Emploi et politiques sociales

Les entreprises Gazelles

Ces entreprises à fort potentiel de croissance
créatrices de richesses et d'emplois

16 avril 2009 • Bernard Zimmern

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Le terme de gazelles a été utilisé par David Birch, l'inventeur de la démographie des entreprises, chercheur au MIT, autour des années 1980 pour désigner les jeunes entreprises à croissance rapide.

Le terme a été repris par l'iFRAP dans ses rapports au ministère des PME en 2002 sur le rôle des gazelles dans la création d'emploi puis dans une étude publiée en 2003-2004 (Anges et gazelles).

Il a été adopté par le ministère des PME et Renaud Dutreil, le ministre des PME, qui en 2006, a fait voter un texte fiscal destiné à encourager le développement des gazelles en France.

Il est devenu depuis le terme courant pour désigner les jeunes entreprises à forte croissance.


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Caractéristiques et rôle statistique des gazelles

Dans l'étude Anges et gazelles, nous avions défini une gazelle comme une entreprise dont le capital social est d'au moins 100.000 euros au départ. Il est en effet possible de créer des entreprises avec beaucoup moins mais quelqu'un qui crée une entreprise, non pas pour se faire un emploi (exemple le chômeur qui crée une auto-entreprise) mais avec l'objectif de toucher rapidement le marché national ou même international ne peut démarrer sans collaborateurs et sans les moyens financiers de faire tourner sa société pendant de l'ordre d'au moins une année avant que les rentrées financières, à travers les ventes ou les apports de Business Angels ou capitaux risqueurs ne prennent le relais.

Les chiffres recueillis montraient qu'en moyenne une gazelle française se crée avec 800.000 euros de capitaux propres et 13 salariés, la gazelle anglaise avec des capitaux et un nombre de salariés doubles.

Rôle des gazelles et des entreprises unipersonnelles dans la création d'emploi

Le gouvernement Chirac a été très fier d'avoir contribué à créer beaucoup plus d'entreprises, notamment avec la création de l'entreprise au capital social de 1 euro.

Il est vrai que dans la période 2003 2007, le nombre de créations d'entreprises a considérablement augmenté passant de 240.000 à 322.000. Mais, si l'on distingue les entreprises créées sans employés de celles créées avec des salariés, on constate que le second groupe n'a pas augmenté ou même un peu régressé.

Les gazelles, des entreprises créées par opportunité et non par nécessité : les études GEM

Le centre Global Entrepreneurship Monitor, formé par l'alliance de Babson College à Boston, l'une des meilleurs écoles américaines pour former des entrepreneurs (30% de leurs élèves créeraient des entreprises) et de la London School of Economics, avec le soutien financier de la Kauffman Foundation, a réalisé les premières études internationales pour essayer de mesurer le niveau d'entreprenariat dans les diverses nations du globe, plus de 40.

Des enquêtes réalisées dans chaque pays par une équipe d'experts mesurent le nombre d'individus qui se sont lancés dans les créations d'entreprise pour se créer un travail (cas du chômeur qui recrée son propre emploi) ; ce sont les entreprises créées par nécessité ; et celles, les gazelles, qui se sont lancées autour d'un projet de création de produit ou de service, les entreprises créées par opportunité.

Ces études confirment que la France est très bien placée en termes d'entreprises créées par nécessité et qu'elle occupe un rang tragique pour les entreprises créées par opportunité.

Les entreprises créées par nécessité créent au total très peu d'emplois

On est frappé par le fait que les multiples programmes destinés à aider les chômeurs à s'employer en créant leur propre entreprise n'ont pas changé grand chose à l'emploi français qui reste tragiquement autour de 63% de la population en âge de travailler et avec un chômage qui même hors de la crise reste autour de 8 à 9% de la population active. On peut citer les programmes EDEN, ACCRE, l'ADIE, l'auto-entrepreneur.

C'est qu'en fait, avant de se réjouir du succès de ces programmes d'emploi des chômeurs, il faudrait voir si la création de ces micro-entreprises, souvent des commerces ou des artisans, ne se traduit pas par la disparition d'un nombre de commerces et artisans équivalent. On peut se poser la question quand une rue possède déjà deux boulangers. Et l'examen de l'emploi dans le parc des artisans ou des professions libérales en France se traduit par au mieux une stabilité des effectifs totaux employés, au pire par une diminution régulière.

