Emploi et politiques sociales

La Poste sauvée par… la concurrence !

17 janvier 2008 • Bertrand Nouel

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On connaît la farouche opposition des syndicats à la libéralisation des services publics, et en particulier à celle des services postaux. A tout seigneur tout honneur en effet, La Poste est le plus important employeur français. Or, la Commission de Bruxelles vient de donner, précisément au nom des principes de concurrence, un bon coup de pouce à notre champion qui est en fait lourdement handicapé.

Explication : La Poste devait assumer une insupportable charge de retraites (au total 70 milliards € sur la base d'une évaluation en 2004) du fait que le régime des fonctionnaires, à la différence des régimes privés, prévoit des retraites qui ne fonctionnent pas suivant les règles générales de répartition. Donc l'Etat est venu en 2006 au secours de La Poste pour prendre en charge cette responsabilité en échange d'une compensation annuelle versée par La Poste aux alentours de 2 milliards €. Ladite compensation étant, on s'en doute, visiblement insuffisante, Bruxelles a engagé une procédure à l'encontre de la France pour aide d'Etat éventuellement contraire aux règles de concurrence. Après une année d'enquête, la Commission a effectivement retenu que la reprise par l'Etat des retraites des fonctionnaires était une aide d'Etat, mais l'a finalement justifiée par le fait que La Poste était handicapée vis-à-vis de ses concurrents européens par ses obligations de retraite qui n'avaient pas leur pendant chez ces derniers et qu'il était donc normal de rétablir l' « équité concurrentielle ».

Ceci s'est passé en octobre de l'année dernière, et personne ne s'en est vanté. Cela se comprend : s'entendre dire que le régime des fonctionnaires est tellement hors normes qu'il interdit à une entreprise d'être viable, et être sauvé par son pire ennemi au nom de principes abhorrés, ça fait sûrement beaucoup pour nos postiers et leurs syndicats. Pas nécessaire non plus d'insister sur la charge qui retombe sur le budget de l'Etat, c'est-à-t-dire les contribuables.

Chut, ils ont du mal à mourir, les régimes particuliers. Mais s'il n'y avait pas eu la concurrence, c'eût été La Poste qui serait morte.

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