Emploi et politiques sociales

L'exemple suédois

Colloque "Hôpital public : quel avenir ?" Partie III. 3

23 mars 2005 • Agnès Verdier-Molinié

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Par Paul Hokfelt. Président du Conseil d'Administration de Capio Santé

Je vais essayer de vous donner un aperçu de gestion puisque c'est mon métier. Le problème dont nous débattons ici ce soir est le même partout en termes financier et de pyramide des âges. Les établissements privés ne doutent pas que la santé reste une mission de service public. Par contre, si elle le souhaite, la volonté politique peut impliquer le privé pour jouer un rôle constructif dans le changement de l'hôpital. J'y crois énormément et je vais vous expliquer pourquoi.

Il y a des différences entre les pays : différences au niveau des remboursements, au niveau de la réglementation et surtout au niveau du statut des médecins. C'est un point essentiel pour toute gestion hospitalière. Si nous lançons des expériences constructives public / privé dans différentes réglementations, avec différents statuts de médecins et avec différents systèmes de remboursement, nous créerons in fine des modèles applicables partout, avec, naturellement, des ajustements culturels et nationaux.

Les barrières sont réelles, objectives mais aussi très souvent émotionnelles. En France, la profession est très encadrée, des prix sont imposés. Pour certains pays, il y a discrimination au niveau des prix. La France se vante beaucoup de la T2A et nous sommes satisfaits qu'elle existe car elle rendra, in fine, les choses comparables, mais il ne faut pas nier qu'il y a une énorme différence entre le secteur public et le secteur privé. En France, l'hospitalisation privée est aussi extrêmement atomisée avec beaucoup de petits établissements et il est nécessaire aujourd'hui d'avoir de gros plateaux techniques pour avoir de la qualité.

Le facteur émotionnel joue aussi un grand rôle, nous savons que c'est très politique, vous avez parlé du plus grand employeur et je ne m'y attarderai pas. Dans tout pays au monde, l'école de médecine apprend aux médecins à être en conflit avec les gestionnaires et c'est dommage. Cette éducation est particulièrement pesante en France et il faut sortir de ce cadre-là. Il y a aussi des oppositions entre les médecins eux-mêmes, ceux qui ont un statut libéral et ceux qui sont dans la fonction publique. Ils n'ont pas la volonté de s'écouter et il ne se passe rien. On dit souvent que le système de santé français est d'excellente qualité et je ne vais pas le contester. Il est mal organisé mais marche néanmoins bien car le personnel fait preuve de beaucoup de passion.

Que faut-il faire ? Nous avons commencé à travailler au niveau du groupe mais il y a encore beaucoup de chemin à faire. Nous avons mesuré, dans 7 pays différents, quelles sont les ressources, humaines et autres, allouées aux différentes interventions. Les différences que nous trouvons sont étonnantes, je n'ai pas le temps de les détailler, mais cela signifie bien que les méthodes de travail sont différentes. Nous avons aussi mesuré la satisfaction des patients et des employés. Tout cela fait un benchmarking opérationnel, qualitatif et de satisfaction du personnel et donne un vrai indicateur sur la façon dont marchent les services. Nous le soumettons aux différents médecins travaillant dans nos établissements et leur demandons de définir la meilleure pratique. Après, nous essayons de faire appliquer cette bonne pratique dans nos services. Je peux vous assurer que les diminutions de coûts et l'augmentation de la qualité sont liées à cette bonne pratique, sans rien enlever de l'art des médecins.

Nous nous inscrivons aussi volontairement dans tous les efforts menés au niveau accréditation, certification et EPP (évaluation des pratiques professionnelles). A titre d'exemple, quand l'EPP est devenue obligatoire par la loi d'aôut 2004, nous nous sommes inscrits en partenariat avec les URML pour être facilitateurs et offrir cette évolution à tous nos médecins actifs dans nos établissements (700 en France). Il faut être attractif pour attirer les médecins, c'est-à-dire qu'il faut aligner les intérêts des uns et des autres, il faut offrir une plateforme mais aussi penser à la recherche et à la formation. Je vais citer quelques exemples dans lesquels ma société est impliquée en Europe.

En Angleterre, nous avons signé des contrats importants avec la NHS au terme desquels nous nous engageons à exécuter 100.000 interventions chirurgicales planifiées, ce qui est une façon de s'attaquer aux listes d'attente. On peut en dire ce que l'on veut mais c'est une forme de collaboration.

En Espagne, nous venons d'accueillir une société qui a fait un énorme travail en gérant des structures ex publiques. Le plus grand hôpital madrilène est maintenant géré par Capio. Il est intéressant de noter qu'il y a 220 médecins internes, c'est une vraie institution universitaire, il y a une vraie recherche qui est dotée d'un peu plus de 3 millions € et il y a aussi une école qui forme 75 infirmières par an. C'est un hôpital qui a des fonctions d'urgence dans toutes les spécialités et qui est comparable à un CHU en France. Pourquoi se trouve-t-il maintenant dans le privé ? Parce que, en 2001, il a fait des pertes à hauteur de 30 millions d'euros et il ne pouvait plus faire face à ses engagements. Aujourd'hui, il a augmenté son activité de 30%, sans engager plus de personnel. Je ne porte pas de jugement, c'est simplement un fait. Je pense que les choses bougent en Espagne.

En Suède, l'hôpital St Göran a une activité planifiée à hauteur de 24% de son activité, ce qui n'est pas beaucoup. Il a donc les mêmes caractéristiques que n'importe quel hôpital français. Il est en moyenne 13% moins cher que les cinq autres structures hospitalières de la ville de Stockholm (2 millions d'habitants) où l'afflux de patients est uniquement réglé par la région qu'il couvre. Nous avons gagné en efficacité un peu plus de 2% par an, sur les quatre dernières années, pendant que les autres structures hospitalières du secteur public ont perdu 2%. Après un débat politique animé, la réalité a pris le dessus. La Région de Stockholm, qui est le payeur de ce service, en opposition avec le Gouvernement (qui est d'ailleurs du même parti politique mais essaye de faire passer la loi interdisant la gestion des hôpitaux par des opérateurs privés à but lucratif) a décidé de prolonger notre contrat jusqu'en 2012, tout simplement parce qu'elle n'a pas le financement pour combler la différence. La réalité a donc rattrapé la politique et c'est un espoir.

Diapositives de la présentation

Cet article fait partie du colloque sur l'avenir des hôpitaux public.

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