Emploi et politiques sociales

Pacte de responsabilité : La CGT et FO encore sur le banc de touche

06 mars 2014 • Bertrand Nouel

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Etrange saga que celle du pacte de responsabilité : un « machin » complètement bancal dès le début, des acteurs à contre-emploi, un relevé de conclusions type « agreement to agree » sujet à plein de conditions et dont il ne sort pour le moment rien de concret comme on devait s'y attendre. Et pourtant, ce n'est pas rien : ne serait-ce que pour la seconde fois les deux syndicats principaux se retrouvent sur le banc de touche, et leurs théories officiellement désavouées. En Allemagne les deux syndicats principaux, IG Metall et Verdi, coopèrent, en France on les contourne. Pas si mal.

Rien ne pouvait sortir d'un machin bancal qui avait toutes allures d'un piège, ni d'une affirmation du chef de l'Etat selon laquelle des contreparties « mesurables » etc. pourraient être exigées des entreprises bénéficiaires de « cadeaux » qui n'en sont évidemment pas. Simplement parce que François Hollande, ayant échoué à respecter sa promesse de diminuer le chômage, se devait de rebondir sur autre chose et saisissait le pin's patronal au bond, alors que personne ne peut croire qu'il suffit de baisser les charges (pardon, les cotisations) pour augmenter l'emploi, surtout dans les délais brefs sur lesquels les Français s'estiment en droit de compter. Comme le disait le négociateur du Medef, "Une entreprise n'est pas un ensemble bureaucratique. Elle fonctionne quand elle a un carnet de commandes, des clients, un environnement favorable". Inutile de gloser davantage sur ces évidences.

Des négociateurs à contre-emploi. C'est vrai du patronat comme des syndicats. Du patronat, parce que l'objet des entreprises n'est pas de créer de l'emploi, mais de se développer et de réaliser des bénéfices, l'emploi n'étant que la conséquence du succès. C'est aussi vrai des syndicats, et on ne peut pas tenir rigueur à la CGT et à FO sur ce point de s'être somme toute désintéressés de la question. "C'est un pacte qui ne nous engage pas et ne nous concerne pas", a clamé, à peine arrivé pour des discussions, Marie-Laurence Bertrand, la négociatrice de la CGT. Quant à FO, Jean-Claude Mailly a été encore plus explicite : "Le Pacte de responsabilité, FO n'y sera pas. C'est une question de principe. On ne mélange pas les genres. FO n'est pas en charge de l'intérêt général. Encore heureux qu'on ne soit pas obligés de signer. On dira ce qu'on a à dire, on donnera notre avis si on nous le demande, mais il n'y aura pas de la part de Force Ouvrière de logique d'unité nationale. » FO n'est « pas en charge de l'intérêt général ». Vrai : Les syndicats ont pour objet de défendre les intérêts des salariés, ceux qui ont un travail, et il n'existe pas de syndicats de chômeurs. Pire, les intérêts des salariés « insiders » sont souvent contraires à ceux des « outsiders » que sont les chômeurs. De la part de FO, un aveu qui risque quand même de coûter cher. Thierry Le Paon pour la CGT était de son côté manifestement embarrassé lorsque, interrogé par un journaliste qui lui demandait s'il n'entendait pas se battre contre le chômage, bottait en touche en disant que la lutte contre le chômage passait par la croissance, laquelle passait elle-même par… une augmentation des salaires comprise entre 200 et 400 euros ! Augmenter les salariés en poste et le coût de leur travail pour permettre l'embauche de chômeurs ?

Ce qu'il adviendra de conclusions auxquelles les négociateurs sont parvenus ? Probablement pas grand-chose concrètement. On va « demander » aux branches d'engager des « négociations ou des discussions », pour aboutir à un « relevé de conclusions » portant sur des « objectifs » - le Medef avait même parlé joliment d'« ambitions ». Et tout cela nécessitera d'abord que soient connues les réformes fiscales et les baisses de charges, résultat des assises de la fiscalité, le sort du CICE, etc. Et cela, branche par branche. Aucune mention n'est faite d'éventuelles sanctions ou d'une remise en cause des réformes en cas d'échec des négociations/discussions au niveau des branches, ce qui sera fréquent certainement, ou de non-respect d'éventuels engagements. On n'est pas près d'être fixés. Mais il ne pouvait pas en être autrement, sauf à jouer les matamores avec un résultat nul, comme le voulait la CGT, toujours à la recherche de solutions de rupture.

