Emploi et politiques sociales

Les grèves à la SNCF, encore une exception française

28 février 2003 • Nicolas Lecaussin

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Le 9 janvier 2003, les syndicats de la SNCF ont rejeté un projet de protocole d'accord sur "l'amélioration du dialogue social et sur la prévention des conflits". La direction avait demandé une période de concertation de dix jours lorsqu'un risque de conflit est signalé (par écrit) et que les signataires conviennent de faire des efforts pour laisser les discussions se tenir au cours de cette période afin de parvenir à un accord et éviter ainsi le dépôt d'un préavis de grève. Le secrétaire général de la Fédération FO des cheminots, Eric Falempin, a estimé que ce dispositif "touchait au droit de grève". Selon lui, un "texte ne peut pas empêcher les conflits".

Quelle est la situation en France ? Jusqu'en 1940 la grève des agents du service public était considérée comme une faute grave. Depuis 1946, les préambules des Constitutions reconnaissent à tous le droit de grève. La loi du 31/7/1963 modifiée par la loi du 19/10/1982 institue un statut unique pour tous les participants à la gestion d'un service public, un préavis de grève et l'interdiction des grèves tournantes. A la SNCF, pas de service minimum assuré. Grèves à répétition. Des dizaines chaque année au niveau local, régional, jusqu'à la paralysie nationale.
Durant les vingt dernières années, la SNCF a connu des centaines de grèves. Voici les grèves les plus importantes depuis 1979 et quelques coûts engendrés :

EST-CE QUE LES AUTRES PAYS EUROPEENS DISPOSENT DE TEXTES SIMILAIRES POUR LIMITER OU EMPECHER LES GREVES ?

- Allemagne : 35% du personnel fonctionnarisé depuis 1997 ne peut pas faire grève. Pour le reste, le droit de grève est soumis à l'observation du "devoir de paix sociale". Le dernier conflit social a eu lieu en 1991-1992.

- Autriche : En 10 ans, une seule grève de 30 minutes en 2000, mais service minimum toujours assuré.

- Belgique : si préavis déposé à temps et dans les règles, aucun service minimum. Les syndicats respectent la clientèle et font grève la nuit.

- Grande-Bretagne : grèves très rares. Grèves surprises interdites. Chemins de fer privatisés.

- Scandinavie : grèves surprises interdites. Au Danemark, pas de grève depuis des années.

- Espagne, Italie, Grèce et Portugal : service minimum prévu par la loi. Grèves très rares.

1979 - grève suivie par environ 90% par les agents de train et conducteurs de route de Lyon-Perrache depuis le 15 novembre, puis ceux de Paris-Sud-Est à partir du 23, et de Chambéry le 24. Suite à l'intervention de la police dans la nuit du 26 au 27, la CFDT appelle à élargir le mouvement à tout le réseau Sud-Est.

Du 1er juin 1979 au 30 juin 1980 il y a eu, sans compter les nombreux mouvements locaux ou de réseau, pas moins de 19 grèves : 14 ont concerné l'ensemble du personnel et 5 diverses catégories.

Au cours de l'été 1985, trois accidents, les 8 juillet, 3 et 31 août, font 84 morts. La direction de la SNCF, après le changement de son président, décide de soumettre 150.000 agents à un contrôle renforcé des connaissances et des aptitudes. Appelés à un contrôle, les agents de conduite de Chambéry décident de cesser le travail. Parce qu'il n'y a pas de préavis, la grève est déclarée aussitôt illégale. Le mardi 1er octobre, la grève devient quasi-générale dans tous les dépôts rassemblant trois quarts du personnel de la SNCF.

1986 - 8 décembre : le personnel des guichets fait grève à Paris et dans les grandes villes afin de protester contre la suppression de la "prime de saisie sur ordinateur" (sic) ce qui implique une baisse de rémunération de 300 F.
Le 18 décembre, les agents de conduite de Paris-Nord se mettent en grève à cause d'un projet de grille salariale dite "au mérite". Les cheminots demandent le retrait de ce projet qui pour eux laisse une place importante à l'arbitraire. Le vendredi 19, le mouvement se déclenche partout. Initialement, la grève était prévue pour 5 jours.

1987 - Le 5 janvier, 90 dépôts sur 94 continuaient la grève. Le trafic est complètement paralysé. 90% des agents de conduite et 70% des sédentaires ont participé à la grève jusqu'au 9 janvier.

Entre temps, le "virus" s'est propagé à la RATP et chez EDF. Coût : 20 milliards de francs.

1988 - Automne : grève des transports en Ile-de-France ; coût direct ou indirect : 500 millions de francs.

1995 - 29 novembre : paralysie nationale SNCF (16 décembre reprise progressive) contre le projet de réforme du régime spécial de retraite ; coût quelques milliards de francs.

2001 - Mars / avril : grève générale à la SNCF contre le projet "Cap client" de réorganisation par activité de la SNCF qui, d'après les syndicats, pourrait déboucher sur le démantèlement du service public ferroviaire "à la française". Coût : 1 milliard de francs (145 millions d'euros).

Jusqu'à quand les contribuables paieront-ils ?

Commentaires

  • Par claudius • Posté le 17/11/2008 à 15:35 Je prends le train très rarement, une fois tous les 3 ans. En 1982 je pars pour Londres : grève des trains au Mans, obligé de louer une voiture pour Paris direction Roissy, grève Air France. Quand j'ai pris mes billets de train (ça fait 2 mois) pour aller d'Angers à Roissy, je me suis dit : "avec ma chance la grève sera au rendez-vous !". Eh bien oui elle sera bien au rendez-vous. COMMENT VOULEZ-VOUS AIMER CEUX QUI NOUS PRENNENT CONSTAMMENT EN OTAGE ? ET ENCORE, MOI, JE SUIS UN privilégié par rapport à ceux qui prennent le train quotidiennement.

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