Emploi et politiques sociales

Le pourquoi du nanisme des gazelles françaises

21 octobre 2006 • Bernard Zimmern

emploi_politiquessociales.jpg

Compte-rendu de l'exposé du Professeur Christian Saint-Etienne devant l'IRDEME [1]

C'est avec une certaine hauteur de vue historique que le Professeur Christian Saint-Etienne [2] a abordé son exposé. C'est en 1999 qu'au sein du CAE se recrée un corpus de réflexion débouchant sur des propositions testées par l'Administration. Auparavant la France avait connu deux grandes périodes avec de tels corpus, la plateforme du CNR (Conseil National de la Résistance) fondement des 30 glorieuses et la période Jean Moulin.

Depuis 1970, il n'y avait plus d'accord entre les experts mais une crise de l'intelligence française avec de brillantes intelligences bâtissant leurs constructions sur un réel imaginaire.

Alors que dans tout le reste du monde, le chômage est le plus faible là où on travaille le plus, de 1980 à 2005, la France déraille avec en 1982 la retraite à 60 ans et en 1998 les 35 heures.

Il est d'ailleurs piquant de constater que si les USA servent souvent de modèle, ce sont bien les USA qui ont imaginé la fin du travail mais ils se sont bien gardés de l'appliquer alors qu'en France cette application s'est faite sans réserve.

De même, malgré l'invitation à pratiquer des politiques libérales, les Américains n'auraient pas permis la prise de contrôle de Péchiney et de ses technologies militaires par Alcan.

Nous sommes le pays le plus ouvert de la planète mais sans aucune stratégie fiscale. Aussi la moitié des entreprises sont entre les mains d'étrangers.

Ces réflexions ont abouti au sein du CAE, après des discussions serrées à un rapport publié par la Documentation Française en juillet 2006 sous le titre "Une stratégie PME pour la France". Nous avons une croissance moyenne du PIB autour de 1,5% - 2% et il nous faudrait aller à 3%. L'Etat ne peut pas créer par une politique centralisée ce 1 à 1,5% supplémentaire, par son action directe, il peut seulement agir sur l'environnement économique et financier.

Si par une politique centralisée il peut accroître la R et D et la faire passer autoritairement de 2,2% à 3% du PIB, cela accroîtra les budgets de recherche mais n'aura aucun effet sur l'accroissement du PIB.

Le 1% à 1,5% qui nous manque vient d'un déficit en PME intermédiaires, entre 50 et 500 salariés, dont nous avons par exemple moitié moins que les Allemands, ce qui se traduit par un manque à l'exportation, en recherche, etc. Au-dessus de 70 personnes, les entreprises heurtent un "plafond de verre".

Si nous voulons gagner ce 1% à 1,5% de croissance du PIB supplémentaire, il faut que quelques milliers de chefs d'entreprises de plus décident de faire croître leurs entreprises de 40 personnes à 400. Si nous avions 10.000 entreprises de plus, à 300 emplois de moyenne, cela résorberait le chômage.

Or, passer de 40 à 400 implique une transformation majeure de l'entreprise, l'entrée de cadres plus formés et plus payés et donc pour les dirigeants des risques financiers accrus si le marché n'est pas au rendez-vous.

Un tel pari est difficile pour ces gazelles françaises car des comparaisons internationales montrent que la profitabilité des gazelles françaises est inférieure d'environ 1/3 à celle des gazelles allemandes ou anglaises.

Ce manque de profitabilité n'est pas l'effet d'une moindre efficacité mais du poids de la fiscalité et de charges de toute nature, notamment sociales. Il faut en effet bien prendre conscience que les 6 points de dépense publique supplémentaires (53% du PIB en France contre 47% moyenne de l'OCDE) ne se traduisent par aucun service supplémentaire ou une amélioration de la qualité du service public. Ceci conduit l'entrepreneur à abandonner plus vite son entreprise avant qu'elle ait pu grossir et à la faire absorber par de plus grandes entreprises françaises ou étrangères.

Il en résulte un excellent niveau d'accroissement de la productivité française par destruction des plus mauvais mais pas de croissance. Redresser cette profitabilité implique en premier lieu de ramener les délais de paiement de la sphère publique au niveau de celui des entreprises, et de réduire le taux d'imposition sur le bénéfice des sociétés à 18% sur le premier million imposable.

Christian Saint-Etienne reste toutefois convaincu que les Français sont au moins aussi entreprenants que les Américains et qu'avec un contexte différent, la France peut renouer avec la croissance qu'elle a connue à plusieurs époques de son histoire.

[1] Exposé présenté le 18 septembre 2006 devant l'IRDEME (Institut de Recherche sur la Démographie des Entreprises)

[2] Professeur à Paris IX Dauphine et François Rebelas à Tours, membre du Conseil Economique, Président de l'Institut France Stratégie.

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.