Emploi et politiques sociales

L'ANVAR détruit l'innovation

Agence Nationale de Valorisation de la Recherche

29 juin 2001 • une contribution extérieure

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L'ANVAR, l'organisme d'Etat chargé d'aider l'innovation, c'est :
- environ 1200 millions de francs de prêts distribués par an ;
- près de 250 millions de francs dépensés notamment en frais de personnels pour les 400 agents que l'ANVAR emploie.

Le remboursement des prêts suffirait à peine à assurer les salaires du personnel, si l'Etat et le contribuable devaient cesser d'abonder, car :
- non seulement les frais dit d'intermédiation (250 millions de francs pour 1200 millions de prêts) seraient intolérables s'il s'agissait d'un organisme privé ;
- mais en plus, seulement la moitié des prêts sont remboursés.

Un entrepreneur de la Silicon Valley, T. J Rodgers qui a créé Cypress Semiconductors en partant avec un ordinateur d'occasion et l'a porté à 2000 personnes a publié un manifeste avec 79 autres chefs d'entreprises où l'on retrouve tous les grands noms de la Valley : Sun Microsystems, 3 Cube, LSI Logic, etc. et disant à l'Etat américain :

"Nous ne voulons pas de vos subventions. Dans le meilleur des cas, c'est du gâchis et dans le pire vous détruisez les entreprises. Et vos experts sont ceux dont nous n'avons pas voulu dans nos sociétés. Regardez comment l'aide des Etats européens et les programmes Jessi et Eureka (où sont impliqués l'ANVAR) ont détruit l'industrie européenne des semi-conducteurs".

Le score de l'ANVAR est d'ailleurs désastreux en matière d'emplois :
- l'ANVAR annonce que tout emploi créé par elle coûte 59.000 francs ;
- contre environ 1800 francs, quand le secteur privé créé un emploi en risquant une partie de son argent (via des mécanismes bancaires où l'Etat aide à concurrence de la moitié mais laisse la décision des dossiers au secteur privé ; voir les SBIC, Small Business Investment Company) ;
- il est d'ailleurs difficile qu'il en soit autrement car l'argent de l'ANVAR est distribué par les bureaucrates dont la carrière ou les revenus sont indépendants du résultats.

Bref historique

L'ANVAR a été créé vers 1968 à l'instigation d'un administrateur civil de la France d'Outre-Mer, Jean-Pierre Bérard, qui s'était recasé au Conseil d'Etat et s'y ennuyait.

Ayant convaincu le gouvernement que l'innovation française avait absolument besoin d'être aidée, il se fait octroyer de 1968 à 1978, plus de 200 millions de crédits publics qu'il consomme allègrement. Il s'installe en effet d'entrée de jeu avec une trentaine de personnes dans des locaux somptueux, un nouveau gratte-ciel de la Défense et présente l'ANVAR comme l'organisme public qui va aider l'innovation française, l'aider à déposer des brevets et négocier des licences. A ce titre, il va passer 10 ans à faire de magnifiques voyages. Période à l'issue de laquelle, les recettes des brevets et licences ne parviennent même pas à couvrir les frais de personnel de l'ANVAR, a fortiori les redevances dues aux laboratoires ou inventeurs ayant confié leurs inventions à l'ANVAR, ni les frais généraux.

Les autorités finissent par s'en émouvoir et renvoient Bérard poursuivre ses études au Conseil d'Etat mais le Ministre de l'Industrie de l'époque Giraud, un ingénieur du corps des mines, nomme à la tête de l'ANVAR un autre ingénieur du corps des mines, Christian Marbach. Il faut dire que Christian Marbach a toutes les qualités pour remplir le poste et multiplier par 10 le gouffre ouvert par Bérard.

En effet, chargé par le Ministre Ortoli de préparer en 1971 un livre blanc, au lieu de promouvoir des solutions comme les SBIC (Small Business Investment Company) qui lui sont recommandés dans les rapports qu'il a diligentés, il fait décider la création de la première société française de capital risque : Sofinnova. Mais avec quelques différences de son cru :

- alors que les sociétés de capital-risque américaines sont créées par 2 ou 3 individus privés qui y mettent leur argent (capitaux personnels) le tour de table de la Sofinnova est constitué par Renault, Charbonnages de France, le Crédit Lyonnais, Péchiney etc. et le Directeur Général qui est nommé est : Christian Marbach.

