Emploi et politiques sociales

Les chiffres du système de Santé français - Comparaison internationale

12 décembre 2003 • Christian Arnault

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A part L'Oréal, aucune autre grande entreprise française n'a bénéficié depuis 50 ans d'une réussite aussi brillante et d'une croissance aussi rapide de son chiffre d'affaires que le domaine de la santé. Mais si les personnels de l'entreprise de produits de beauté semblent très satisfaits de leur sort, ceux du secteur de la santé sont tous au bord de la dépression. Pourquoi ?

En 2003 encore, l'espérance de vie des Français a augmenté de 3 mois et le chiffre d'affaires de la santé de 7%. Pour les professionnels de la santé, tout va bien. Pourtant, tous multiplient appels au secours et grèves.

"Le moral des personnels médicaux est au plus bas"

M. René Couanau, député d'Ile-et-Vilaine, vice-président des affaires sociales

Rapport d'information sur l'organisation interne de l'hôpital, mars 2003

Les infirmières sont débordées et désertent leur profession, dans les hôpitaux les médecins se sentent prisonniers d'une bureaucratie envahissante, de nombreuses cliniques perdent de l'argent et déposent leur bilan, les hôpitaux sont au bord de l'apoplexie et de la faillite, les urgences sont débordées, on manque d'internes dans les hôpitaux, les généralistes à 20 € sont humiliés, les spécialistes aux tarifs bloqués depuis 14 ans sont découragés, les kinésithérapeutes sont ulcérés par les quotas, les soins dentaires et l'optique sont traités comme un luxe superflu, en équipements d'imagerie médicale modernes nous sommes à nouveau en retard sur la Turquie, les laboratoires pharmaceutiques français se sentent menacés, notre dernier prix Nobel de médecine remonte à un quart de siècle pour une découverte faite en 1953.

Sommes-nous en mauvaise santé ?
Espérance de vie à la naissance Espérance de vie à 65 ans
Hommes Femmes Hommes Femmes
Japon 78 85 France 16 21
Suède 77 82 Suède 16 20
Australie 77 82 Grèce 16 19
Italie 76 82 Espagne 16 20
France 75 83 Italie 16 20
Canada 76 82 Allemagne 15 19
Allemagne 74 81 Pays-Bas 15 19
Espagne 75 82 Grande-Bretagne 15 18
Grande-Bretagne 75 80 Danemark 14 18
Danemark 74 79 Portugal 14 18
Etats-Unis 74 79 Irlande 14 17
> NON, nous sommes bien placés par rapport aux autres citoyens des pays développés > NON, nous sommes en tête des pays européens
Source OCDE, health data 2003 Source OCDE
Nos dépenses de santé sont-elles insuffisantes ?
en % du PIB 1996 2001 en $ par habitant
Etas-Unis 13,2 13,9 Etats-Unis 4887
Allemagne 10,9 10,47 Allemagne 2808
Canada 9 9,7 Canada 2792
France 9,5 9,5 France 2561
Grande-Bretagne 7 9,2 Danemark 2503
Australie - 8,9 Australie 2350
Danemark 8,3 8,6 Suède 2270
Suède 8,4 8,7 Italie 2212
Italie 7,5 8,4 Grande-Bretagne 1992
Espagne 7,6 7,6 Japon 1984
Japon - 7,5 Espagne 1600
> NON, en % du PIB, nous dépensons déjà beaucoup > NON, en valeur absolue, nous dépensons déjà beaucoup
Source OCDE Source OCDE
La population française est-elle particulièrement âgée ?
en % des plus de 65 ans
Italie 18 Grande-Bretagne 16
Japon 18 Danemark 15
Allemagne 17 Canada 13
Suède 17 Australie 13
Espagne 17 Etats-Unis 12
France 16
> NON, la France est dans la moyenne
Source OCDE
Manquons-nous d'hôpitaux et de cliniques ?
En lits / 1000 habitants
France 6,7 Danemark 3,3
Allemagne 6,3 Espagne 3,2
Italie 4,3 Canada 3,2
Grande-Bretagne 3,9 Etats-Unis 2,9
Australie 3,8 Suède 2,4
> NON, la France détient le record du monde !
Source OCDE
Manquons-nous de médecins ?
médecins / 1000 hab. dans le monde médecins / 1000 hab. en France
Italie 4,3 1990 2,62
Danemark 3,4 1992 2,73
Allemagne 3,3 1994 2,77
France 3,3 1995 2,92
Espagne 3,1 1996 2,95
Suède 3,0 1997 2,98
Etats-Unis 2,7 1998 2,99
Australie 2,5 1999 3,00
Canada 2,1 2000 3,10
Grande-Bretagne 2,0 2001 3,20
Japon 1,9 2002 3,30
> NON, nous sommes parmi ceux qui en ont le plus > NON, nous n'en avons jamais eu autant
Source OCDE Source OCDE

L'avenir de la médecine est-il si sombre ?

