Emploi et politiques sociales

Les Français et l'entreprise - Réponse de Hervé Morin

Colloque "Mettre l'emploi au coeur de la campagne"

12 février 2007 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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La question que je voudrais vous poser au nom de nos 100 000 entrepreneurs est la suivante : Même s'il est naturel que les entrepreneurs se prennent en main pour aller raconter leur expérience à des jeunes, que pouvez-vous faire, vous, les politiques, pour nous aider, bien au-delà des mesures techniques, pour véhiculer dans ce pays la culture d'entreprendre et faire qu'un jour, en France, on aime nos entrepreneurs autant qu'on aime nos footballeurs ?

Hervé Morin - Mon père avait une entreprise de maçonnerie en Normandie, qui marchait convenablement. J'ai eu « le malheur » de faire des études et de réussir pour finir un concours de l'Administration. Eh bien, c'était le rêve de mon père, parce que j'étais le premier fonctionnaire d'une famille où tout le monde, sans exception, était chef d'entreprise. Toute la famille était fière de compter un fonctionnaire qui avait réussi un concours de l'État. Je crois que l'État a une place quasiment mythique dans l'esprit des Français, que l'État a tout fait – il a construit le pays, il en a fait économiquement ce qu'il est. Tous les grands secteurs dans lesquels nous sommes parmi les meilleurs du monde, nous les devons à l'État et à des politiques industrielles. Tout cela a changé, certes, mais avant que les Français considèrent que ce qu'il y a de plus noble et de plus extraordinaire, c'est la création d'entreprise, je pense qu'il y a encore du chemin.

Par ailleurs, la mise en place des 35 heures a été, à mon avis, non seulement une erreur économique, mais aussi une erreur culturelle lourde de conséquences dans les secteurs les plus divers, y compris chez les médecins qui ont refusé de faire des gardes tous les week-ends, dès lors qu'il a été dit aux Français que le bonheur, ce n'était pas de travailler, mais d'avoir des loisirs. Tant que l'on n'aura pas réintroduit l'idée que le travail et la famille sont les deux axes majeurs d'une vie, que le travail est un moyen de s'épanouir et d'exister, il sera difficile de faire en sorte que l'entreprise soit au cœur de l'ambition de nos jeunes compatriotes.

Un des éléments qui nous éloignent des deux autres principaux candidats, c'est que François Bayrou considère qu'il n'est pas ministre du Budget, mais candidat à l'élection présidentielle, et si nous n'avons pas détaillé les mesures que nous préconisons, c'est que nous pensons qu'être candidat à l'élection présidentielle, ce n'est pas simplement présenter un catalogue, mais avoir une vision globale pour essayer de porter le pays. Je ne pense pas que l'on puisse considérer que transférer massivement les cotisations sociales sur d'autres ressources, créer un SBA ou créer deux emplois francs sont des mesures techniques, et reconfigurer la structure des collectivités en France, par exemple, est loin d'être une mesure technique.

Si nous devions faire une proposition concrète, ce serait celle déjà évoquée par François Bayrou dans plusieurs de ses discours et qui consiste à rapprocher l'école de l'entreprise. Je crois que tant que le fossé sera aussi important entre l'école et l'entreprise, tant que l'Éducation nationale considérera l'entreprise comme un autre monde que le sien, il sera bien difficile de faire progresser l'idée de la création d'entreprise dans le pays.

Cet article fait partie du colloque Mettre l'emploi au cœur de la campagne

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