a été intégré en France comme une fatalité. J'ai encore en mémoire un Président de la République - qui n'était heureusement pas de nos amis - disant, alors que le chômage atteignait près de 2 millions de personnes dans notre pays "Nous avons tout essayé". Le même s'était fait élire en promettant qu'il n'y aurait jamais 1 million de chômeurs en France. C'était il n'y a pas si longtemps.

Il faut que l'opinion publique et nos amis politiques soient convaincus que le chômage n'est pas une fatalité. Bernard Zimmern vient de montrer et de rappeler qu'un certain nombre de pays ont su faire cette démonstration, rien ne saurait nous empêcher de la faire également en France.

Qui est créateur d'emploi ? Cela peut être soit l'Etat ou les collectivités publiques, soit l'entreprise. Mais en dehors de l'Etat et des entreprises, il n'y a pas de création d'emploi. L'iFRAP, en son temps, a montré qu'à chaque emploi de fonctionnaire créé, il y avait un nouveau chômeur dans ce pays. La corrélation est parfaite. On m'explique toujours que "corrélation n'est pas causalité", etc. mais quand, sur trente ans, cela se vérifie, on peut s'interroger sur l'existence éventuelle d'une corrélation et d'une causalité. Il se trouve que dans notre pays - malheureusement encore - une grande partie de l'opinion n'est absolument pas convaincue que la création et l'augmentation des effectifs de la fonction publique ait un effet pervers sur l'emploi dans le privé.

Si nous sommes tous convaincus que la création d'emploi passe par la création d'entreprise, il convient de nous interroger sur "Quelles entreprises ?" Là est le vrai sujet. Il a été rappelé par Bernard Zimmern que les très petites entreprises - celles que l'on appelle habituellement les "micro-entreprises" - sont faiblement créatrices d'emploi et que le plus souvent, il s'agit d'un emploi de substitution. Nous connaissons ou nous avons été nous-mêmes dans la situation où, ayant perdu un emploi salarié ou quitté un emploi salarié, nous sommes allés créer, qui une petite entreprise, qui un cabinet de consultant. Le solde net, évidemment, est égal à zéro.

L'expérience montre - les chiffres sont incontournables - que les entreprises dont le capital initial est supérieur à 100.000 euros sont les entreprises créatrices d'emploi. Vous le savez, les Français sont souvent assez fâchés avec les mathématiques, sauf - je l'ai constaté en tant que chef d'entreprise - qu'ils ont une capacité à faire des additions, des soustractions, des multiplications rapides lorsqu'ils regardent leur feuille de paie. Vous donnez la feuille de paie à midi le vendredi, vous pouvez être sûr qu'à midi cinq, s'il y a une erreur d'un centime sur la feuille de paie, tout le monde aura fait son calcul, avec exactitude, et qu'on vous en informera. Mais lorsqu'il s'agit des grandes masses, les Français ont une incapacité à faire la plus simple arithmétique.

Si l'on se fixe comme objectif de réduire le nombre de chômeurs en France - qui s'élève aujourd'hui à plus de 2 millions - sachant que les entreprises faiblement capitalisées - c'est-à-dire celles qui ont un capital initial inférieur à 100.000 euros - créent en moyenne 3 emplois (ce sont les statistiques, c'est incontournable, c'est un fait), compte tenu du fait que l'objectif est de créer 25.000 nouvelles entreprises de cette taille par an en France, les simples mathématiques nous démontrent qu'à ce rythme, il va falloir 27 ans pour résorber le chômage. Je ne suis pas sûr que ce soit un projet très mobilisateur pour nos concitoyens.

La même arithmétique, fondée sur le nombre d'emplois créés par les entreprises ayant un capital de départ compris entre 100.000 et 500.000 euros démontrent que le même résultat pourrait être atteint en 5 ans. Mais ne rêvons pas, il n'y aura pas 25.000 entreprises créées durant les cinq années qui viennent, en France, avec chacune un capital initial de 100.000 à 500.000 euros.

