Emploi et politiques sociales

Fabienne Brutus - Jean-Claude Gawsewitch

La vérité sur l'ANPE

Chômage, des secrets bien gardés

04 juin 2006 • Nicolas Lecaussin

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Écrit avec toute la passion que donne la jeunesse de 31 berges et non sans talent, l'ouvrage de Fabienne Brutus fait mal à l'âme : non seulement par sa description détaillée de la monstrueuse machine à dévorer les chômeurs qu'est l'ANPE, que l'iFRAP n'a cessé de dénoncer (voir L'ANPE, le cimetière de l'emploi ; dossier de l'iFRAP 1996) mais aussi par la découverte de la totale perte de repères qu'engendre cette machine chez une personnes d'apparence pourtant généreuse et solide.

La première partie du livre est une exploration en profondeur d'un des plus grands monuments à la gloire de la bureaucratie qui ait été élevé en France. On y voit page après page les mouches que sont non seulement les chômeurs mais aussi les conseillers dont l'auteur fait partie, tenter de se désengluer d'une mélasse concoctée par les plus brillants esprits de la République. L'auteur ne le rappelle pas mais peut-être ne le sait-elle pas, que l'ANPE est, en 1967, une invention du jeune Jacques Chirac qui fait ses premières armes comme ministre ; comme l'a très bien exprimé Denis Jeambar, le jeune ministre a très bien compris que sa réussite ne passe pas par la solution des problèmes qui lui sont confiés mais par l'apparence qu'il donne de s'occuper du problème en créant un organisme dédié à sa solution. L'interventionnisme tous azimuts et totalement inefficace de l'Etat français depuis 30 ans est la formule qui a fait la carrière de Jacques Chirac et de la plupart des politiciens sortis comme lui de l'ENA où ils ont appris la recette.

A l'ANPE, les chômeurs sont constamment enjoints de rechercher un travail, de perfectionner leurs connaissances ou de se reconvertir ; on multiplie les formations, les ateliers, les aides au retour à l'emploi. Mais il s'agit d'un mouvement « brownien », une gesticulation dans le vide qui ne sert qu'à désespérer les chômeurs et même les conseillers. Car, comme le remarque à plusieurs reprises l'auteur de façon désabusée, ces efforts sont inutiles car il n'y a pas d'emplois à pourvoir [1].

Un raffinement a même été apporté par un autre énarque, Michel Bon, qui fut patron de l'ANPE avant de prendre la direction de France Télécom pour le plus grand malheur de cette entreprise. C'est Michel Bon qui fit développer une énorme arnaque pour faire croire à l'utilité de l'ANPE en montant toute une série de « contrats » avec des entités extérieures telles qu'agences d'intérim, services de recrutement de grandes sociétés, etc. de façon à permettre à l'ANPE de clamer comme placements effectués par elle tous les placements effectués par d'autres. Nous avons montré à plusieurs reprises que derrière le million et demi de placements revendiqués par l'ANPE, la réalité était inférieure à 200 000 et de l'ordre de 70 000 si l'on enlève les emplois aidés dont l'agence tient les cordons. C'est à l'examen de cette énorme arnaque que se livre Fabienne Brutus avec un détail qui entraîne l'écœurement : description des petites magouilles journalières, des lâchetés commises par les directeurs pour leur avancement, des combines pour obtenir sur le papier les objectifs demandés par l'administration centrale, qui ne sont pas sans rappeler toutes les horreurs que l'on rencontre à la DGI pour faire croire que cette administration est rentable et convaincre le Parlement d'accroître ses moyens et ses effectifs.

Que le Parlement soit à ce degré aveugle à ce qu'il finance et cautionne, qu'il ait été incapable de voir depuis 30 ans la machine à détruire les chômeurs qu'est l'ANPE, sans compter les coûts exorbitants de cet organisme fortement aux mains des syndicats (et comme le note l'auteur, avec des avantages qui hurlent à côté de ceux dont bénéficient leurs « clients »), en dit long sur le fonctionnement de notre démocratie.

Mais le plus poignant et le plus tragique est de voir cette femme jeune, totalement déboussolée, ne pas comprendre que le salut n'est pas dans un traitement de tous les chômeurs par un organisme centralisé et forcément bureaucratique, nivelant et uniformisant donc déshumanisant chaque dossier, le rêve du parti communiste et de la CGT, mais dans des centaines d'organismes privés apportant concurrence, initiatives, adaptabilité et intéressés financièrement à la réussite des placements, vivant donc du placement rémunéré des chômeurs.

[1] On laissera de côté les emplois non pourvus de maçons, de garçons de café qui existent forcément dans toute économie et de toute manière insuffisamment en France car ils sont moitié de ce qu'ils sont dans les pays ayant atteint le plein emploi.

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