Emploi et politiques sociales

La crise des banlieues vue par les médias étrangers

Une mise en accusation des politiques de l'État français

20 décembre 2005 • Léa Cannet

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La crise en banlieue a attiré les médias du monde entier. Leur couverture de l'événement n'a pas fait l'unanimité chez leurs confrères français : ils auraient été trop catastrophistes, trop alarmistes, trop loin de la réalité, trop revanchards (en ce qui concerne les Américains), trop imprécis. Mais c'est peut-être leur franchise et leur côté trop accusateur des politiques de l'Etat menées par la France dans ces banlieues qui ont dérangé. Pour s'en rendre compte, l'iFRAP a suivi la chaîne NBC dans l'élaboration de l'un de ces reportages qui fustigent les solutions apportées par de Villepin.

En premier lieu, les Américains essayent de déterminer exactement qui sont les fauteurs de troubles. Alors que les médias français sont incapables de répondre (ce sont des jeunes, des banlieusards, des racailles, des délinquants, des mineurs des cités HLM…), Ted Stanger, journaliste et essayiste américain vivant à Paris, et invité de l'émission, parle d'hypocrisie : "Tous les Français savent qui sont les auteurs de ces émeutes mais refusent de parler de communautés". Et d'expliquer qu'en France, tout le monde est considéré comme Français et que se référer à l'origine ethnique passe pour du racisme primaire. Les journalistes américains ne semblent d'ailleurs pas comprendre la polémique lancée autour du mot racaille. Il convient de dire que cette polémique sur les mots n'aurait pas eu lieu si les médias français avaient correctement fait leur travail. En effet, selon une enquête de France 5 pour l'émission Arrêt sur Image, Nicolas Sarkozy a utilisé ces termes car il répondait à une dame qui lui demandait ce qu'il comptait faire « de ces racailles ». Le ministre de l'Intérieur a juste repris les termes employés par l'habitante du quartier. Mais ceci n'a pas été montré à la télévision. De plus, l'auteur de la polémique, Azouz Begag, a lui-même employé ce terme de racaille dans une Tribune au Monde datée du 8 mai 2002 "ceux qu'on nomme les racailles ou les 'cailleras' (en verlan), groupes de jeunes dont tout le monde a peur, (…) récusent tout autre code de conduite sociale". Par ce premier témoignage, NBC montre que le cœur du problème se situe au niveau de l'échec de l'intégration des minorités, plus particulièrement d'Afrique noire et du Maghreb. Problème que l'Etat refuse de voir et de traiter.

Karim vient spontanément à la rencontre des journalistes pour témoigner du mal-être qui habite les banlieues.

Puis arrive le témoignage d'un jeune casseur, Karim. Spontanément venu à la rencontre des journalistes, il veut témoigner du mal-être qui habite les banlieues. Ce jeune homme très posé et poli essaye même de balbutier quelques mots d'anglais. Après une intervention décontractée devant la caméra, comme s'il avait exercé ce métier toute sa vie, Karim va parler "business" avec la productrice de l'émission. Selon Karim, "Nous sommes des laissés pour compte. Bien sûr, il y a les structures locales, les associations, les aides financières. Mais ça sert à rien. A la fin le résultat est le même, nous finissons dans la rue. C'est pour ça que nous devons nous révolter". Les journalistes américains mettent en relief l'échec des politiques de droite comme de gauche en faveur des banlieues. Et ils le montrent en faisant témoigner un jeune qui confirme cet échec…

Fin du reportage : les mesures annoncées par le Premier ministre Dominique de Villepin à savoir plus d'aides scolaires, associatives et au logement dans les quartiers sensibles.

En résumé, le reportage de NBC News montrait que le principal remède apporté aux problèmes des banlieues est d'allouer encore plus de moyens financiers à ces dernières, de créer encore plus de machins qui ne servent à rien, de l'avis même de ceux qui sont censés en profiter, sans rechercher les causes profondes de ce mal-être.

Le gouvernement français, mis en accusation par les médias étrangers, n'a rien trouvé de mieux que de leur faire la morale. Le 14 novembre, Jean-François Copé a organisé une réunion avec les journalistes étrangers afin de les rassurer et leur donner des informations de la plus haute importance : "Il n'y a pas de difficultés au château de Versailles et à la tour Eiffel… "

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