Je suis toujours surpris de constater, selon les statistiques, que le patrimoine moyen des Français est relativement élevé. Mais où est-il, ce patrimoine ? Il est évidemment, la plupart du temps, totalement indisponible pour capitaliser une nouvelle entreprise. Il est dans la résidence principale, dans la résidence secondaire, dans les plans d'épargne, dans l'assurance vie, dans ces véhicules où l'argent est bloqué au minimum pour cinq ans - huit ans le plus souvent -, véhicules - il faut s'en souvenir - qui, il y a encore quelques années, avaient comme seul objet le financement du déficit de l'Etat, puisque nombre d'entre eux avaient des contraintes d'investissement en obligations d'Etat. Evidemment, tout cela a été forcément un peu assoupli, heureusement, mais c'est de l'épargne bloquée, et le nombre de Français qui disposent de 100.000 à 500.000 euros pour investir dans une jeune entreprise est effectivement limité.

Pourtant, ils existent et nous allons déterminer ensemble le nombre de ces investisseurs potentiels. Si nous regardons ce qui se passe aux Etats-Unis, qui sont ces investisseurs ? Ils se caractérisent par une expérience professionnelle (d'anciens propriétaires d'entreprise ou dirigeants d'entreprise), le plus souvent leur patrimoine est évidemment important (supérieur à 1 million de dollars) et ils ont plus de 50 ans. Aux Etats-Unis, on estime que le nombre d'investisseurs providentiels ("Business Angels") est de l'ordre de un million de personnes.

Si, dans un rapport démographique, nous ramenons ces chiffres à la taille de la France, ce serait de l'ordre de 200.000 personnes qui pourraient entrer dans cette catégorie. Si nous faisons entrer le critère de patrimoine individuel en plus du critère purement démographique, nous arrivons, sur la base des chiffres de la DGI, à un nombre de l'ordre de 120.000 contribuables français.

Or, malheureusement, l'an dernier, il y avait simplement entre 1000 et 2000 Business Angels en France. Le potentiel est donc considérable. Comment l'activer ?

Plusieurs possibilités : la première, à l'évidence - et là je voudrais rendre hommage à la majorité actuelle et au Gouvernement - réhabiliter l'entreprise. Je suis de ceux qui sont heureux de voir que l'on parle à nouveau de la valeur "travail", de la valeur "risque" et de l'importance de l'entreprise dans la formation de la richesse d'un pays. Nous en sommes au début de ce discours, il faut l'encourager et le poursuivre. Vous savez, moi je suis chef d'entreprise et, un peu comme les politiques il faut, au bout d'un certain temps, développer une cuirasse. Quand vous avez, le mercredi à midi, fini en nombre d'heures le temps de travail de la plupart de vos collaborateurs, quand il y a des nuits qui sont quelquefois un peu difficiles - même dans les entreprises qui marchent bien - et que vous passez devant le panneau d'affichage syndical de votre entreprise où vous êtes traité de "voyou", de "voleur", "d'arnaqueur", parfois cela fait un peu mal. Et je fais partie - comme nombre d'entre vous sûrement - de ceux qui quelquefois le matin ou le soir se disent qu'il y en a marre et se demandent pourquoi tout ça ? Mais le lendemain matin, nous sommes quand même au travail. Je suis donc néanmoins convaincu que la revalorisation de l'entreprise et du travail de l'entrepreneur participera sûrement à la mobilisation de ces Business Angels.

D'autres erreurs, à mon avis, devraient être corrigées : entre autres, une erreur qui est centrale, comme je l'ai dit tout à l'heure : trop souvent, les encouragements visent les micro-entreprises. Il faut corriger le tir de ce côté-là. Ensuite, une erreur de méthode : trop souvent, l'administration procède par voie de subvention au lieu de la voie de l'assurance. Nous avons ce défaut en France, qui est celui de la subvention. Et, dernière erreur - et là nous sommes au cour du sujet - il est évident que, pourquoi, une fois que j'aurai fait fortune, une fois que j'aurai sécurisé l'avenir de ma famille, j'irais ré-investir dans une entreprise où, si mon investissement est fructueux, j'aurai à payer un ISF sur ce patrimoine. et où, lorsque je réaliserai la plus-value éventuelle, j'aurai à payer l'impôt sur la plus-value. et où, lorsque je décéderai, il y aura un fonctionnaire qui saura mieux que mes enfants comment employer le capital que j'aurai développé ?

Cet article fait partie du colloque "Mettre l'ISF au service de l'emploi"

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