Emploi et politiques sociales

Israël : Un environnement atypique favorable à l'innovation

08 mai 2008 • Sarah Perez

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Aujourd'hui, lorsqu'on fait référence à Israël, c'est principalement pour deux raisons : soit pour évoquer la guerre d'usure qui l'oppose à ses voisins palestiniens, soit pour parler de la réussite économique et technologique de cet Etat de tout juste 60 ans, peuplé d'environ 7 millions d'habitants dans un périmètre qui ne dépasse pas celui de la Bretagne.
Avec un taux de croissance de 5,1% en 2006 [1], un taux de chômage qui est passé de 10 à 6,5% en six ans (de 2002 à 2008), une dette publique en diminution et un budget de l'Etat excédentaire en 2007, l'économie israélienne se porte fort bien. Ce succès est lié à une raison majeure : le développement des secteurs de haute technologie, autrement dit la high tech.

A l'origine, rien n'était gagné. Le pays a toujours été dans une situation géopolitique plus ou moins délicate. La Guerre des Six jours fut suivie d'un embargo imposé par la France, et les guerres suivantes ont beaucoup fragilisé le pays…Pour sortir de cette crise, Israël n'a pas eu d'autre choix que d'investir dans son industrie militaire. Tsahal, l'armée israélienne, a joué un rôle capital dans le développement des hautes technologies. Elle a créé des unités d'élite pour développer des outils technologiques en interne. Le Mamram, par exemple, est une unité spécialisée dans les services des technologies de l'information. Par le biais de la School for Computer Professions, son école interne, fondée en 1994, elle forme désormais près de 300 spécialistes chaque année. Des transferts de technologie s'opèrent depuis quelques dizaines d'années du militaire vers le civil. Mais le pays ne s'est pas contenté de recycler des technologies militaires. Il possède de nombreux experts en biotechnologies ou en énergies alternatives.

Vers la fin des années 80, le high tech est également devenu un formidable facteur d'intégration. L'arrivée de plus de 1 million de russes (pas nécessairement juifs d'ailleurs) à partir de la fin des années 80, a été un formidable moteur de son expansion. Près de 40 % d'entre eux avaient une formation supérieure. Israël est ainsi devenu le pays développé où la part de la population active possédant un diplôme supérieur atteint 45 % (contre un peu moins de 25 % en France) [2]. En 1993, avec les Accords d'Oslo ouvrant une nouvelle perspective de paix, de nouveaux marchés se sont ouverts en Inde, en Chine, en Turquie ou encore au Japon. Peu à peu, des leaders mondiaux comme Alvarion, Comverse ou Check Point se sont implantés en Terre sainte. Tous les géants de la high tech sont désormais présents en Israël : Intel, IBM, Microsoft, Google... A cela il faut ajouter les 3000 jeunes pousses présentes sur le territoire et à l'étranger.

La recherche au cœur de l'économie

L'Etat a de surcroît multiplié les ponts entre les entreprises, les investisseurs privés et le monde universitaire. Les scientifiques sont encouragés à devenir des entrepreneurs. L'Etat d'Israël se situe dans le peloton de tête des pays qui comptent au plan scientifique. Il consacre près de 4,8% de son PIB à la Recherche et développement. Les entreprises assurent ici la plus grosse partie du financement de la recherche civile : près de 77 % du total, soit plus de 3 % du PIB, contre 14 % par les universités, gérées par ailleurs de façon autonome et 5 % par le gouvernement [3]. Nous sommes loin du système français, où la recherche peine à atteindre les objectifs de Lisbonne (3 % du PIB).

De surcroît, Israël se situe en très bonne position en matière de capital risque (3ème place de capital risque derrière la Californie et le Massachusetts). Le développement de cette activité a commencé avec la création du fonds de fonds Yozma en 1993 par l'Etat. Très rapidement, le secteur a été privatisé et l'Etat ne joue désormais qu'un rôle plus indirect (incubateurs, mesures fiscales...). En 2006, 76 sociétés de hautes technologies ont été cédées ou mariées avec un concurrent pour un montant de près de 11 milliards de dollars [4]. Le rôle des Business Angels est également prépondérant bien que difficile à évaluer précisément : en 2000, ils auraient investi 3,6 milliards de dollars dans la high tech israélienne. Les start up sont incitées à trouver des partenariats avec l'étranger. De ce fait, plus d'une centaine de sociétés israéliennes sont cotées au Nasdaq ou à la bourse de Londres.

L'environnement israélien est donc très favorable à l'innovation. Les investisseurs ne sont pas freinés par la situation de guerre perpétuelle. Au contraire, ils ont bien compris que cette situation encourage la prise de risque. La population de l'Etat d'Israël est habituée à devoir trouver des réponses non conventionnelles aux problématiques auxquelles elle est confrontée, y compris dans le domaine économique. Si actuellement la fuite des cerveaux est bien réelle, elle n'inquiète que dans une moindre mesure les spécialistes. La population israélienne est extrêmement mobile et elle revient au pays le plus souvent . Il existe néanmoins quelques nuages à l'horizon : la concurrence de la Chine et de l'Inde qui séduisent de plus en plus les investisseurs internationaux, ou la perspective d'une guerre qui soit d'une envergure telle qu'elle plomberait littéralement la bonne marche économique du pays.

[1] Source : Israeli Ministry of Finance

[2] source : OECD Indicators 2006

[3] source : www.cbs.gov.il, équivalent de notre Insee

[4] source : Israel Venture Capital Research Center

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