Emploi et politiques sociales

Les Business Angels en France

17 septembre 2003 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Par François Cazalas, Directeur Général de BusinessAngels.com

Je vais vous dire quelques mots de notre pratique, qui est une pratique de suivi d'investissement et d'accompagnement de Business Angels, donc d'investisseurs dans l'acte d'investir. C'est une activité que nous avons développée au sein du Groupe PASTOR. Nous ne sommes, nous, hélas, pas français, nous sommes monégasques et nous avons développé cette activité dans la mesure où nous étions, de façon très récurrente, sollicités par des porteurs de projets et puis, parce que la Principauté recèle, c'est vrai, un certain nombre d'investisseurs tout naturellement, plutôt patrimoniaux qu'entrepreneurs, mais il y a quelques dizaines de milliards d'euros qui sont en dépôt à Monaco.

Fort curieusement du reste, notre activité d'accompagnement d'entreprises - au sens du "funding", donc de l'intermédiation financière ou du co-investissement - n'est pas soutenue par des Business Angels résidents monégasques. Nous sommes en relation notamment avec des francophones. Vous l'avez dit, 75% de nos affiliés "Business Angels.com" sont francophones et un gros 25% sont issus des Etats-Unis ou de la zone asiatique. Je ne crois pas que nous ayons d'adhérents sur le continent africain.

Je vais vous donner un peu un point de vue de notre pratique quotidienne, ce que nous avons pu remarquer des syndromes français ou de l'organisation de l'investissement en France, dans les entreprises à forte croissance. Je crois qu'il ne faut pas parler d'innovation là-dessus, les gazelles n'étant pas forcément des start-up ou des sociétés innovantes mais plutôt des sociétés à forte croissance.

Comme cela a déjà été dit, le nombre de Business Angels est relativement bas en France (3000 à 4000 environ) et pour tout vous dire, les statistiques dont nous disposons aujourd'hui sont très peu nombreuses. Elles datent d'avril 2003 et sont en fait reprises de statistiques de 2001. Il n'y a donc pas, à proprement parler, de comptage de cette population-là qui pourtant, paraît être la plus forte contributrice de l'emploi en France.

La deuxième information que je voudrais vous apporter - et qui est en liaison avec ce faible nombre d'investisseurs privés en France - c'est la notion de "masse critique". Quand vous regardez la population des investisseurs privés en Grande-Bretagne ou aux USA, eu égard à leur nombre, il y a une forme de "maïeutique" permanente autour de sujets innovants, ce qui n'est pas le cas en France. Et comme vous l'avez évoqué très justement Monsieur Zimmern en lançant le débat, il nous semble qu'une très forte contrariété dans le funding ou "early stage", donc le financement de ces sociétés à leur tout départ lorsqu'elles ont besoin de capitaux, c'est que nous n'avons pas la masse critique d'investisseurs providentiels.

Et il y a un effet d'entraînement. Si vous êtes quelques dizaines dans une même province - les Business Angels sont aussi provinciaux -, à l'évidence vous allez être plus tentés d'investir parce que vous serez, en quelque sorte, d'une part en co-investissement mais également en mutualisation de votre risque et vous allez ouvrir votre capital à des intelligences, des "networks", donc des réseaux d'affaires qui vont permettre à l'entreprise de se lancer plus vite sur ces marchés. Et ce que nous observons, nous, très platement, depuis six ans que nous faisons ce métier, c'est que le nombre de Business Angels est vraiment insuffisant.

Il y a également l'aspect "professionnalisation", qui est parfaitement lié à cette masse critique. Après la bulle du Net, trois constats :

- Les Business Angels qui restent encore sur le front - et je vous prie de croire qu'ils sont moins nombreux qu'il y a deux ans - ressentent la nécessité de co-investir.

- Le deuxième point, c'est qu'ils ont la volonté, mais c'est une volonté qui s'est cristallisée, c'est-à-dire qu'il faut accéder au vrai bon projet. Or, certains d'entre eux ont fait des erreurs par le passé, souvent d'ailleurs parce qu'on leur avait proposé de mauvais projets. Et ces projets ont pu être proposés, le cas échéant, avec des signatures... Alors, je ne citerai pas les quelques cabinets de conseils - à la limite, tous y étaient - qui ont pu co-signer des business plans ou donner une opinion sur des business plans, mais il y a eu des malheurs. Donc il y a cet aspect-là : "Où sont les vrais bons projets ?" qui renvoie à l'organisation de ce modèle d'investissement.

