Emploi et politiques sociales

L'impact des grèves sur le pouvoir d'achat des Français

Une journée de grèves détruirait 2500 emplois

24 mars 2009 • Guillaume Varnier

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L'économie française, dont l'INSEE a dressé un sombre tableau pour 2009 [1], se serait bien passée des grèves des 29 janvier et 19 mars. Pour les seules administrations publiques et les transports, nous estimons le coût de ces deux jours de grève à 600 millions d'euros.

Les syndicats ont appelé à manifester pour défendre l'emploi et le pouvoir d'achat. Ils peuvent déjà se féliciter d'avoir amputé le pouvoir d'achat de chaque foyer d'environ 25 euros et détruit directement autour de 5 000 emplois. Et l'année sociale ne fait que commencer …

Un coût astronomique

Le PIB, ou richesse nationale, se définit comme la somme des valeurs ajoutées des entreprises et des administrations publiques. La valeur ajoutée d'une entreprise est obtenue en calculant la différence entre un prix de vente et un coût de production. Celle des administrations publiques présente la particularité d'être estimée à son coût dans le budget de la Nation.

En effet, la production des administrations n'est pas vendue et n'a donc pas de valeur marchande.
Une journée de valeur ajoutée des administrations est de 1,1 milliard d'euros [2]. En connaissant le pourcentage de grévistes soit 25% le 29 janvier et 21% le 19 mars, il est donc possible d'estimer la perte de production des services publics à 600 millions d'euros [3] pour deux jours de grève. Empiriquement, la perte de 1 point de PIB entraîne la destruction de 200 000 emplois. Nous pouvons donc estimer que deux journées de grève coûtent environ 5 000 emplois à notre économie. Soit 4 fois les licenciements de l'usine Continental de Claroix.

Bien sûr, ces calculs ne fournissent qu'une première approximation. Mais, sauf à considérer que l'administration ne produit rien, ils montrent bien que les grèves produisent les effets inverses de ceux recherchés en détruisant de la richesse et du pouvoir d'achat.

Ce que l'on ne voit pas

Bien sûr, la question n'est pas simple. Car, comme pour toute question économique, il y a ce que l'on voit et ce que l'on ne voit pas. Il n'est déjà pas facile de mesurer ce que l'on voit, c'est-à-dire la paralysie des transports ou la désorganisation générale de l'activité économique et sociale.

Il est encore bien moins facile d'estimer le coût de ce qui ne se voit pas, et constitue pourtant l'essentiel. De fait, l'image de la France, souvent caricaturée pour ses grèves à répétition, est dégradée. Cela prive notre pays d'investissements étrangers, potentiellement créateurs d'emplois. Nous en recevons en moyenne deux fois moins que l'Allemagne, et 30% de moins que le Royaume-Uni [4].

Les grèves ont également un effet négatif sur le moral des entrepreneurs et des ménages, ce qui en temps de crise est particulièrement néfaste. Enfin, elles minent la confiance, fluide essentiel au redémarrage de la croissance.

Absence de bien-fondé

Inutile de préciser que l'immense majorité des grévistes étaient des fonctionnaires protégés par leur statut. Ils n'ont aucune crainte de perdre leur emploi ou de voir leur salaire baisser. Ils ne s'exposent à aucune sanction.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les revendications soient si floues : il s'agit, notamment « d'infléchir la politique du gouvernement et des entreprises sur l'emploi et les salaires ». Le pouvoir d'achat ne se décrète pas, pas plus que l'emploi. Les syndicats défendent là surtout des intérêts corporatistes, il n'y a qu'à voir leurs charges contre la RGPP ou l'évaluation des services publics.

Sortir plus fort de la crise

La sortie de crise passe, contrairement à ce que semblent croire les manifestants-grévistes d'hier et d'aujourd'hui, par une meilleure attractivité de la France, la réforme en profondeur de l'Etat et la modernisation de notre fonction publique. Plus que de sa propre caricature, la France a besoin de partenaires sociaux responsables et ouverts au dialogue. Cela permettrait peut-être à nos grandes centrales syndicales de regagner les millions d'adhérents qu'elles ont perdu en 25 ans.

[1] Recul du PIB de 1,5% au premier semestre 2009, 400 000 destructions d'emploi

[2] Source INSEE, Comptes Nationaux (2007)

[3] Perte liée au transport ferroviaire incluse

[4] Chiffres 2006 (source OCDE)

Commentaires

  • Par Giraudon Robert • Posté le 27/03/2009 à 20:05 Liberté, Egalité, Fratenité. Telle est la devise de la Républque. Fraternité, Fraternité : a scandé Ségolène Royale au Zenith. Eh bien oui ! Je suis de tout coeur avec ce rappel de la devise de notre République. En ces temps de crise où de nombreuses usines sont obligées de licencier ou de fermer faute de commandes, mettant ouvriers, techniciens, employés et cadres au chômage et dans des situations précaires, il serait normal que ce soient les dirigeants qui touchent des rétributions astronomiques mais aussi tous ceux dont les emplois ne sont pas menacés c.àd. les fonctionnaires, qui fassent un effort en faveur de ceux qui sont durement touchés par la conjoncture : Que ces privilégiés acceptent, jusqu'à la reprise, une diminution de leur rétribution, d'autant plus élevée qu'ils sont plus haut dans la gille indicaire. Tous nos élus pourraient d'ailleurs donner l'exemple! Là serait la vraie fraternité, là serait la vraie justice sociale, là serait la vraie solidarité! Mais je n'ai rien entendu de tel dans les défilés des syndicats... Serai-je trop à gauche ?

    RG
  • Par danvas46 • Posté le 25/03/2009 à 23:24 Les manifestants ont tous un emploi et le fait de ne pas travailler les jours de grève cause des dégâts économiques au pays. D'autre part il y a un nombre important de chômeurs - entre 2,4 millions et 5 millions selon les sources - qui aimeraient bien avoir un emploi et dont les révendications sont au moins aussi légitimes que celles du premier groupe cité.

    Ainsi je propose que chaque personne qui a un emploi confère un mandat à une personne privée d'emploi pour aller manifester à sa place afin de pouvoir continuer à travailler. L'impact économique de ces grèves serait ainsi proche de zéro et la France sombrerait un peu moins vite!
  • Par josiane.masset • Posté le 25/03/2009 à 14:12 Bravo pour votre article, clair et précis, il mériterait d'être à la "une" de tous les journaux et répété toutes les heures à la télé et à la radio.
    Avons-nous les moyens financiers de nous "offrir" des grèves à répétition ?

    Les syndicats ne font-ils pas le malheur de leurs adhérents depuis des années ?

    Quant aux politiques qui osent donner des leçons au monde entier ne sont-ils pas totalement discrédités ? (cf Le Zénith )
    Le courage manque aux hommes et aux femmes de ce pays, irresponsables vis-à-vis de leurs enfants et petits-enfants.
  • Par Michel 17 • Posté le 25/03/2009 à 11:36 La grève est un droit constitutionnel, mais cette constitution précise ensuite: "dans le cadre de la réglementation en vigueur". Pourquoi alors ne pas modifier la réglementation et mieux préciser les règles d'application, au lieu de laisser au syndicats faire la loi? Nous sommes encore en démocratie, et ce n'est pas à une minorité de la rue de dicter la loi au gouvernement. L'actuelle majorité a été élue régulièrement pour 5 années !

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