Cela partait donc mal pour arriver nulle part. Et pourtant, quelque chose est en route. Cela s'appelle le dialogue social. Paradoxal, car comme nous l'avons dit, les partenaires sociaux sont à contre-emploi dans cette négociation sur un sujet, celui du chômage, qui aurait dû relever de l'action de l'État. Et trois syndicats, même s'ils ne sont pas les principaux, de même que le patronat, paraissent vouloir prendre en charge l'intérêt général, à savoir la lutte pour l'emploi, en quelque sorte par délégation du pouvoir politique. Par-delà l'habileté du chef de l'État dans la procrastination, il faut quand même attribuer à cet accord entre partenaires sociaux un important effet de pédagogie à l‘égard des Français. Ils verront notamment quelle est la complexité du sujet de l'emploi, la diversité des situations dans les branches, suivant la taille des entreprises, etc.

Et pour la seconde fois, après la chaise vide de la CGT et de FO dans la négociation de l'ANI de 2013, ces deux syndicats se retrouvent ringardisés sur le banc de touche, confits dans leur principe traditionnel et avoué, du moins au niveau des centrales syndicales, que l' « intérêt général » n'est pas leur souci. Obligée de faire une contre-proposition, la CGT évoque une augmentation des salaires de « 200 à 400 euros », proposition qui n'a aucune crédibilité. Le loup est sorti du bois pour se mettre en marge de ce qui est quand même une avancée, à savoir un accord, certes a minima, mais qui laisse augurer que gouvernement, patronat et syndicats réformistes paraissent vouloir faire une partie de route ensemble.

Commentaires

  • Par gele • Posté le 07/03/2014 à 09:12 80/100 milliards : D’économie , chaque année ! C’est la somme a trouvez pour ?
    Pour réduire la dette de la France…dans 10 ans ??????
    c’est possible avec des réformes systémiques, lourde, et très douloureuse…

    Rendre de la compétitivité a nos entreprises… et faire diminuer le chômage… Libéré les énergies, libéré le travail. Avoir une croissance saine et raisonnable…
    Etre au niveau moyen de prélèvement obligatoire, pour les impôts et les taxes : Des pays de l’union européenne ! Une harmonisation des règles sociales !
    Permettre aux français d’avoir des capacités d’épargne pour financée par eux-mêmes dans la responsabilité leur vie d’homme debout ! Logement, éducation, santé, retraite. Par des impôts justes et raisonnables….
    Voir la suite en 2014/2015 avec le pacte de responsabilité…des paroles et des actes ? Pour moi c’est avec nos politiques et nos syndicats Français c’est un écran de fumée… Des paroles sans les actes ! Une usine a gaz en panne avec la fusion du CICE ( 20 milliards ) et le pacte ( 30/35 milliards ) ce n’est pas très clair…. En fait 10 milliards ? de promesses en plus.
    Le MEDEF n’est pas d’accord ! Les syndicats non plus ! La réforme est morte-née ce n’est pas une fausse couche, c’est un avortement….
    Des déceptions à venir ! Pour la France ! Pour le PS, pour les gauches ! Face aux réalités économique François Hollande fait par obligation une politique de l’offre ! Une politique de rigueur dans les dépenses publique ( social-démocrate voir libéral ) donc la frustration des électeurs de gauche serra grande ! Le blocage des syndicats, de la gauche du PS, de l’extrême gauche est inévitable. Le millefeuille territorial français est irréformable. Nos élus et leurs fromages ! Ils bloqueront toute tentative de changement. ( droite et gauche ) Département, régions, etc…
    Ce qui nous attend en 2014/2015 : probablement ; échec du CICE, échec du pacte de responsabilité, échec budgétaire, échec de la compétitivité, échec de la réduction de la dette. La poursuite du chômage de masse, de notre déclin économique et moral.
  • Par THB • Posté le 06/03/2014 à 22:18 Typiquement français: on discute à perte de vue d'un plan dont nul ne connaît l'ampleur, dont les modalités sont floues et dont le financement relève encore du secret-défense. Dans quel pays sérieux, aurait-on pu traîner des dizaines de négociateurs avisés à la table de discussion sur un programme et sur un projet aussi flou? Sans parler de la plupart des médias , dont l'inculture économique certifiée permet d'éviter sans difficulté aucune les sujets qui fâchent.
    Que "Moi, Président,je" dévoile déjà comment il compte financer ce fameux pacte, qu'on voie si comme d'habitude les seules économies qu'il compte faire ce sont celles qu'il s'apprête à piquer dans la poche des autres (collectivités territoriales, mais sans doute pas seulement) , qu'on sache si la réduction des charges s'attache à tous les salaires, qu'on évite si possible de renouveler l'usine à gaz du CICE dont l'échec est désormais consommé (sauf pour la Poste bien entendu) même aux yeux de la Commission européenne, mais le temps presse et il n'est pas sûr que la surveillance renforcée annoncée par Bruxelles ne vire pas rapidement à l'aigre, en donnant de plus des idées de taux à des marchés financiers qui ont été étonnamment patients.
    La prestidigitation des idées et le bagout du camelot sont sans doute des art fort utiles dans les allées du pouvoir, mais ce n'est pas ainsi que l'on gouverne le France.

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