Emploi et politiques sociales

La régulation du prix du lait convertira-t-elle les agriculteurs en fonctionnaires ?

28 juillet 2009 • Philippe François

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" Vous pourrez vous lever le matin en sachant combien vous toucherez jusqu'au 31 décembre "

Bruno Le Maire,

Ministre de l'Agriculture

Avant cette promesse, le nouveau Ministre avait, à juste titre, exprimé sa compassion aux producteurs de lait et sa détermination à trouver des solutions :
"Vous travaillez sept jours sur sept, vos revenus s'écroulent en dessous du Smic, mais les traites, elles, tombent tous les mois. Je vois bien que les producteurs n'en peuvent plus. "

Franck Riboud, PDG de Danone

Trouver un équilibre ne veut pas dire pénaliser les industriels par rapport à leurs concurrents étrangers. Sinon, il faudra accepter de trouver des yaourts allemands dans les magasins français.

Le Figaro, 25/7/2009

Mais son engagement de garantir le prix du lait sur une année entière a dû sembler peu crédible aux agriculteurs. Ils savent que la météo, le prix du pétrole et des aliments du bétail, la concurrence internationale, les goûts et les revenus des consommateurs influeront sur leur exploitation et sur les prix de vente de leurs produits. Aucun entrepreneur, ni les viticulteurs, ni les céréaliers, ni les marchands de glaces, ni les concessionnaires autos, ni les producteurs de ciment, ne sait en début d'année quel sera son revenu annuel. En 2007 et 2008, quand le prix du lait a très fortement augmenté, les agriculteurs français n'ont d'ailleurs pas demandé à être payés au prix de début de campagne.

En tant que Ministre, le rôle de Bruno Le Maire serait plutôt de s'attaquer aux causes structurelles du problème :

- Pourquoi le lait français coûte-t-il nettement plus cher à produire qu'à l'étranger et notamment en Allemagne, premier producteur européen ?

- Les charges sociales sont-elles trop élevées en France ?

- La taille de nos exploitations est-elle insuffisante ou trop grande ?

- Les prix très élevés de 2007/2008 ont-ils poussé certains producteurs à investir de façon inconsidérée ?


Bruno Le Maire

Bruno Le Maire

Diplômé de l"Ecole Normale Supérieure (lettre), énarque, Conseiller ministériel puis Directeur de cabinet ministériel, Bruno Le Maire a sans doute été nommé à ce poste en raison de son expertise en matière de négociations avec Bruxelles.

Mais s'il considère le statut de fonctionnaire comme l'idéal pour ses nouveaux administrés, il commet un contre-sens : les agriculteurs sont déjà enserrés dans un filet administratif excessif (quotas, subventions, SAFER, droit d'exploiter, statut du fermage …), mais ils doivent rester des entrepreneurs.

Commentaires

  • Par Philippe François • Posté le 28/07/2009 à 20:05 Pas question de nier la crise. Mais aucune solution ne sera possible tant que la situation et ses causes ne seront pas clairement exprimées. La plupart des commentateurs et des syndicats agricoles semblent admettre par exemple que les Allemands produisent moins cher et avancent même des explications (alimentation à l'étable et non pas dans les prés).

    Fixer un prix un an à l'avance est possible. Mais la négociation agriculteurs / industriels sera difficile, le risque à prendre sur une année étant considérable comme l'ont montré le boom des prix en 2007/2008 et leur chute en 2009.
  • Par samuel paysan • Posté le 28/07/2009 à 20:05 Si nous étions les seuls à râler je veux bien, mais les industriels ont baissé le lait français. L'année dernière pour compenser une baisse cette année, les Allemands avaient 60€ de plus que nous. De toute façon même les Tchèques manifestent, hormis les Danois (qui ont empruntés sur 30 ans...)et les Italiens (qui n'ont pas les mêmes normes et contrôles) l'emb et la grève du lait regroupent tous les pays d'Europe (même si la France est championne des normes et règlementations). On ne peut pas produire en Europe du lait au cours mondial (basé sur l'expropriation, est- ce capitaliste?), qui rend esclave les paysans du sud grâce à la dette.

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