Emploi et politiques sociales

Introduction par Bernard ZIMMERN

Colloque "Existe-t-il encore un modèle social français ?"

02 mai 2006 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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En préambule, je tiens à remercier Jean-Michel Fourgous et Olivier Dassault qui ont permis l'organisation de ce colloque à l'Assemblée nationale.

Avant que la passion des débats ne nous entraîne vers d'autres sujets, je voudrais dire à Jean-Michel Fourgous toute ma reconnaissance pour l'amendement qu'il a évoqué précédemment et pour le remarquable travail qu'il accomplit pour l'entreprise depuis quatre ans. Je pense d'abord aux efforts que nous avons commis ensemble pour faire passer une législation fiscale encourageant en France le développement des business angels dont nous manquons tragiquement. Je pense surtout à ce petit amendement qui a été adopté lors de la loi de finances, qui est passé quasiment inaperçu, mais qui est à mon sens une véritable révolution en France. Pour la première fois, des sommes très importantes vont pouvoir aller vers l'entreprise, alors que la politique systématique de l'État depuis 1974 a été de détourner l'épargne des Français vers le Trésor public.

Je voudrais également remercier nos amis de la Revue parlementaire et de La Chaîne Parlementaire de s'être lancés avec nous dans l'aventure de ce colloque. Je tiens aussi à remercier celles et ceux sans l'acharnement souriant desquels ce colloque n'aurait pas eu lieu, ainsi qu'aux intervenants qui ont accepté de consacrer une partie de leur temps et de leurs efforts pour participer à cette réunion.

Quelques bonnes nouvelles. Dans cette même salle, il y aura quatre ans en octobre, nous tenions, avec nos amis de la Fondation Concorde, un colloque au titre clair : « Cinq ans pour créer des emplois », sous la présidence de Jean-Louis Debré, déjà président de l'Assemblée nationale et avec un discours de clôture de Jean-François Copé, déjà ministre. De Bruxelles, étaient venus Denis Payre, Lofti Belhassine et Pierre-François Grimaldi pour expliquer comment l'ISF leur avait fait quitter la France. Nous expliquions que les politiques de l'emploi, depuis trente ans, consistent dans ce pays à mettre les chômeurs sur des parkings pour les supprimer des statistiques et que créer de vrais emplois ne peut se faire que par la multiplication d'entreprises à forte croissance, lesgazelles.

Dans un rapport remis à Renaud Dutreil, nous montrions que le manque de gazelles est imputable à une insuffisance de business angels, que nous appelons les investisseurs providentiels, seuls capables de financer efficacement la création de ces gazelles. Nous indiquions que le manque de business angels – la France en compte dix fois moins que l'Angleterre et cent fois moins que les États-Unis – est imputable à une législation fiscale qui non seulement ne les encourage pas, mais les pénalise, via notamment l'ISF. Le rapport remis à Renaud Dutreil faisait suite aux travaux d'un comité d'investigation créé auprès du ministère des PME, à la suggestion conjointe de Michel Rousseau et de moi-même ; son titre : « Les investisseurs providentiels, clé de l'emploi ».

Les investisseurs providentiels, clé de l'emploi.

Quatre ans plus tard, ces idées ont fini par prospérer. Renaud Dutreil ne parle plus que de gazelles. Le bouclier fiscal laisse espérer une réduction des parts créées par l'ISF. Enfin, le président Jacques Chirac, dans un discours du 25 avril, a demandé au gouvernement dans la perspective de la prochaine loi de finances, « de créer les conditions permettant un plus fort développement en France des investisseurs providentiels, ceux que l'on appelle les business angels ».

Nous touchons là, et c'est la mauvaise nouvelle, une question qui se trouve au cœur du thème qui nous rassemble aujourd'hui : Quel modèle social voulons-nous ? Certes, mais avons-nous la volonté et la capacité d'évoluer suffisamment vite ? Quel modèle social voulons-nous ? Cette question sera longuement développée par les participants.

Dans toute démocratie, il existe un équilibre instable entre deux courants souvent peu compatibles : celui qui encourage la création de richesse et celui qui pousse à la redistribuer. Ce sont d'ailleurs les lignes de clivages naturelles entre la droite et la gauche. Depuis 1974, cette ligne de clivage n'existe plus en France et l'on peut penser que l'arrivée au pouvoir de générations formées à l'ENA, plus formées à renforcer le rôle de l'État et à redistribuer qu'à produire, est le grand facteur explicatif.

Cette question sera largement débattue au cours de ce colloque, mais je voudrais simplement esquisser quelques paralysies mentales, quelques indigences de l'esprit qui freinent notre rythme de progrès.

Première indigence que je me bornerai à citer sans la développer, c'est de continuer à croire qu'Astérix et Obélix ont vaincu les Romains. C'est historiquement démontré comme faux !

Deuxième indigence – Jean-Michel Fourgous parlait d'acquis sociaux, alors que par un effet quasi automatique, la garantie de l'emploi donnée à 6 millions de fonctionnaires et para-fonctionnaires se traduit presque automatiquement par la garantie du chômage ou de la précarité donnée à 6 millions d'autres.

Troisième indigence – Il faut sortir la France du « Yaka » ; yaka copier les Américains, yaka réduire la dépense publique… C'est nécessaire, mais ce n'est pas suffisant.

Quatrième indigence – Continuer à faire croire que la défense du modèle social est celle des intérêts des Français, alors que c'est d'abord celle de ceux qui vivent du modèle.

Dernière indigence – Parler constamment de solidarité. Je vous livre le témoignage recueilli dans plusieurs associations de chômeurs : « Qu'il y ait des riches, nous disaient ces chômeurs, nous en sommes fort heureux, pour autant que nous ayons de vrais emplois et pas simplement l'aumône d'un État qui nous permet seulement de vivre à la limite de la subsistance et sans aucun avenir. La solidarité commence par encourager les riches à investir en France, ce que nous voulons, ce n'est pas faire partir les riches, disent les pauvres, disent les chômeurs, c'est espérer un jour pouvoir devenir riches nous-mêmes. ». Cri du cœur d'une jeune fille qui vit dans le quart monde et pas dans les beaux quartiers où l'on parle de solidarité : « Comment être solidaire quand on n'a plus rien à distribuer ? »

Cette manifestation est importante, car non seulement elle traite d'un sujet critique pour les prochaines élections et pour notre avenir, mais elle symbolise l'alliance du monde politique et de la société civile. L'un des problèmes centraux de la France est que le monde politique existe pour lui-même dans un univers à part, avec ses jeux, ses règles et ses lois. Un univers faiblement relié à la France réelle. Un univers dont Paul Valéry a pu dire, « La politique est l'art d'empêcher les gens de s'occuper de ce qui les regarde ».

Si notre pays donne l'exemple de tant de scandales, c'est que la Société civile est restée trop longtemps absente des politiques publiques en laissant le champ libre aux seuls hommes politiques.

Je voudrais encore une fois remercier Jean-Michel Fourgous et Génération entreprise d'avoir accepté d'être le pont entre le monde politique dans lequel ils vivent et la société civile à laquelle nous appartenons. Il nous reste encore à travailler davantage et à renforcer notre présence.

Cet article fait partie du colloque Existe-t-il encore un modèle social français ?

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