Emploi et politiques sociales

Paul-Henri Cugnenc

Colloque "Hôpital public : quel avenir ?" Présentation de Paul-Henri Cugnenc

23 mars 2005 • Agnès Verdier-Molinié

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Paul-Henri Cugnenc est député de l'Hérault, Chef de service de chirurgie digestive à l'hôpital Pompidou, Paris

Mesdames et Messieurs les Présidents, mes chers collègues, un mot d'introduction sur ce chapitre très ambitieux : Hôpital public, quel avenir ?

C'est une occasion de remercier tout particulièrement Bernard ZIMMERN, Président de l'iFRAP parce que, si nous sommes ici, c'est bien parce qu'il a été le premier à le souhaiter. Dans cette démarche, avec son organisation, il a été d'emblée accompagné par mon ami Bernard DEBRE qui a été le premier à imaginer la pertinence et la nécessité d'une réunion comme celle d'aujourd'hui, avec tous ceux qui sont autour de lui, notamment mon ami Philippe EVEN et bien d'autres que je ne citerai pas. Je salue tous ceux qui ont fait ce déplacement et qui vont, par leur présence déjà et par leurs interventions, rehausser encore le niveau de cette réunion.

Ce mot d'introduction m'oblige à dire que, étudier l'hôpital, c'est d'emblée aborder un paradoxe. Lorsque cette nouvelle majorité a été élue en 2002, l'une des toutes premières décisions de Jean-Michel DUBERNARD, Président de la commission des affaires sociales, a été d'imaginer une réflexion sur l'hôpital public en France. Elle a conduit à un rapport d'information, le rapport COUANEAU, dont nous aurons l'occasion de parler et je me limiterai, dans cette introduction, à en rappeler quelques termes pour plusieurs raisons.

Ce rapport a eu l'avantage d'être consensuel. Cette mission d'information regroupait trois députés du Parti socialiste, un député communiste, cinq parlementaires de l'UMP et un de l'UDF. Ce rapport a eu comme premier avantage de donner, en diagnostic et en propositions, un certain nombre d'éléments qui, tous, étaient consensuels entre l'ensemble de nos formations politiques.

Déjà, nous avons un premier paradoxe dont je parlais avec René COUANEAU qui ne peut pas être parmi nous puisqu'il défend un amendement dans l'Hémicycle. L'une de nos premières réactions était de dire qu'il était impossible de s'adapter à la dérive actuelle de l'hôpital. C'était la première position de la nouvelle majorité. Trois ans ont passé et René COUANEAU me disait "rien n'a changé". Tout ce qui devait être modifié et amélioré en quelques mois est toujours au même niveau.

Ce système hospitalier, je ne le décrirai pas puisque vous le connaissez bien. En France, l'ensemble hospitalier, c'est 750 000 personnes, plus de 100 000 médecins, plus de 200 000 infirmières, un budget de l'ordre de 50 milliards d'euros. Il ne s'agissait pas d'établir un rapport de spécialistes du secteur hospitalier, ni de faire établir un rapport par une formation politique de l'Assemblée Nationale, pas plus que de définir la place de l'hôpital dans notre système de soins. Il s'agissait d'établir un diagnostic sur tout ce qui ne va pas et d'avancer des propositions.

Quelles que soient les nuances que nous avons à apporter, les différences des situations observées ou les niveaux de gravité atteints, ce qui est certain, c'est que l'hôpital est en crise. S'il est en crise, c'est parce que se cumulent, dans cette structure, une réelle perte de moral de tous les soignants, des difficultés de fonctionnement, des défauts d'organisation, une moindre réactivité (c'est un euphémisme) face aux évolutions des besoins sanitaires et techniques (et nous en parlerons longuement), une montée des griefs face aux tutelles et, enfin, une baisse de confiance dans l'avenir.

Cette crise de l'hôpital est structurelle, elle se poursuit, elle s'aggrave et, si nous restons sur cette ligne, cette évolution mettra en péril les missions même de l'hôpital public. Jusqu'à ce niveau (et ce n'est pas moi qui parle mais le rapport COUANEAU), toutes les analyses que je viens de résumer sont consensuelles. Je crois pouvoir le dire au niveau de tous les observateurs et de tous les groupes politiques de l'Assemblée.

A partir de ce point, des divergences peuvent apparaître sur le temps que nous pouvons nous accorder pour changer, sur la timidité ou les profondeurs nécessaires de ce changement. Cette différence d'appréciation est également liée à un paradoxe qui est que, parce qu'elle est récurrente, cette crise de l'hôpital a été banalisée. Beaucoup de Français pensaient, en 2003, lorsque nous avons proposé ce rapport, que nous n'avions jamais été aussi bien soignés en France. Beaucoup de Français pensent (et ce n'est d'ailleurs pas faux) que nous n'avons jamais été aussi bien soignés en France qu'en 2005. Cela, c'est le paradoxe, c'est le miracle hospitalier.

Et pourtant, nous considérons que l'organisation hospitalière dont nous parlons n'a jamais aussi peu favorisé les adaptations, la réactivité, l'intelligence. Et pourtant chaque jour, les compétences, les initiatives, les dévouements à l'hôpital foisonnent, inventent, tentent de surmonter les obstacles et les difficultés pour que nos missions soient accomplies. Le sens du service public dont ont fait preuve les hospitaliers, quelle que soit leur catégorie professionnelle, a retardé les effets de la crise d'organisation et de pilotage. Mais ce retard n'a rien réglé, l'hôpital marche encore mais pour combien de temps ? Je citerai l'une des phrases importantes du rapport : "le système hospitalier en France est devenu une formidable machine à déresponsabiliser".

Cet article fait partie du colloque sur l'avenir des hôpitaux public.

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