Emploi et politiques sociales

Nous ne manquons pas de capital-risque mais de Business Angels

01 octobre 2008 • Sandrine Gorreri

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Parmi les idées qui ont longtemps circulé pour soutenir le développement des entreprises et de l'emploi en France, une s'est particulièrement imposée, c'est la faiblesse du capital-risque français et la nécessité de l'encourager pour dynamiser nos entreprises.
Auréolée de grands succès techniques et commerciaux auxquels cette industrie financière est associée particulièrement aux Etats-Unis, l'idée s'est progressivement répandue que la France n'aurait pas assez de capitaux mobilisés pour financer les projets à risque. De là, le besoin d'orienter plus fortement l'épargne vers ces acteurs financiers. D'où une série de mesures - des FCPI à France Investissement, etc. - qui devaient permettre de remédier à ce problème.


Mais le déficit de financement pour les entreprises se situe dans l'amorçage. En effet, le capital-risque n'intervient qu'à partir d'un certain seuil de développement des entreprises. Pourquoi ? Parce que les capitaux-risqueurs, comme tous financeurs institutionnels – a fortiori les banques -, doivent rendre des comptes à leurs actionnaires, et pour cela faire des évaluations, valider les projets par les conseil d'administration, etc. Un exercice qui n'est valable que si le fonds investit au minimum 1 à 2 millions d'euros mais ce n'est pas rentable pour des projets de 100 000 ou même 500 000 euros. Car il faut souvent plusieurs mois de travail pour expertiser un projet avant de prendre la décision d'investir, ce qui représente un coût que les équipes ne peuvent amortir que sur des dossiers au-delà du million d'euros.

Ce n'est pas propre à la France, le Pr. Jeffrey Sohl de l'Université du New-Hampshire qui dirige le centre de recherche sur le venture capital insiste : le capital-risque finance moins de 3.000 entreprises par an et beaucoup de ces financements concernent des entreprises qui sont déjà dans leurs portefeuilles. Le capital-risque intervient dans moins de 300 entreprises en démarrage chaque année. C'est-à-dire à titre tout à fait exceptionnel !

C'est aussi ce que confirme de nombreux entrepreneurs interrogés sur cette question : pour démarrer leurs activités, ils font le plus souvent appel à des proches, voire à des aides publiques mais avec cela ils parviennent tout au plus à rassembler 100 000 euros. Quand il faut assurer le démarrage technique et commercial, ces sommes sont rapidement insuffisantes et s'ils se tournent vers des capitaux-risqueurs, ceux-ci répondent qu'en dessous d'1 à 2 millions d'euros, ils ne peuvent rien faire. Seuls peuvent apporter cet argent ceux qui ont un minimum de fortune personnelle : les Business Angels.

Par opposition au capital-risque, ils ne comptent pas leur temps, ils n'ont pas de comptes à rendre, ils sont souvent des experts du secteur où ils investissent et n'ont pas besoin de payer des études ; ils peuvent décider sans délais et apportent au créateur d'entreprise une assistance irremplaçable. « On sait aujourd'hui qu'il n'y a pas assez de Business angels pour financer les entreprises en amorçage et cela ne peut pas être le travail des fonds d'investissement » déclarait en 2005 un ancien président de l'AFIC. C'est toujours vrai !

Commentaires

  • Par HASSELMANN • Posté le 02/10/2008 à 10:21 Nous l'avons dit lors du débat à l'ASSEMBLEE en présence d'H NOVELLI, il faut aider la création de la petite entreprise. La loi LME avec le statut d'auto-entrepreneur, est une piste. A l'heure où le capitalisme anonyme, celui des HF et autres fonds souverains est montré du doigt, il faut privilégier un capitalisme de proximité, identifié et identifiable. Cela passe par l'émergence d'un nouveau modèle économique, inspiré en partie de l'Economie sociale débarrassée de ses relents socialo-militants.

    Il y a des gisements de fonds qui permettraient beaucoup d'actions si on prenait la peine de les libérer de contraintes iniques et indues. R.HASSELMANN Président de LIBR'ACTEURS (www.libracteur.fr)
  • Par Pierre LEBOULLEUX • Posté le 02/10/2008 à 08:55 Business angel membre d'INVESTESSOR, réseau créé il y a dix ans, nous avons fait la même constatation que vous.

    Pour franchir ce financial gap autrement que par autofinancement -ce qui n'est possible que pour certains types de projets- il n'y a, semble-t-il, que le recours aux "gros BA". Or ceux-ci ne se trouvent, pratiquement, que par relations privées.

    Que pourrait-on imaginer pour aider les entrepreneurs à franchir ce gap pour devenir de vraies "gazelles" ?
  • Par Denis OULES • Posté le 01/10/2008 à 22:09 Tout à fait d'accord!
    Signalez à vos lecteurs l'action d'évangélisation extraordinaire de FRANCE ANGELS et de son Président Claude Rameau.
    DO: très modeste membre fondateur de CLUB INVEST 77 et XMP BA.
  • Par Hubert Kemlin • Posté le 01/10/2008 à 19:28 C'est absolument vrai, mais l'administration des finances craint par dessus tout de prendre des mesures qui constitueraient de nouvelles "niches fiscales", encourageraient des "riches" à investir et peut-être à gagner de l'argent (quel gros mot!), fixe donc un plafond de déduction ridiculement bas (comme celà, seul ceux qui n'en ont pas les moyens seront incités à investir!) et multiplie les lourdeurs administratives (cf les documents de suivi des plus et moins values à joindre à la déclaration de revenu).

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