Emploi et politiques sociales

L'augmentation de salaire des fonctionnaires

... où est le trompe-l'œil ?

30 septembre 2009 • Agnès Verdier-Molinié

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Dans sa note de mai 2009 sur les salaires dans le secteur privé, l'INSEE titrait « les salaires dans les entreprises en 2007 : une forte progression » Sur l'année 2007, les salaires des salariés du privé ont augmenté de 1,5 % en euros constants, arrivant à une moyenne de 2 661 euros par mois bruts et de 1997 euros nets de prélèvements.

Septembre 2009, l'INSEE sort la même note pour les « salaires des agents de l'Etat en 2007 » et là, le salaire net augmente, nous dit l'INSEE « de 2,9 % en euros courants » et « de 1,4 % en euros constants ». Cependant, l'INSEE évoque une donnée qui pourrait fausser les statistiques soit « 50 000 agents faiblement qualifiés partis vers les collectivités territoriales ». Personnels que l'INSEE exclut des calculs pour obtenir un résultat final d'augmentation du salaire moyen des fonctionnaires d'Etat de seulement « 0,3 % en euros constants ».

Bref, de quasiment 3 % d'augmentation en 2007, les agents publics n'auraient plus été augmentés que de 0,3 %. Ce qui fait titrer à la presse : « salaires des fonctionnaires : une hausse en trompe-l'œil ». Pourtant, la même note de l'INSEE évoque que, pour les fonctionnaires d'Etat, « le salaire net moyen des personnes présentes en 2006 et 2007 a, quant à lui, progressé de 3,3 % en euros courants, soit + 1,8 % en euros constants ». Ce 1,8 % de hausse des salaires publics en 2007 implique une hausse des salaires supérieure à la progression de 1,5 % que l'INSEE qualifiait de « forte » dans le privé. (Voir notre comparatif)

Déjà, en 2006, la hausse des salaires dans le secteur public d'Etat était de 1% versus 0,4 % pour les salariés du privé. Comme on le voit sur le graphique, la croissance des salaires du public est continue et la moyenne des salaires nets du secteur public d'Etat toujours supérieure à ceux du secteur privé. Alors comment expliquer qu'au final, soit évoqué officiellement une « forte progression » dans le privé tandis que, pour une hausse comparable dans le public, on évoque une « progression en trompe-l'œil » ?

Intéressant aussi l'écart constaté entre des salaires bruts moyens tout à fait comparables de 2682 euros bruts pour le public et 2661 bruts pour le privé, soit seulement 21 euros d'écart, qui deviennent, en net, 247 euros d'écart (2244 euros pour le public versus 1997 euros nets mensuels pour le privé). Preuve, s'il en était besoin, que les prélèvements obligatoires pèsent beaucoup plus sur les salaires du privé que sur ceux du secteur public !

Les chiffres de hausse -ou de baisse !- de la moyenne des salaires pour 2008 ne sont pas disponibles mais il y a fort à parier que les salaires du secteur public d'Etat ont continué à chevaucher devant ceux du privé et à augmenter plus vite, de surcroît en période de récession. Perspective d'autant plus probable vu les engagements pris par le gouvernement en termes de garantie du niveau des salaires des fonctionnaires par rapport à l'inflation. Garantie qui pourrait coûter cher et dont personne ne dispose dans le secteur privé mis à part les personnels payés au SMIC, minimum légal. Où donc est le « trompe-l'œil » ?


Comparatif salaires nets public privé (source INSEE)

source INSEE

Commentaires

  • Par Dagny • Posté le 03/10/2009 à 16:22 Pourquoi dans ces circonstances (butée statutaire), ne pas avoir quitté la fonction publique?
  • Par MP • Posté le 01/10/2009 à 20:15 Mme Anne M-C ignore manifestement que toutes les conventions collectives du secteur privé prévoient des primes d'ancienneté

    mensuelles dont le montant augmente avec le temps de présence du salarié dans l'entreprise qui l'emploie.

    Par souci de briéveté, je passe sur les jours de congés supplémentaires éventuels, etc...

    Quand les fonctionnaires auront une idée, si minime soit-elle, de la façon dont les choses fonctionnent réellement dans le secteur privé, nous aurons fait un grand pas.

    La meilleure solution pour atteindre cet objectif serait évidemment

    que ces mêmes fonctionnaires aient travaillé, ne serait-ce que quelques années, dans le privé, avant de pouvoir être embauchés, définitivement, dans le secteur public.

    Quand le ou la fonctionnaire est lui-même fils, ou fille, voire petit-fils, ou petite-fille de fonctionnaire, et ceci des deux côtés parentaux, les choses se compliquent d'autant plus.
    M.P, entrepreneur, gendre et petit-fils de fonctionnaire...
  • Par alain • Posté le 01/10/2009 à 17:24 Une donnée qui n'apparaît pas dans votre reflexion sur l'évolution des salaires des fonctionnaires celle relative à la pyramide des ages. Dans un grand ministère qui compte environ 130000 agents, 4 % des effectifs ont moins de 30 ans tandis que les plus de 50 ans représentent 43 % de l'ensemble. Cette donnée peut éclairer l'analyse des lecteurs sur les évolutions en masse et en moyenne des revenus de la fonction publique d'état.
  • Par J-P C • Posté le 01/10/2009 à 17:02 Vous indiquez dans votre article "preuve que les prélèvements sociaux sont plus élevés dans le privé que dans le public" ; ce serait bien, dans un de vos prochains articles de montrer deux fiches de paie, l'une du privé, l'autre du public ; on constaterait clairement ce qui fait que la moyenne des cotisations salariales sur fiche de paie est de 15% pour le public et de plus de 22% pour le privé ; cela commence avec la cotisation "Assédic" que paient les privés soit 2.40% du brut alors que le public en est quasiment exonéré ; alors qu'on parle de solidarité, on ne pourrait que préconiser que les agents du public qui ne risquent pas de perdre leur emploi cotisent pour que ceux qui n'ont pas cette chance soient couverts convenablement ....

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