Emploi et politiques sociales

Pourquoi le chômage en France ?

Colloque Cinq ans pour créer des emplois

28 octobre 2002 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Je crains d'avoir été choisi pour le premier exposé de ce colloque parce que je suis presque certainement le doyen d'âge des conférenciers, mais ce très regrettable privilège a une contrepartie : j'ai commencé ma carrière dans une France qui ignorait le chômage. Jusqu'en 1974, le taux de chômage oscillait autour de 2.5% et la seule préoccupation d'un jeune arrivant sur le marché du Travail était de trouver l'employeur le plus offrant.

C'est à partir de 1974, avec l'arrivée de Valéry Giscard d'Estaing que nous sommes entrés en chômage et que nous n'en sommes plus sortis.

On nous a dit de 1997 à 2002 que le gouvernement avait trouvé la recette miracle et que le chômage était vaincu mais les chiffres disent bien le contraire. Certes de mars 1997 à mars 2001, l'emploi s'est accru d'environ 1.500.000 personnes mais dans l'euphorie économique qui a caractérisé cette période, c'est une performance plus que médiocre ; cela représente 1,7% par an de croissance de la main d'ouvre employée contre 1,9% pour la moyenne OCDE, 2,5% aux USA et plus de 3% en Espagne et aux Pays-Bas.

Plus grave, si l'on enlève les emplois créés artificiellement par l'Etat, embauches dans le fonction publique, emplois jeunes, RTT, la croissance de l'emploi chute de plus de moitié et tombe à 0,7%, chiffre qui équilibre à peine la croissance naturelle de la population active. Dans cette période d'euphorie exceptionnelle, l'économie française a été à peine capable d'absorber les accroissements naturels de main d'ouvre et donc, en période d'expansion moyenne, le chômage continuera de croître. C'est bien ce qui se passe actuellement.

Les années 1997 à 2002 ne marquent donc pas une rupture mais une continuité dans la maladie du chômage qui s'est emparée de la France en 1974.

Cette maladie s'explique car depuis 1974, l'emploi marchand, l'emploi dans le secteur privé, n'a pas cessé de baisser et la France est le seul pays occidental avec cette caractéristique. Par contraste, de 1973 à 2000, l'emploi croît de 57% aux Etats-Unis, de 22% en Grande-Bretagne, de 11% en Allemagne de 1988 à 1990.


Ce constat permet tout d'abord de s'interroger sur le bien fondé des politiques de l'emploi mises en place par les gouvernements successifs et les budgets considérables qui sont mis en ouvre puisque le traitement social du chômage représente à l'heure actuelle plus de 3% du PIB et emploie une population de fonctionnaires et para-fonctionnaires qui excède 500.000 personnes.

C'est à cette interrogation que Monsieur Trainar, économiste, va chercher à répondre dans le deuxième exposé de ce module. Il sera précédé d'une courte présentation statistique par Nicolas Lecaussin, rédacteur en chef adjoint de Société Civile.

Dans cette politique de l'emploi, une place à part est à faire pour la RTT qui sera traitée par Monsieur Tristan Mocilnikar.

Les résultats désastreux de ces politiques pour les jeunes seront enfin présentés en conclusion de ce premier module par Monsieur Michel Rousseau, professeur à Dauphine et coordonnateur de la Fondation Concorde.

Il me revient dans les dix minutes qui suivent de tenter de sortir des diagnostics passés, qui manifestement n'ont pas marché, et de tenter de vous présenter une autre explication de la raison pour laquelle la France est entrée en chômage, explication qui pourrait alors servir de guide pour la formulation de mesures nous permettant de relancer l'emploi marchand.

