Emploi et politiques sociales

Les Français et l'entreprise - Réponse de Patrick Louis

Colloque "Mettre l'emploi au coeur de la campagne"

12 février 2007 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Philippe Hayat - La question que je voudrais vous poser au nom de nos 100 000 entrepreneurs est la suivante : Même s'il est naturel que les entrepreneurs se prennent en main pour aller raconter leur expérience à des jeunes, que pouvez-vous faire, vous, les politiques, pour nous aider, bien au-delà des mesures techniques, pour véhiculer dans ce pays la culture d'entreprendre et faire qu'un jour, en France, on aime nos entrepreneurs autant qu'on aime nos footballeurs ?

Patrick Louis - Étant universitaire, je demande à mes étudiants qui, parmi eux, est responsable. Mais personne ne répond, parce qu'ils pensent, « qui est coupable ? » Alors que la noblesse de l'homme, c'est de répondre de ses actes. Il est évident qu'un citoyen doit se dire qu'il est responsable, responsable de lui et éventuellement des autres. Je suis tout à fait d'accord avec votre démarche et je l'ai dit, l'efficacité est fille du désir ; les gens qui n'aiment pas quelque chose ne risquent pas d'être performants. Il est évident qu'il faut qu'ils connaissent l'entreprise de manière objective, saine dans ce qu'elle est, de manière à pouvoir avoir ce goût de l'entreprise.

Avant de dire aux hommes qu'il faut aller dans l'entreprise, je dirai que l'entreprise est dans l'homme. L'acte d'entreprendre est l'une des grandes vertus de l'homme qui doit tout entreprendre, aussi bien dans l'associatif que dans le spirituel, c'est dans notre tradition. C'est en jouant sur ces valeurs de la liberté et de la responsabilité que, naturellement, des gens se tourneront vers des emplois marchands, mais que de toute leur vie, ils en feront un acte d'entreprise. Là-dessus, je crois qu'il faut jouer à tous les niveaux en commençant par le niveau scolaire qui ne montre pas la réalité de l'entreprise avec des chefs d'entreprise qui sont des exploiteurs, arborant un gros cigare et portant le chapon melon, mais aussi au niveau de ceux qui contrôlent la presse ; aujourd'hui, tous les lycéens sont nourris par Alternatives Économiques, et il n'existe aucune alternative à Alternatives Économiques.

Les diplômés ne veulent pas entreprendre ; à partir du moment où vous êtes certain de recevoir une certaine rémunération en travaillant dans un grand groupe, pourquoi aller créer votre entreprise ? Si vous tombez, on dira « il a failli », mais pas « il a osé ». Il y a un air du temps qui doit valoriser, entre autres en donnant une indemnité chômage à ceux qui tentent de créer une entreprise et qui se ratent, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Il faut développer cette noblesse de l'entrepreneuriat et aider les chefs d'entreprise à accéder à la propriété, à la capitalisation.

Mon propos partait du fait que l'efficacité est fille de la culture et il y a la culture au niveau politique ; il faut que les politiques aussi disent clairement ce qu'ils défendent et, sans vouloir être polémique, il est vrai que depuis au moins vingt-cinq ans, il y a des programmes, mais c'est le contraire qui se fait. Je crois que la première chose, c'est d'être fidèle à sa parole.

Cet article fait partie du colloque Mettre l'emploi au cœur de la campagne

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