Emploi et politiques sociales

La forte hausse du Smic a provoqué une augmentation du nombre de pauvres en France

06 juin 2008 • Philippe François

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Cette étrange affirmation est exacte. Mais c'est une version tronquée
qui a été propagée par de nombreux responsables politiques et associatifs : « 2001-2006, forte augmentation du nombre de pauvres en France ». Il existe en effet un lien mathématique entre le Smic et le calcul du seuil de pauvreté.

Le revenu médian est défini de
façon simple : la moitié des
ménages ont des revenus
supérieurs à ce médian, et l'autre
moitié des ménages des revenus
inférieurs. Pour la France, en 2005,
en arrondissant le nombre de ménages
à 30 millions, cela donne :

15 millions de ménages ont des revenus
Revenu médian = 2 100 €/mois
15 millions de ménages ont des revenus > à 2 100 €

En Europe, un ménage est classé
comme pauvre si son revenu est
inférieur à 50 % (ou à 60% selon les auteurs) du revenu
médian des ménages du pays. Selon
la règle des 50 %, environ 1,6 million de
ménages sont classés comme « pauvres » en France en 2005, mais 3 millions en prenant un taux de 60%.

Chaque année, l'augmentation du
Smic prend en compte l'inflation et
la croissance de l'économie, et bénéficie
souvent du fameux « coup de
pouce » supplémentaire. Résultat :
de 1993 à 2005, la proportion de
Smicards parmi les salariés est passée
de 8,2 à 16,8 %. Sur la période
2001-2005, la progression a été particulièrement
rapide, notamment
pour aligner les neuf Smic-35 heures
sur le plus favorable. Données avec le taux de 50% :


Données 2005 avec le taux de 60% :

3 millions
de ménages ont
des revenus inférieurs à 1 050 €
Seuil de pauvreté = 1050 €/mois 12 millions de ménages ont des revenus inférieurs à 2100€ et supérieurs à 1050€ Revenu
médian =
2100 €/
mois
15 millions
de ménages
ont des revenus
supérieurs
à 2100 €

Quand le Smic augmente plus vite
que la richesse nationale, une partie
des nombreux ménages dont les
revenus étaient légèrement inférieurs
au revenu médian voient
leurs revenus dépasser ces 2 100 €.
Le revenu médian va alors mécaniquement
augmenter, par exemple
à 2 200 €, et le seuil de pauvreté
passe à 1 100 €. Ce relèvement
du « seuil de pauvreté », ne fait pas
augmenter la pauvreté « réelle ».
On se borne à étendre la qualification
de « pauvres » à des personnes
dont les revenus sont, par exemple,
indexés sur l'inflation et dont le
niveau de vie est inchangé.
Définir la pauvreté statistique en
référence à un niveau de revenu
(50 % du médian) plutôt qu'en
référence à un niveau absolu
(N euros) présente des avantages,
mais à condition que cet indicateur
ne soit pas utilisé pour manipuler
l'opinion quand il donne des résultats
visiblement erronés.

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