- Les techniques de soins font des progrès spectaculaires
- La recherche en génétique en est à ses débuts
- Le pourcentage du PIB consacré à la santé continue de croître
- Les besoins de santé et de bien-être sont infinis

> NON, l'avenir du secteur de la santé est fantastique !

Tant que Marianne voudra tout faire ...

Il y a unanimité en France sur les objectifs de notre système de santé : qualité, accès aux soins pour tous. Et personne ne conteste que c'est bien à l'Etat de faire respecter ces obligations. Mais l'Etat ne s'est pas cantonné dans son rôle de garant.

- C'est l'Etat qui gère les hôpitaux : décide de leur création, du nombre de lits, de leur budget, nomme les directeurs et les médecins responsables en Conseil des ministres, fixe le nombre et le type des employés, les rémunérations et le mode de gestion de l'ensemble du personnel,
- C'est l'Etat qui décide du nombre de cliniques, du nombre de lits, de leurs spécialités, équipements, quotas de soins et tarifs détaillés,
- C'est l'Etat qui, en pratique, définit les règles de la médecine libérale : définition des "secteurs" à honoraires différents, fixation des honoraires, contrôle des acquisitions d'équipements lourds, quotas d'actes et de soins,
- C'est l'Etat qui fixe le nombre d'étudiants admis aux études médicales dans chaque spécialité, et aux études paramédicales,
- C'est l'Etat qui autorise la mise sur le marché des médicaments et fixe leurs prix,
- C'est l'Etat qui décide le taux de remboursement de chaque médicament, des consultations, du niveau du forfait journalier dans les établissements hospitaliers.

Pour renforcer sa gestion tatillonne, l'Etat a créé en quelques années au niveau régional les SROS, CROSS, ARH, URCAM, DRASS, CRS, PRS, PRAPS, ACBUS, et en 2003, le dernier né, GRSP. Peuplés d'énarques ces organismes ont fait tomber une chape de bureaucratie et d'arbitraire sur le monde médical.

Incapable de gérer un constructeur automobile ou une banque, comment l'Etat pourrait-il réussir dans un domaine tellement plus complexe ? Au contrôle de toutes les manettes, l'Etat a transformé les atouts de la médecine française en échecs : il a réussi à désespérer l'ensemble des personnels de santé, ceux du secteur privé comme ceux du secteur public, ceux des établissements de soins comme ceux de la médecine ambulatoire, des plus modestes participants du système jusqu'aux plus hautes sommités médicales. Plusieurs crises, dont celle de la canicule 2003, ont démontré que la désorganisation du système de soins plus la démoralisation des personnels commençaient à mettre en péril la qualité des soins elle-même.

L'Etat doit se retirer de la gestion directe de la santé et se concentrer sur ses responsabilités : fixer les objectifs et les faire respecter. C'est aux professionnels d'assurer cette gestion à travers des organismes compétents concurrents : hôpitaux, cliniques, laboratoires, personnels de santé d'une part, mutuelles, assureurs, caisses professionnelles, caisses publiques nationales ou régionales d'autre part. Alors, les professions de santé reprendront leur destin en main et retrouveront leur enthousiasme.

ARH, Agence Régionale de Santé, DRASS, Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales, SROS, Schémas Régionaux d'Organisation Sanitaire, CROSS, Comités Régionaux d'Organisation Sanitaire et Sociale, URCAM, Union Régionale des Caisses d'Assurance Maladie, CRS, Conférence Régionale de Santé, PRS, Programme Régional de Santé, PRAPS, Programme Régional d'Accès à la Prévention et aux soins, ACBUS, Accord Régional du Bon Usage des Soins, GRSP, Groupements Régionaux de Santé Publique.

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