Emploi et politiques sociales

Les entreprises publiques ont doublé leurs bénéfices

09 novembre 2006 • Jean-Pierre Chevallier

emploi_politiquessociales.jpg

"Le rapport annuel de l'Agence des participations de l'État (APE) révèle qu'en 2005 les entreprises publiques ont pratiquement doublé leurs bénéfices par rapport à 2004, enregistrant 12,19 milliards d'euros de résultats nets contre 6,44 milliards l'année précédente" dixit Le Figaro du 11 octobre 2006. Qu'en penser ?


Les entreprises sont par essence privées mais certaines peuvent être publiques. Ainsi, le métro de New-York entre dans le cadre de ce qu'on appelle une entreprise publique car il rend un service pour l'ensemble de la population sans chercher à faire des bénéfices et sans recevoir de subventions : les voyageurs paient la totalité des charges du service qu'ils utilisent, incluant les provisions pour payer à l'avenir les pensions des salariés du métro. Il est possible d'imaginer d'autres solutions, mais celle qui est adoptée a l'avantage de satisfaire la plupart des Américains au moindre coût.

Les entreprises publiques en France ne respectent pas ces règles comme le montre l'exemple de la RATP qui reçoit des milliards d'euros de subventions et d'avantages de diverses entités publiques (l'Etat, la région Ile-de-France, la ville de Paris, la Sécurité Sociale, etc.) et le produit de taxes sur les transports payées par les entreprises. Par ailleurs, beaucoup de voyageurs ne paient pas la totalité de leur billet ou de leur abonnement car ils bénéficient de divers avantages. Ensuite, la RATP ne provisionne pas les charges de retraite de ses salariés. Dans ces conditions, les comptes publiés ne donnent pas une image fidèle de la réalité. Il en est de même dans la plupart des autres entreprises publiques qui n'ont donc pas dégagé en réalité 12,19 milliards d'euros de résultats nets en 2005. Au contraire ! Si l'on comptabilisait correctement leurs charges relatives aux seules retraites, le déficit serait colossal (les dettes accumulées seraient de 300 milliards d'euros d'après le chiffrage de Jean Arthuis pour les seules entreprises publiques en 2004).

Pour que les comptes des entreprises publiques donnent une image fidèle de la réalité, il faudrait supprimer les subventions et les aides dites sociales. Dans ce cas, c'est un déficit bien réel qui devrait apparaître. Il y a donc un certain nombre de milliards d'euros qui circulent indûment en France. Ils sont visibles dans l'hypertrophie de la masse monétaire M3 de la zone euro et plus précisément dans l'agrégat M1 qui correspond à l'argent qui se trouve dans les portefeuilles des ménages et sur leurs comptes courants : 3570 milliards d'euros soit 43% du PIB contre 1350 milliards de dollars aux Etats-Unis soit 10% du PIB pour 300 millions d'habitants dans les deux cas. La France n'est malheureusement pas la seule à ne pas maîtriser les dépenses publiques et ces problèmes sont en partie occultés par la disparition des données concernant la masse monétaire au niveau national à la suite de l'adoption de l'euro.

Pour comprendre le mécanisme de la création monétaire en France, il faut partir de l'observation des comptes d'une entreprise. Le produit de ses ventes permet de couvrir ses charges, en particulier de personnel, mais dans le cas des entreprises publiques les clients ne paient pas le juste prix qui permettrait d'équilibrer les comptes. Pour cela il faudrait par exemple diminuer les charges de personnel tout en fournissant les mêmes prestations, ce que font ordinairement toutes les entreprises françaises dont la productivité horaire est très élevée (au 2° rang dans le monde d'après l'OCDE). Les salariés de ces entreprises publiques perçoivent donc des revenus qui ne sont pas réellement payés par les clients : c'est de la monnaie non gagnée, de la vraie monnaie mais sans contrepartie réelle. C'est de la création monétaire qui empêche la croissance d'atteindre son potentiel optimal (car la croissance est inversement proportionnelle à la création monétaire).

Pour équilibrer les comptes des entreprises publiques une autre solution serait d'augmenter les prix des services publics. Les clients auraient ainsi moins d'argent disponible.

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.