- Et le troisième point, c'est le phénomène de rencontre. Nous sommes des humains, ils sont des humains, les Business Angels sont des hommes ou des femmes (même si je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de femmes). Donc la rencontre de ces Business Angels entre eux les amène à la fois à débattre des sujets d'investissement, des dossiers qu'ils peuvent avoir mais les amène surtout à trouver des communautés d'intérêts. Ils vont par exemple investir dans du vin, à côté de ça où trouver de bonnes idées pour de la gastronomie ou, éventuellement, échanger pour des circuits touristiques, etc.

Donc nous avons, nous, sur ce seul critère, développé à Monaco, sur le modèle du "Paris Investor's Week", la "Monaco Investor's Week" qui est en liaison avec " l'International Venture Capital Summit" à Sophia et qui se propose de créer un peu de visibilité et de lisibilité de cette chaîne trophique du financement en alliant les Business Angels d'un côté et les Venture Capitalist de l'autre. Je vous avoue que nous en sommes à la septième édition et que cela se passe très bien.

Nous avons longtemps été financés par HSBC, groupe plutôt asiatique qui nous amenait des Asiatiques et aujourd'hui, nous avons un groupe anglais qui pointe pour devenir le partenaire de cette manifestation. Je pense que si de grands établissements bancaires, plutôt français, s'intéressaient à ces sujets, eu égard à leur légitimité en France cela permettrait très probablement de développer plus aisément encore ces canaux d'investissements.

Je suis peut-être mal placé pour parler des réseaux en France puisque nous ne sommes pas, a priori, nous, constitués en réseau. J'entends par-là que nous n'avons, en dehors du "Monte Carlo Business Angels Forum" en décembre de chaque année, de structure réseau qui se rassemble de façon bimensuelle ou mensuelle. Il existe 37 réseaux de Business Angels en France qui sont regroupés sous une sorte de "holding" ou de fédération, "France Angels", créée sur l'initiative de quelques valeureux Business Angels.

Claude Rameau, pour ne pas le citer, a également beaucoup œuvré dans le sens de la diffusion de ce type d'investissement. Nous pensons, pour notre part, que notre contribution est davantage au niveau de la diffusion des pratiques et nous avons donc un site "Business Angels.com" et qui va dans ce sens.

Je voudrais vous désigner une innovation : nous pensons que pour consolider l'aspect start-up ou l'aspect sociétés innovantes, sociétés à forte croissance, les Business Angels autour de table, même s'il faut les développer, ne suffisent pas. Et il serait bon d'adjoindre ce que nous appelons, nous, "l'Advisory Board" qui, dans des sociétés à directoire et conseil de surveillance pourrait être placé au niveau du conseil de surveillance - pour partie au moins -, l'Advisory Board ayant donné lieu chez nous à une organisation nouvelle, qui s'appelle "l'Advisory Club" qui a été fondé en mars dernier.

Trois catégories de population peuvent s'agréger sur un projet de qualité :

- Tout d'abord des "Advisory Board members" : ils ont entre 45 et 60 ans, ce sont des gens qui sont très avertis de l'évolution des techniques, de la réalité des marchés ;

- Ensuite, des Business Angels qui, eux, je pense, sont plutôt aujourd'hui dans la quarantaine. Nous avons dans notre population, des gens relativement jeunes, en activité ou ex-entrepreneurs, qui ont des disponibilités relativement importantes et qui sont tournés vers le développement commercial. Ce sont souvent des vendeurs. De grande qualité, mais des vendeurs.

- Et enfin, troisième catégorie : une équipe opérationnelle. Ce sont des gens, a priori plus jeunes, qui ont une formidable envie, une formidable motivation d'arriver et qui sont tournés vers la réussite technologique. Vous voyez l'agrégation de ces trois couches, cela n'a rien de géologique mais permet, à notre sens, de consolider la seule couche Business Angels financement de l'innovation. Dans notre propre organisation, nous avons en quelque sorte, illustré ou mis en pratique cette définition : le sourcing de l'Advisory Board se fait par l'Advisory Club, le sourcing des Business Angels se fait par notre forum annuel et par notre site, le sourcing des projets se fait également sur notre site (nous en recevons quelques-uns par an) et enfin le monitoring, qui est un aspect tout à fait important puisque, pour que la mécanique fonctionne, il faut un tiers qui ne soit pas un tiers de confiance mais en quelque sorte, un catalyseur de la coopération de ces trois couches.

Cet article fait partie du colloque "Mettre l'ISF au service de l'emploi"

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