Jusqu'au récent changement de gouvernement, la position des économistes officiels, ceux du Conseil d'Analyse Economique, la plus haute instance chargée de conseiller le gouvernement, était de dire que le chômage a été créé par des chocs, à commencer par le choc pétrolier infligé par le cartel OPEC en 1973. La vacuité de cette explication apparaît dès que l'on constate que d'autres pays, comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, etc. ont été soumis aux mêmes chocs et ont vu cependant leur emploi continuer de croître. Il faut prendre cette explication pour ce qu'elle est : de la poudre aux yeux pour essayer de cacher les véritables causes de notre malheur.

Une première approche beaucoup plus éclairante est de regarder la création d'entreprises. Dans des économies non totalement étatisées, c'est l'entreprise qui est l'agent essentiel de création d'emplois et si le nombre d'entreprises ne s'accroît pas, on peut craindre qu'il en aille de même pour l'emploi : c'est ce que vérifie le graphique comparant l'évolution de l'emploi et de la création d'entreprises en France et aux USA.


Pourtant cela fait plus de 30 ans que l'Etat multiplie les agences et les bureaucraties chargées de stimuler la création et le développement des entreprises : l'ANVAR d'abord, puis la SOFARIS, la BDPME, l'Agence Pour la Création d'Entreprises (APCE), etc. Mais plus ces agences se multiplient, moins il se crée d'entreprises : et nous sommes actuellement au plus bas.

Un examen de leurs actions nous explique pourquoi elles réussissent si mal. Les fonctionnaires et les politiciens qui les suivent font à chaque fois référence à l'Amérique pour la création d'agences et de programmes français mais dénaturent ou oublient tous les programmes américains qui ont réussi. On chercherait en vain dans la panoplie française un programme qui se rapproche du programme américain le plus efficace de la SBA qui a été celui des SBIC. Mais surtout, elles évitent avec attention de nous faire savoir que la vigueur de la création d'entreprises aux USA ne vient pas de l'Etat ou d'institutions telles que les banques ou le capital-risque mais de particuliers, des investisseurs privés, les Business Angels (que par déférence pour la langue française nous appellerons par la suite les Investisseurs Providentiels ou I.P.). Les chiffres dont nous disposons depuis plus de 10 ans montrent qu'aux Etats-Unis, les I.P. représentent une manne financière de l'ordre de 100 milliards de dollars, investis chaque année dans les entreprises nouvelles. Ces sommes sont dix fois plus importantes que celles investies dans les entreprises nouvelles par des institutions comme les sociétés de capital risque dont le précédent gouvernement, à propos des FCPI, nous a rabattu les oreilles comme étant la solution miracle ; alors que le capital risque est généralement incapable de s'intéresser à la création d'entreprises car les montants d'investissement sont trop faibles.

Ce que les politiques françaises de l'emploi ont délibérément ignoré, c'est d'utiliser la vigueur de l'initiative individuelle, le dynamisme des entrepreneurs pour les encourager à aider d'autres entrepreneurs à émerger. Nous avons préféré en France confier cette mission à des agences gouvernementales comme si des bureaucraties avaient la capacité d'encourager les prises de risque et de faire les bons choix techniques et économiques.

C'est ce courant qu'il faut inverser en développant dans notre pays le maillon essentiel du financement des entreprises nouvelles qui manque, celui des Investisseurs Providentiels, et c'est à cet objectif que sera consacré notre deuxième module.

Trois très remarquables entrepreneurs dont la France devrait être fière nous expliqueront comment l'impôt- punition des riches, l'ISF, les a fait fuir à l'étranger et aide nos voisins à multiplier leurs emplois, comme, trois siècles plus tôt, la révocation de l'édit de Nantes.

Didier Salavert nous présentera le Livre Blanc qui vous a été distribué.

Et Jean-François Liess vous parlera des joies qui attendent celui qui vient investir en France.

