Emploi et politiques sociales

Les mauvaises raisons de la grève

29 janvier 2009 • Bertrand Nouel

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Les raisons de la grève tournent finalement autour du pouvoir d'achat et le slogan se résume à dire : « on donne des milliards aux banques et aux entreprises et on ne fait rien pour le pouvoir d'achat des Français ». En deux mots tout est dit – et tout est faux.

L'Etat ne « donne » rien aux banques. Il paraît se confirmer que les banques françaises font des profits et que le volet participation aux fonds propres prévu par le plan d'aide n'a pas eu à jouer - sauf - paradoxalement pour les tenants du tout-Etat, au profit d'établissements de la sphère publique ou dans lesquels l'Etat a des intérêts ou son mot à dire (Dexia, le groupe des Caisses d'Epargne). La seule aide de l'Etat se limite donc à des prêts à des taux compris entre 8 et 9%, soit environ trois fois le taux auquel il emprunte, ce qu'on conviendra être une bonne affaire. Mais les Français ne voient que le fait de la mise à disposition des fonds, sans vouloir faire la différence entre « cadeau » et crédit remboursable.

L'Etat ne donne rien non plus aux entreprises. Politique keynésienne de la demande contre politique de l'offre : le débat est certes complexe mais il devrait être possible de comprendre que la relance suppose l'emploi, et que l'emploi suppose des entreprises qui ne soient pas étranglées. Quoi qu'il en soit, les entreprises ne reçoivent aucun « cadeau » non plus, il s'agit seulement de s'assurer qu'elles puissent se procurer les liquidités nécessaires sur le marché.

Pouvoir d'achat : les Français ne veulent entendre ici qu'augmentation des salaires. D'une part toutes les études montrent que le pouvoir d'achat n'a finalement pas baissé, l'inflation n'ayant été que très faible en 2008 (1%). Et que ce soit du point de vue des salaires ou de la sécurité de l'emploi, les moins à plaindre sont encore une fois ceux qui font grève, à savoir les services publics, non concernés par les licenciements.

Par ailleurs les Français oublient que les budgets de l'Etat et de la Sécurité Sociale ainsi que leurs déficits respectifs représentent l'équivalent d'une injection considérable, bien qu'en partie cachée, de pouvoir d'achat. En 2009, les déficits publics atteindront près de 100 milliards d'euros, chiffre jamais atteint auparavant. Mais il s'agit de pouvoir d'achat sous forme de prestations offertes et non la plupart du temps d'espèces sonnantes et trébuchantes (il y a quand même le RSA, l'augmentation de l'allocation de rentrée scolaire, le remboursement de la carte de transport etc.).

Il se confirme ainsi que ce qui est gratuit n'est pas comptabilisé par le bénéficiaire parce que celui-ci le considère comme un dû. C'est une malédiction spécifiquement française qui veut que l'assistanat se développe sans cesse mais que les Français ne le perçoivent pas comme une augmentation de pouvoir d'achat, ou de cadeaux qui leur sont faits [1].

Tout est donc faux dans le slogan en question. Triste constat qui est le fruit de l'ignorance et de la désinformation, mais que le pouvoir politique ne parvient pas à redresser.

[1] Voir par exemple les conséquences de la crise du prix du pétrole, qui a engendré notamment les trois mesures suivantes : la « taxe poisson » au profit des pêcheurs, la prime à la cuve au profit des foyers non imposables et le remboursement des cartes de transport. Maintenant que le prix des carburants est tombé au plus bas, qui parle de remettre ces cadeaux en question ?

Commentaires

  • Par Bertrand Nouel • Posté le 12/02/2009 à 19:00 Jancap,
    Le libéralisme, c'est par exemple un smic horaire passé (en monnaie constante) de 4,4O € en 1973 à 8,71 € aujourd'hui, les "conquêtes sociales" rendues possibles, ou encore des dépenses de protection sociale égales en France à 31,5 % du PIB (record mondial juste derrière la Suède) et en augmentation annuelle de 2,6% depuis 2000 etc...
    La répartition capital/travail est une vieille lune de Besancenot qui repose sur des calculs notoirement truqués. A partir des calculs de Piketty + Alternatives économiques (aussi notoirement à gauche et utilisés par Besancenot, voir le site gribeco) on voit que la période que vous prenez en compte est isolée et exceptionnelle et due aux conséquences du premier choc pétrolier. La répartition est la même à très peu de choses près que celle ayant existé depuis les années 1960, et elle a même évolué en faveur du travail ces dernières années (66% contre 62% pour le travail).
    Enfin les économistes "impartiaux" savent et disent bien que le principal, en France et en ce moment, est la relance directe par l'investissement et le sauvetage du système bancaire, car la relance uniquement par la consommation profiterait à l'épargne et aux importations. D'autre part il est impératif de redresser notre commerce extérieur.
    Les sansonnets ne sont pas où vous croyez...
    Cela dit je ne demande pas mieux que de continuer le débat, mais de bonne foi s'il vous plaît.
  • Par JANCAP • Posté le 12/02/2009 à 19:00 rire... Votre article me fait bien marrer ...car on sent très bien que vous n'y croyez pas vous-même, à ce que vous affirmez !...

    Merci de répondre aux deux questions suivantes:
    - le libéralisme doit-il être à finalité sociale ? ...sinon, quelle utilité ? (je n'évoque pas le néo-libéralisme qui vient de faire ses preuves de manière éclatante avec la crise actuelle. Voir l'analyse de Stiglitz);
    - est-il vrai ou pas qu'entre 1975-80 (moyenne) et 2006, la valeur ajoutée distriuée aux salaires et contributions sociales a baissé de 10,51 % dans la VA, ce qui représente 185 milliards d'Euros par an de "manque à consommer" pour le peuple de France ?
    Enfin, tous les économistes IMPARTIAUX savent très bien que la meilleure relance de l'investissement se fait bien par la consommation !!! ...avec la spirale du développement pouvoir d'achat - demande - consommation - profits - recherche - investissement - innovation - production - pouvoir d'achat etc...

    Il est donc vital d'injecter du pouvoir d'achat et de la protection sociale pour enclencher le cycle vente-profit-investissement !

    Tout le reste n'est que "roupie de sansonnet" pour enfumer le peuple...
  • Par Mousset • Posté le 01/02/2009 à 10:44 Tout est problème de communication, par ignorance, par omission ou par manipulation :

    -les uns n'osent pas dire, ou ont peur de dire

    -les autres omettent, laissant le doute à l'interprétation et à l'ignorance populaire

    -les 3èmes manipulent en "laissant" traîner des mots simples mais ambigus, volontaires pour déformation de l'interprétation.

    En France, on ne sait plus parler, ni expliquer, ni véritablement s'informer, et je crois que De Gaulle avait bien jugé les Français comme des moutons, plus enclins à bêler quà se renseigner.

    Malgré un rassemblement éphémère et tape à l'oeil, les Français sont plutôt égoïstes, et les nantis en veulent plus, sachant pertinemment que c'est au détriment des autres, de la France, et plus grave, au détriment des générations futures.
  • Par jpgratadour • Posté le 31/01/2009 à 16:28 Bravo pour cet excellent rappel . Toute la redistribution est effectivement oubliée dans l' évolution du pouvoir d' achat . Ceci étant posé , je ne peux que me rappeler que les premières tentatives pour faire accepter le rappel des charges payées par l' entreprise sur les bulletins de salaire dataient des années 80-85 . Il aura fallu bien longtemps pour contrer les oppositions , mais ceci s' est finalement réalisé en partie . Nous pouvons peut-être espérer !

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