Emploi et politiques sociales

Les élections professionnelles face aux enjeux de la SNCF

Sortir la SNCF de sa bulle !

31 mars 2009 • Sandrine Gorreri

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Après les élections professionnelles de la semaine passée, la réforme est-elle impossible à la SNCF ? Cette première application de la nouvelle loi sur la représentativité syndicale votée en août 2008 a vu l'émergence d'un pôle contestataire fort.

Avec la CGT arrivée en tête avec 40% des voix et Sud Rail en 3e place avec 15% des voix, ce sont les opposants à la réforme qui confortent leur position.

Les syndicats « réformateurs » sont franchement distancés : CFDT, Fgaac, même avec l'UNSA qui progresse, le pôle modéré n'atteint pas les 30% nécessaires pour valider un accord. Paradoxalement, ces résultats vont mettre les différents acteurs du monde ferroviaire face à leurs responsabilités, à l'heure où celui-ci est à la croisée des chemins : péricliter malgré l'argent de l'Etat ou se développer.

La pression des opérateurs privés et étrangers est à son maximum. Encouragés par Bruxelles, ils représentent une forte concurrence pour la SNCF : les nouveaux entrants sont présents sur le marché du fret, en 2010 sur le trafic international de voyageurs et très rapidement sur le trafic régional. Portés par des coûts inférieurs de 20 à 30% à ceux de la SNCF, ils sont d'autant plus incités à le faire que dans d'autres pays, ils sont confrontés à une SNCF particulièrement agressive qui joue le jeu de la concurrence.

La direction générale est face à ses responsabilités : le succès des syndicats les plus durs montre l'échec des politiques menées par les Présidents de la SNCF. En 12 ans, Louis Gallois, Anne-Marie Idrac et Guillaume Pepy n'ont pas réussi à faire évoluer les mentalités de leurs salariés. Ni la pédagogie, ni la démagogie, ni la menace n'ont été efficaces. Pédagogie, quand, au niveau central comme en régions, des millions d'heures sont consacrées chaque année à la négociation entre les dirigeants de la SNCF et les syndicats, et à l'information des salariés. Démagogie, quand la SNCF annonce des bénéfices et distribue des primes à tous ses salariés alors que l'Etat fournit douze milliards d'euros de subvention par an au couple SNCF/RFF, pour éviter la banqueroute. Menace, quand Guillaume Pepy avertit que, sans réforme des rythmes de travail, la branche fret disparaîtra. (cf notre Dossier SNCF : bilan et avenir du système ferroviaire français )

La CGT de son côté va-t-elle continuer sa surenchère pour éviter de se faire doubler sur sa gauche par SUD rail et porter alors la responsabilité du refus de la réforme ou accepter de se placer à la table des négociations ? Les élections professionnelles étant si rapprochées (tous les trois ans), la tentation est grande de la fuite en avant.

Il reste à un dernier acteur à prendre ses responsabilités, les pouvoirs publics. Cela signifie respecter les tentatives de réforme mises en place par la direction générale et ne pas la court-circuiter en négociant directement avec les syndicats, et respecter les injonctions de Bruxelles. La liste est longue des entreprises publiques en quasi faillite et qui s'en sont sorties in extremis : Renault, Air France, France Telecom, SNCM par exemple. Dans tous ces cas, la prise de conscience et la réforme se sont faites quand l'entreprise s'est décidée à évaluer sa performance face à la concurrence.

Dans le domaine des chemins de fer, l'atout de notre pays est de disposer à la fois d'un leader européen et de plusieurs concurrents très dynamiques. C'est la situation dans le domaine des télécommunications avec, face à FranceTelecom, des Free, SFR ou Bouygues Telecom. Pour que la SNCF devienne ce leader et ne soit pas marginalisée par des concurrents sans doute étrangers, les dirigeants de la SNCF auraient intérêt à exiger que l'ouverture à la concurrence soit immédiate, au lieu de tout faire pour la retarder. C'est urgent, plusieurs pays européens, dont l'Allemagne, ont devancé les injonctions de la Commission européenne. Leurs entreprises ont d'ores et déjà pris de l'avance sur la SNCF. Cette dernière doit sortir de sa bulle rapidement.

Commentaires

  • Par gleca • Posté le 04/04/2009 à 16:40 Les primes versées par la SNCF alors qu'elle est en déficit structurel font penser à ces banquiers aidés par l'état et que l'on ne veut plus voir toucher des bonus ! Ce n'est pas les mêmes montants mais c'est la même démarche. Ne sont-ce pas ces mêmes agents de la SNCF qui, par le biais de leurs syndicats, bloquent les réformes et entretiennent, voire accroissent les déficits. Belle récompense.
  • Par EB • Posté le 03/04/2009 à 17:49 L'Etat devrait organiser un referendum national pour :
    Faire enfin exploser les statuts (devenus ahurissants) de la SNCF, et par extension de tous les secteurs publics où les gens sont bien abrités ; Et où les syndicats font la pluie et le beau temps... entraîinant souvent leurs entreprises à la ruine et surtout ne risquant absolument pas la mise à la porte ni le chômage...

    A poste égal : l'aberration est scandaleuse

    Meilleur salaire que dans le privé

    Meilleures retraites que dans le privé

    Garantie d'emploi

    Drôle d'époque !!
  • Par P-E • Posté le 01/04/2009 à 20:10 A la lecture de votre article, en particulier de la phrase "la SNCF annonce des bénéfices et distribue des primes à tous ses salariés alors que l’Etat fournit douze milliards d’euros de subvention par an au couple SNCF/RFF, pour éviter la banqueroute", je me demande s'il ne serait pas dans le vent actuel de demander à ces salariés le remboursement des sommes versées...
  • Par JMA40 • Posté le 01/04/2009 à 16:46 La SNCF comme d'autres admministrations ou EDF par exemple est une source importante de revenus pour les syndicats via en particulier les comités d'entreprise.
    Plus il y a d'employés plus l'argent rentre plus le syndicat est puissant.
    Faire des réformes remet en cause fortement ce système et le pouvoir syndical.
    Les syndicats et les salariés raisonnent court terme et ne vont pas scier la branche sur la quelle ils sont assis !! c'est normal. Ils sont prêts à tout pour se défendre.
    Toute réforme globale devait passer par une réforme claire transparente du financement des syndicats et qqe part de leurs missions.
    Cela n'a encore une fois pas été fait, ce gouvernement n'a plus que deux alternatives, continuer sur des réformes plus dures qui vont générer les économies dont nous avons besoin avec un risque de déclancher via les syndicats durs la révolte par la rue, ou jeter l'éponge et on court comme l'Argentine il n'y a pas si longtemps de cela ou l'ex-URSS à la banqueroute.

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