Emploi et politiques sociales

Licenciements à la Camif, de la théorie à la pratique

09 novembre 2007 • Philippe François

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Licencier des centaines de salariés est une décision difficile à prendre pour les dirigeants et dure à encaisser par les employés. Quand les patrons sont des syndicats et les actionnaires des syndiqués, c'est pire, mais instructif. Dommage qu'on ait beaucoup moins entendu parler des suppressions d'emplois de la Camif que de celles de Lu.

En 1947, c'était encore la pénurie, le revenu des enseignants était trois fois plus faible qu'aujourd'hui et les Fnac, Conforama ou La Redoute restaient à inventer. Mais avec le catalogue de la Coopérative de la Mutuelle des Instituteurs de France (Camif), qui venait d'être fondée par des syndicalistes, même les jeunes instituteurs nommés dans un village reculé pouvaient survivre. Tout y était et à des prix intéressants. Pendant quarante ans, la Camif a prospéré, mais dans les années 90, les ventes ont sérieusement baissé. La Camif a cherché à s'ouvrir aux non-enseignants, mais cela n'a pas suffi à enrayer le déclin. En 2000, un premier plan de réduction des effectifs a été mis en place, sans licenciements mais aux frais des contribuables grâce au "Fonds National pour l'Emploi" (FNE).

Les problèmes et les déficits ont perduré pour atteindre 16,6 millions d'euros en 2006. Après avoir essayé plusieurs stratégies, les patrons syndicalistes de la Camif ont réagi comme de simples patrons capitalistes. Pour sauver l'entreprise : le quart des effectifs devra être supprimé. Les syndicats d'employés de la Camif ont aussitôt refusé ces 300 à 400 réductions d'effectifs et appelé les salariés à la grève. Des associations amies (MAIF, Macif) et les Banques Populaires ont accepté de remettre chacune 10 millions d'euros - elles avaient déjà recapitalisé la Camif en 2000. Le 5 septembre dernier, le fonds américain Osiris Partners devenait actionnaire majoritaire de la Camif. Grâce à ces capitaux, les syndicats ont obtenu un délai de six mois, le temps de passer la période électorale.


Les syndicats s'élèvent régulièrement contre les licenciements qu'ils qualifient de "boursiers". Certains partis politiques proposent même d'interdire les suppressions d'emplois aux entreprises qui font du bénéfice. L'histoire de la Camif fournit trois leçons simples mais importantes :

- le monde change ;

- diriger une entreprise, c'est très difficile ;

- pour sauver l'entreprise, il faut parfois réduire les effectifs avant que la situation ne soit désespérée.

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