Emploi et politiques sociales

Joël Bouffies

« L'hôpital face aux nouveaux défis doit disposer d'un vrai patron et offrir une véritable valorisation à ses professionnels »

03 juillet 2008 • Agnès Verdier-Molinié

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Joël Bouffies est directeur du Centre hospitalier sud-francilien (850 lits, 3 500 personnels). Très investi dans sa mission, Joël Bouffies, ancien délégué général adjoint de la Fédération hospitalière de France, passe au crible les points faibles de notre système hospitalier. Entretien.

AVM : La situation de l'hôpital public
est-elle aussi grave qu'on le dit ?

Joël Bouffies : L'hôpital est
aujourd'hui à la croisée des chemins,
entre la recherche de l'efficience
et l'exercice de ses missions
traditionnelles. Il existe une
attente très forte de réformes et
en même temps une crainte de
leur impact. Les conclusions du
rapport de la commission présidée
par M. Gérard Larcher étaient en
cela très attendues.

AVM : Quelles sont les failles
de l'organisation de l'hôpital ?

J.B. : Beaucoup a déjà été dit sur
le sujet, mais j'insisterai sur deux
points. D'une part, l'hôpital n'est
pas en mesure aujourd'hui d'encourager
les initiatives et l'engagement
de chacun dans l'institution.
Nous ne disposons pas de modalités
de valorisation individuelle afin
de compléter la gestion collective
des ressources humaines. Le mode
de rémunération devrait, en ce sens
et à l'avenir, tenir compte de cette
exigence. D'autre part, la gouvernance,
tout en respectant les différentes
représentations à l'hôpital,
doit conforter le rôle et la place
du directeur. L'hôpital face aux
nouveaux défis doit disposer d'un
vrai patron disposant des pouvoirs
nécessaires pour arbitrer et trancher
quand la situation l'exige.

AVM : Pensez-vous que
l'on arrivera à sortir de la logique
de statut, statut de l'hôpital public
et statut de la fonction publique
hospitalière ?

J.B. : Je ne suis pas sûr que la question
du statut soit la plus déterminante.
Ce qui est important c'est le
contenu, pas le contenant. Il faut
doter l'hôpital d'outils de gestion
modernes qui lui permettent
d'être réactif. À cet égard, il faut
sans doute prendre le meilleur des
deux modèles privé et public pour
inventer une troisième voie offrant
la souplesse de gestion du secteur
privé tout en gardant les valeurs
de service public. D'ailleurs, service
public ne veut pas forcément dire
« statut public ». Il est évident qu'il
peut y avoir des concessions de service
public au secteur privé, dans
le domaine de la santé, cela existe
déjà. Il faut par contre que les exigences
et les contraintes soient les
mêmes, je pense en particulier à la
permanence des soins.

AVM : Pensez-vous que le
gouvernement va dans la bonne
direction en ce qui concerne
la réforme de l'hôpital public ?

J.B. : La France en général et l'hôpital
en particulier ont besoin de
réformes. Si l'hôpital veut résoudre
l'équation entre performance
et service public, il doit évoluer. Les
propositions issues du rapport de la
commission de Gérard Larcher sur
les missions de l'hôpital tracent des
sillons porteurs d'espoir pour l'avenir : des modalités de coopération
renforcées pour une organisation
territoriale coordonnant davantage
tous les acteurs de soins, des modes
de rémunération et de contractualisation
plus en phase avec les
nouvelles réalités, une gouvernance
clarifiée, de nouveaux outils
de gestion, une organisation des
activités de recherche simplifiée.
Je ne doute pas de la volonté des
pouvoirs publics de donner le plus
rapidement qu'il soit une traduction
concrète à ces orientations.

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