Emploi et politiques sociales

L'innovation essentielle pour l'emploi n'est pas technologique

09 juillet 2008 • Bernard Zimmern

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Notre article du 2 juillet 2008 montrant que les entreprises développant des innovation technologiques aux USA sont responsables de moins de 5% des créations d'emplois outre-atlantique (voir notre mise à jour du 12 juillet 2011, a été source d'indignation pour plusieurs internautes dont nous donnons ci-après les réactions.

Je suis donc amené à revenir sur ce point qui est essentiel car il explique à lui seul comment la politique de création d'emplois s'est fourvoyée en France et pourquoi les emplois dans le secteur marchand sont restés pratiquement stationnaires ou en faible augmentation depuis 30 ans alors que les Américains en ont créé – hors crises- 300.000 par mois.
Ce que ces statistiques montrent, c'est que l'emploi ne se crée pas en inventant des « zinzins » (j'ai d'autant plus le droit d'en parler que j'ai fait toute ma réussite sur un « zinzin » ) mais à partir des innovations de marketing, la découverte d'un besoin, d'un marché, même si ce marché est rendu possible par des avancées technologiques développées par d'autres. Le cas type est celui de Federal Express qui n'a inventé aucune technologie mais a mis au service du courrier délivré le lendemain les nouvelles technologies apportées par les progrès des télécommunications et des ordinateurs.

Il est d'ailleurs remarquable que les entreprises ayant le plus de salariés (plus que l'automobile) et ayant le plus contribué à la création d'emplois sont les chaînes de grande distribution comme Tesco en Angleterre, Walmart aux USA ou Carrefour en France.

Nous nous sommes laissé abuser par de grands plans innovation, où l'on privilégiait des innovations technologiques, coûteux pour l'Etat comme les FCPI, sans nous rendre compte que ces constructions bénéficiaient à ceux qui ont intérêt à faire croire que l'emploi est créé par l'innovation technologique, notamment l'ANVAR et tous ceux qui vivent autour, mais qu'on manquait la cible essentielle, l'innovation marketing.

Une des raisons est qu'on peut trouver des critères objectifs pour apprécier une innovation technique et que donc des fonctionnaires pouvaient encore prétendre savoir distinguer l'innovation valable des autres. Mais qu'ils sont incapables de trouver de tels critères lorsqu'il s'agit d'une invention marketing pour lesquelles les seules décideurs valables sont les Business Angels étant donné la part énorme de risque. Et c'est pourquoi les innovateurs marketing sont restés en France sans financement et l'emploi est atone.

Ces statistiques américaines nous font comprendre qu'aider l'innovation technologique est une absurdité, qu'il faut seulement aider les créations d'entreprises et encourager leur réussite. Car une entreprise qui réussit est forcément innovatrice.

Commentaires

  • Par • Posté le 11/07/2008 à 15:47 Je suis bien sûr d'accord avec vous.
    La création d'un nouveau produit, malgré tout l'intérêt qu'il peut représenter, n'implique pas l'assurance de sa vente à échelle significative et donc la création d'emplois, tant s'en faut.
    Il faut coupler l'innovation technologique et l'innovation marketing.
    Soulignons toutefois que sans idées nouvelles et donc sans produits nouveaux, il ne peut rien se passer.
    Faisant un parallèle avec un sport collectif que j'ai pratiqué, je dirai pour illustrer mon propos qu'une équipe de rugby privée de ballon ne peut pas gagner.
    Bonnes vacances.
    M.D.
  • Par Bernard Zimmern • Posté le 11/07/2008 à 10:48 Bien d'accord sur tous les "si" que vous évoquez. J'ai voulu réagir contre les a priori ou images entrées dans l'inconscient de nos concitoyens qui associent innovation à l'invention et au développement de "zinzins", dont l'Anvar a fait sa pub, alors que les innovations non technologiques sont les plus importantes; mais je suis bien sûr aussi pour le développement des "zinzins" sur lesquels j'ai d'ailleurs, comme noté, bâti ma propre carrière. Mais c'est aux Business Angels de décider ceux qu'il faut soutenir financièrement, pas à l'Etat ou ses agences. BZ
  • Par • Posté le 11/07/2008 à 10:48 http://jdch.blogspot.com/2008/07/sarkespresso-what-else.html
  • Par • Posté le 10/07/2008 à 15:37 Il faut produire pour offrir à vendre, il faut vendre pour avoir à produire : la querelle autour de l'importance respective des rôle est ridicule. Mais pour avoir été du côté "industriel" d'un grand groupe multinational, je peux dire qu'il n'y a pas de prospérité si le marketing ne sait pas orienter le développement des produits, si le développement ne sait pas comprendre ce qui conviendra au marché, si la production ne sait pas satisfaire les clients, si les vendeurs ne savent pas exploiter les produits et les marchés.
    On nous bassine avec l'innovation et avec la haute technologie. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'en faille pas, mais que les gisements de besoins en main-d'oeuvre sont généralement ailleurs. Les 4x4 japonais ne sont pas des Airbus, mais ils ont inondé le monde alors que Peugeot et même Renault avaient une belle réputation de robustesse, mais n'ont pas su l'exploiter.
    Les Allemands et les Suisses ne font-ils que de la haute technologie et de l'innovation ? Oh non. Ils font des produits simplement sérieux, avec une qualité correcte. Mais ils savent les vendre : voir leur balance commerciale. Et ils sont à peu près fiables dans leurs délais : les grèvistes d'un secteur quelconque ne flanquent pas par terre les efforts et la réussite des bosseurs.

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