Pourquoi les gazelles sont la clé de l'emploi et du chômage

L'emploi d'un pays s'organise autour de quelques très grandes sociétés et de PME destinées à devenir de grandes sociétés, qui sont servies par des entreprises de services pour la plupart de leurs services d'alimentation, nettoyage, etc.

La caractéristique d'une gazelle et des PME puis des grandes entreprises qui leur succèdent, c'est d'introduire un produit ou un service qui n'existait pas encore, qui parfois fait concurrence et supplante des produits ou services existants, mais le plus souvent satisfait des besoins qui n'avaient pas été satisfaits jusqu'alors : on a tous à l'idée la photographie, la reprographie, les machines à laver et bien entendu Internet et l'infinité de nouveaux services et gains qu'il apporte.

En d'autres termes, les entreprises individuelles apportent un service de proximité qui vient concurrencer et supplanter des services déjà existants ; alors qu'une gazelle apporte un nouveau service ou un nouveau produit dont la valeur ajoutée s'ajoute à la valeur ajoutée de l'ensemble de l'industrie et ne s'y substitue pas. Aux emplois qu'elle secrète directement s'ajoutent les emplois indirects qu'elle suscite pour l'alimentation, la maintenance, le nettoyage, etc.

On peut ainsi chiffrer directement l'apport en emplois directs des gazelles dans la période 1980 - 2000 à environ 120.000 par an, 80.000 emplois indirects étant vraisemblablement créés en parallèle. Ce qui permettrait de combler notre retard en emplois marchands.

Les gazelles, le renouveau des grandes entreprises

Une gazelle est en principe destinée à grossir mais la plupart vont fusionner avec d'autres ou être absorbées par des entreprises plus grosses.

C'est en effet le procédé le plus efficace de grossissement et de survie des gros comme IBM, Microsoft, etc. que d'absorber des gazelles extérieures qui leur apportent un renouvellement du portefeuille de produits ou de services qu'elles sont incapables d'imaginer par elles-mêmes. Cisco mange ainsi plus de 10 entreprises par an et tous les gros ont établi des bureaux pour repérer des cibles prometteuses.

Le financement des gazelles

Le financement des gazelles est l'un des sujets les plus mal connus du monde économique. Certains pensent que les banques doivent financer leur démarrage, d'autres que c'est au capital-risque. Or ce n'est ni l'un ni l'autre.

Le démarrage de ce qui peut devenir plus tard une entreprise à succès est la partie la plus risquée de la vie d'une entreprise car il faut qu'elle dépasse le trou de financement en amorçage. Une fois que l'entreprise a démarré, a commencé à vendre et peut produire ses premiers comptes de résultats, des investisseurs extérieurs, comme les sociétés dites de capital-risque peuvent s'y intéresser.

Mais c'est en 1958 que le Congrès américain a constaté que ce n'était pas le rôle du capital-risque de financer les premiers pas car le risque est trop élevé, même pour le capital-risque, et surtout les montants sont trop faibles pour justifier ses investissements dont le seuil minimum usuel se situe autour de 2 millions d'euros ou de dollars. En-dessous, seuls sont capables d'opérer avec succès les Business Angels, des individus aisés investissant sur leurs fonds personnels et des micro-sociétés de financement appelées les SBIC (Small Business Investment Companies).

Ces deux catégories ont été littéralement créées par le Congrès américain de 1958 qui a créé les SBIC et aussi créé la société Subchapter S, une société de capitaux à transparence fiscale qui est pour la plus grande part responsable de l'émergence aux USA d'environ 1 million de Business Angels investissant chaque année des montants qui dépassent les 100 milliards de $, si l'on se fie à la seule étude sérieuse sur les Business Angels américains, l'étude de Robert Gaston publiée en 1988 (The informal supply of capital)

Le modèle de la Subchapter S a été adapté en droit français en 2008 avec la SCT (société de capitaux transparente fiscalement)

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