Emploi et politiques sociales

La bataille pour l'emploi du gouvernement Villepin

Propagande plutôt que victoire réelle ?

04 octobre 2006 • Julien Lamon

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Les chiffres du chômage ne cessent de baisser depuis l'arrivée du gouvernement Villepin au pouvoir le 2 juin 2005. Un an de bataille pour l'emploi qui semble, à première vue, porter ses fruits, comme en témoignerait le taux de chômage de 8,9% en juillet 2006, au plus bas depuis la fin de l'année 2001. Dans son dossier, "Baisse du chômage : réalité ou esbroufe ?", l'iFRAP avait pourtant révélé les trucages de cette baisse du chômage, reposant plus sur une habile utilisation des chiffres que sur une véritable reprise économique. Et pour cause, "la bataille pour l'emploi" reste basée sur la recette éculée du traitement social du chômage, à coups d'emplois aidés et subventionnés.

Certes, le taux de chômage baisse. Il est effectivement un indicateur de la santé du marché du travail, mais ne mérite pas la place centrale que lui accorde la communication gouvernementale. L'analyse de la création d'emplois salariés dans le secteur marchand reste un indicateur bien plus pertinent car moins aisément manipulable par l'administration. Le calcul du taux de chômage est d'ailleurs dépendant de la création d'emplois. Ainsi, le taux de chômage en France et en Grande-Bretagne a suivi une évolution inverse : passant de 9,9 à 8,9% en France et de 4,7 à 5,5% en Grande-Bretagne. Pourtant, entre juillet 2005 et juillet 2006 les entreprises françaises créaient environ 160.500 emplois supplémentaires (dont 135.000 pour le secteur marchand). De l'autre côté de la Manche, les Anglais créaient, à population active voisine, plus de 248 000 emplois dans le secteur privé, et ceci avec un taux de croissance annuel du PIB analogue (2,7% en Grande-Bretagne et 2,6 en France, calculé par rapport au deuxième trimestre de l'année 2005). Et ceci en ayant accueilli près de 427 000 travailleurs des pays de l'Est de l'Europe depuis mai 2004 !


De plus, alors que les statistiques anglaises annoncent la destruction de plus de 9 000 postes d'emplois publics en 2006, notre administration est incapable de chiffrer le nombre de créations d'emplois publics, dont on sait pourtant qu'il sera en augmentation, notamment au sein des collectivités territoriales. L'emploi public au secours du chômage, une recette bien française ! Comme le montrent les courbes ci-jointes, la création d'emplois salariés est loin d'atteindre un rythme suffisant pour augurer d'une baisse durable du chômage, par comparaison aux années précédentes.




L'analyse plus fine des créations d'emplois salariés dans le secteur marchand assombrit encore plus le jugement. Comme le montre le tableau ci-joint, une importante partie des nouveaux emplois est la conséquence de la politique d'aide publique à l'emploi. Près de 20.000 créations ont ainsi pour origine les dispositifs d'aide à l'emploi des jeunes (CIE, SEJE, contrats d'apprentissage…). La poursuite de la politique de l'aide à la création d'entreprises, (+10 % de créations aidées par les dispositifs Accre et Eden) pourrait quant à elle expliquer la création de 9 000 emplois supplémentaires (1,3 emplois par création en moyenne).

Évolution sur un an des créations d'emplois juillet
2005
emplois salariés du secteur marchand 15456,80 15592,20 +135,40
dont
Intérim (données de juin) 587,25 637,5 + 50,28
Emplois jeunes aidés 135,52 141,34 + 5,82
Contrats d'alternance aidés 497,50 510,67 + 13,18
Création de micro-entreprises aidées (sur 7 mois) 91,00 100,10 + 9,10
Sources : Dares, Insee

Enfin, avec une augmentation de plus de 8 %, l'emploi intérimaire représente près de 40 % des créations nouvelles d'emplois.

Le gouvernement crie donc victoire, mais les entreprises restent encore bien frileuses pour embaucher de façon durable. Avec les nouvelles mesures annoncées par Jean-Louis Borloo au début du mois de septembre, nous pouvons être rassurés, les emplois aidés vont continuer à augmenter. Les conditions favorables à une réelle croissance, c'est-à-dire favoriser l'émergence d'entreprises à fort potentiel ne seront toujours pas réunies. Et ce n'est pas, malheureusement, le label « gazelles » de Renaud Dutreil qui y changera quelque chose.

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