La recherche de la prospérité de nos bureaucraties au détriment des entreprises et de l'emploi ne se limite pas aux quelques agences que j'ai citées mais s'étend à beaucoup d'activités de service où l'Etat a constitué, au profit de ses bureaucrates, des monopoles de fait ou de droit fort confortables mais y a interdit le développement d'entreprises privées, beaucoup plus riches en emplois.
Cela a été le cas de la radio et télévision jusqu'en 1981, du transport aérien, des études économiques d'où l'INSEE a éliminé virtuellement tous les bureaux d'étude privés, du placement des chômeurs dont le monopole, confié à l'ANPE, interdit l'apparition d'agences privées de placement qui pourraient employer aisément 30.000 personnes, de la banque longtemps fief de l'Inspection des Finances et secteur sinistré dont la valeur ajoutée a baissé de 1989 à 1999 de 28% alors qu'elle augmentait dans la plupart des autres pays.

L'exemple extrême est celui de la Santé dont le développement a été bloqué par l'Etat au profit d'une bureaucratie qui en paralyse tous les rouages. Rappelons-nous Martine Aubry fermant des écoles d'infirmières, dont nous manquons maintenant cruellement, au nom de l'équilibre budgétaire alors qu'au même moment elle lançait des dizaines de milliards pour les emplois-jeunes tels qu'agents d'ambiance ou d'aides à la démarche dont l'utilité publique est plus que discutable. Nous avons pu calculer que si depuis 20 ans nous avions laissé les services de santé se développer normalement, ils emploieraient entre 255 et 290.000 personnes supplémentaires.

Au total, c'est environ un million d'emplois supplémentaires dont nous disposerions si l'Etat n'en avait pas paralysé le développement dans les 20 dernières années au profit des bureaucraties qui les gèrent.


C'est donc à une libération dans l'industrie de service que nous consacrons notre troisième module avant d'aborder, dans notre dernier module, décentralisation et fondations.

En conclusion, si nous voulons réduire le chômage et redonner du travail à tous nos jeunes, il faut réaffirmer avec force que seule l'entreprise et les entrepreneurs sont capables de créer de vrais emplois. Il faut aussi affirmer que l'économie n'est pas une horlogerie dont les élèves les plus intelligents sortis de nos meilleures écoles seraient capables de manipuler les rouages, mais un écosystème qui doit offrir à chaque espèce vivante le terreau dont elle a besoin pour fructifier. Il faut affirmer que ce terreau, nécessaire aux entrepreneurs, a été systématiquement retiré ou stérilisé depuis 30 ans pour les entrepreneurs par les assauts répétés de la bureaucratie entraînant nos politiciens.

Si pour reprendre l'explication de nos économistes officiels, des chocs peuvent expliquer la montée du chômage, ce sont les chocs assénés sur la tête des entrepreneurs au cours des trois dernières décades, retrait de la plupart des pouvoirs de gestion transférés à des fonctionnaires, depuis le licenciement confié aux juges, à l'embauche contrôlée par l'ANPE ou aux politiques sociales que s'arrachent les différents ministères. Aux entrepreneurs, l'Etat ne demande plus qu'une chose, c'est de collecter plus de 80% des impôts, 40% du PIB pour que cette bureaucratie puisse avec l'argent public jouer au train électrique grandeur nature comme l'a si bien dit l'écrivain Rosanvallon.

Faire reculer le chômage, c'est d'abord réaliser une inversion des échelles de valeur. Nous aurons réussi lorsque les HEC et les ESSEC cesseront d'entrer à l'ENA et lorsqu'au contraire les Enarques rechercheront une carrière valorisante en se présentant à HEC ou à l'ESSEC. Il nous faut cesser d'idolâtrer la sécurité et les fonctions de contrôle qu'idéalise la fonction publique, et donner comme modèle aux jeunes Français l'aventure entrepreneuriale, la joie de créer, et pour cela le goût du risque.

C'est à ces inversions de valeur que nous vous invitons dans ce colloque en vous proposant de suivre avec les conférenciers qui vont se succéder des approches et des solutions nouvelles à nombre de problèmes dans lesquels nous nous sommes laissé enfermer. Avec eux, cherchons à secouer les idées reçues et les schémas officiels.

Cet article fait partie du colloque Cinq ans pour créer des emplois.

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