Emploi et politiques sociales

Le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail

Immuablement 2/3 pour les salaires

24 février 2009 • Bertrand Nouel

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La comptabilité nationale, dont les chiffres ont été récemment repris par une note de l'INSEE diffusée à la suite de la première intervention présidentielle, permet assez simplement de déterminer quelle est la part de la rémunération des salaires dans la répartition de la valeur créée.

Il suffit, comme l'a fait l'INSEE, de comparer la valeur ajoutée des entreprises (le PIB de la France) [1] à la somme des salaires et des cotisations sociales employeurs, à laquelle la comptabilité nationale ajoute encore le montant de la participation et de l'intéressement.

C'est ainsi qu'en 2007, pour une valeur ajoutée de 1.035 milliards d'euros, la rémunération du travail a atteint 672 Mds, soit 65%. Cette clé de répartition entre capital et salaires n'a pas évolué depuis 20 ans, après une époque de quelques années où la part du travail était plus importante due à des circonstances particulières et exceptionnelles (les chocs pétroliers).
Les chercheurs et économistes Thesmar et Thoenig ont voulu aller plus loin dans l'analyse.

Dans une note parue dans Insee Méthode ("Financiarisation de l'économie : partage de la valeur ajoutée ou partage du risque", 2004), ils se sont attachés à déterminer si la financiarisation de l'économie “se fait au détriment de la partie réelle de notre économie, et en particulier des salariés”.

Pour ce faire, ils ont comparé l'évolution dans le temps, depuis le milieu des années 1986 jusqu'au début des années 2000, de la part des salaires versée par les sociétés cotées avec celle versée par les sociétés non cotées.

Les résultats de leur recherche “infirment la vue selon laquelle les entreprises cotées en bourse auraient versé davantage à leurs investisseurs, aux dépens de leurs travailleurs. La part des salaires dans la valeur ajoutée évolue exactement de la même façon dans les entreprises cotées et non cotées...

Il est à noter que cette analyse au niveau de l'entreprise confirme ce qu'une considération directe des données macroéconomiques suggère : la part des salaires dans la valeur ajoutée est constante entre le milieu des années 1980 et le début des années 2000 [ils pourraient maintenant ajouter “et la fin des années 2000]“.

Cette recherche est très intéressante car les sociétés cotées et les sociétés non cotées relèvent de caractéristiques très différentes au sujet de la composition de leur actionnariat et de leur exposition à l'internationalisation. De plus, dans le temps, les auteurs prennent comme point de départ le milieu des années 1980, début de la période marquée par une suite de réformes boursières capitales menées par Pierre Bérégovoy et ayant conduit à l'internationalisation des échanges boursiers.

Il semble donc qu'on puisse conclure que l'idée selon laquelle le monde du travail aurait souffert, depuis l'internationalisation des échanges financiers, d'une répartition moins favorable de la valeur ajoutée des entreprises à leur profit, est une idée fausse.

Pour aller plus loin :

Les chiffres de l'imposition du capital

[1] Plus exactement la valeur ajoutée des « sociétés financières et non financières », à l'exclusion de celle des administrations publiques et des ménages.

On exclut les administrations car la seule mesure possible de la valeur ajoutée les concernant étant représentée par les salaires versés, leur prise en compte fausserait complètement les calculs ; de même, dans l'autre sens, pour les ménages car les entrepreneurs individuels ne se versent pas de salaires.

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