C'est la grande vie. Pour placer 25 millions par an, 10 millions sont dépensés pour couvrir les frais de personnel et de gestion. Pourtant Sofinnova, qui perd rapidement 1/3 de son capital, fera renflouer ses pertes par l'Etat (ce qui, généralisé, donnera naissance à la Sofaris) et finira par placer la plupart de ses capitaux... aux USA.

Marbach est donc l'homme idoine pour remplacer Jean-Pierre Bérard, et multiplier les budgets, les effectifs et les pertes par 10. Pour cela, il va mettre en sommeil l'activité d'aide aux brevets et la remplace par des aides aux programmes de développement. Cette aide consiste grosso modo à ce que l'Etat prenne en charge la moitié des dépenses des programmes qu'il approuve, moyennant le remboursement éventuel en cas de succès.

- L'affaire est très bien montée sur le plan du marketing politique : avec par exemple l'édition d'une revue somptueuse "le courrier de l'ANVAR", appuyée par un budget publicitaire conséquent (11 millions de francs en 1984). Cette revue raconte avec maints exemples comment la fée ANVAR réveille l'innovation qui sommeillait dans les entreprises privées ;

- Personne ne va voir ce que sont devenus ces contes de fée 5 ou 10 ans après, ni les faillites que cet argent trop facile entraîne ;

- L'une des astuces pour redorer le blason consiste à financer des programmes qui ont déjà réussi. Aucun chef d'entreprise ne refuse en effet un prêt à taux d'intérêt nul ou quasi nul. L'ANVAR - ou la Commission XIII à Bruxelles qui pratique les mêmes astuces - peuvent alors publier ces succès sur leur tableau de chasse. De 1978 à 1986, l'ANVAR consomme environ 6 Mds de crédits publics. Mais en 1986, les remboursements bruts des prêts consentis (pas les intérêts) suffisent tout juste à couvrir les frais de personnel de l'ANVAR.

Mais, les résultats de l'ANVAR en terme d'emplois créés par franc dépensé par l'Etat sont 34 fois plus mauvais que les SBIC recommandés en 1970 à Marbach et Ortoli et qui n'ont encore jamais vu le jour en France car ils enlèveraient leurs sinécures à trop de hauts fonctionnaires.

A la suite d'une étude de la FRAP (qui précéda l'iFRAP), dénonçant ces pratiques, Marbach est envoyé s'occuper de la Villette, les comptes sont rendus un peu moins opaques et la gestion s'améliore un peu.

Philippe Jurgensen

Philippe Jurgensen, Enarque, Inspecteur Général des Finances, a parcouru tous les postes de la haute administration (Direction du Trésor et de la DREE) et des grands organismes bancaires publics ou parapublics (Comptoir des Entrepreneurs, Banque Africaine de Développement).

S'est particulièrement illustré comme Directeur Général de 1989 à 1995 de la Caisse Centrale de Coopération Economique, CCCE (devenue la CFD puis l'AFD) où il a fait croître les créances irrécouvrables au-delà de 50 Mds de francs. Lot de consolation : l'ANVAR qu'il dirige depuis 1996 où il ne gère plus que 1,2 Mds de francs et 400 personnes et un siège au Conseil Economique et Social. A essayé de s'annexer la Banque des PME en 1997 mais s'est heurté à un autre inspecteur, Jacques-Henri David, qui lui avait déjà repris la présidence de la Sofaris en 1996. Chevalier de la Légion d'honneur (tous les inspecteurs des Finances le deviennent de façon quasi-automatique) et membre du Siècle où se retrouve une grande partie de la nomenclatura française.

Note (ajoutée en décembre 2009) :

On a appris en 2005 qu'il y avait un trou inexpliqué de 260 millions dans la comptabilité de l'ANVAR et, la Cour de discipline budgétaire, sanctionnant ainsi un rapport du Sénat, a sanctionné P. Jurgensen et son service général, un conseiller référendaire de la Cour, d'une amende pour comptes non fidèles, non réguliers et non sincères.

Ce qui a motivé le rattachement de l'ANVAR à OSEO. Cela en dit long sur le travail de cette agence.

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