Emploi et politiques sociales

Intervention de Pierre Méhaignerie

Colloque "Mettre l'emploi au coeur de la campagne"

12 février 2007 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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5 millions d'emplois marchands créés en France en 20 ans,
comment en créer 5 à 7 millions en 10 ans ?

Franck Stepler - Je vais demander à nos quatre intervenants de nous expliquer comment les candidats que vous représentez comptent répondre à cette question au travers de leur programme présidentiel.

Pierre Méhaignerie - Aujourd'hui, 44 % des salariés se sentent menacés dans leur emploi et plusieurs centaines de milliers de jeunes ont un peu le sentiment d'inutilité sociale, faute en effet d'emploi. Ma première conviction, c'est que la meilleure politique en matière sociale est celle qui donne un emploi à chacun, et donc, avant la condition et la distribution des richesses, il se pose la question de savoir comment créer les richesses.

Voilà le dilemme auquel nous sommes tous confrontés. Et comme il y a beaucoup de méfiance, surtout parmi les dirigeants d'entreprise, je vais répondre à votre première observation en partant du local pour venir au national. Partir du local, parce qu'il est vrai qu'il y a toujours un fossé entre le discours et les actes et, dans un pays qui préfère le débat d'idées à l'épreuve des faits, je pense qu'il est bon de partir de la microéconomie.

Je suis dans un bassin d'emplois très industriel et vulnérable – l'Insee dit qu'il est le plus vulnérable des vingt et un pays de Bretagne. Il est le premier bassin d'emplois créateur de richesses et d'emplois, 42 % des salariés travaillent dans l'industrie, et des industries très compétitives, pourtant, nous avons 4,7 % de taux de chômage depuis quinze ans. Personnellement, depuis mon élection, c'est une question qui a toujours été pour moi une préoccupation, parce qu'en Bretagne, l'idée de rester sur place a toujours été très forte.

La première condition pour moi, c'est d'aimer l'entreprise et d'avoir un contact avec les entrepreneurs, ne pas se situer dans une perspective de méfiance, mais d'abord de confiance. Le deuxième point, j'ai toujours essayé d'avoir un environnement fiscal favorable ; j'ai la deuxième taxe professionnelle la plus faible des 164 communautés d'agglomération de France et, en dix-huit ans de présidence de conseil général, je n'ai pas augmenté ma pression fiscale.

Troisième élément, les métiers manuels sont souvent considérés comme dévalorisants dans la société française pour qui la notion de hiérarchie reste prépondérante. Lorsque nous avons décidé de faire le campus Ker Lann, à dix kilomètres de Rennes, nous avons eu la volonté d'y mettre des écoles privées, des écoles publiques et des entreprises, mais surtout, nous avons décidé de rassembler les centres de formation d'apprentis dans une faculté des métiers qui reçoit aujourd'hui 2 500 jeunes et qui progresse au rythme de 15 %, car reconsidérer les métiers manuels, c'est aussi extrêmement important pour un jeune. C'est une initiative qui, aujourd'hui, fait contagion.

Quatrième élément, j'avais constaté en Bretagne que de nombreux créateurs de richesses s'étaient lancés dans cette création de richesses à partir d'une expérience étrangère, d'un voyage, d'une confrontation avec d'autres cultures. J'en avais retiré la conclusion qu'il fallait lancer dans le département d'Ille-et-Vilaine une association « Jeunes à travers le monde », pour envoyer le maximum de jeunes à l'étranger, parce qu'ils reviennent ensuite avec l'esprit beaucoup plus pionner, beaucoup plus ouvert et beaucoup plus créatif.

Dernier point, le premier emploi en Bretagne est parfois difficile pour des diplômés. J'avais constaté que beaucoup de jeunes avaient davantage de chance de trouver leur premier emploi en Ile-de-France et particulièrement à Paris, plutôt qu'à Rennes, à Vitré ou ailleurs en Bretagne, mais que leur difficulté la plus grande était de trouver un logement. Nous avons donc créé deux foyers de quatre-vingt-dix studios pour permettre pendant un an à ces jeunes de prendre leur premier emploi et d'avoir une possibilité de logement à des coûts facilités.

Après avoir exposé quelques initiatives pour répondre à la question du comment, je vais aborder la question au plan national de savoir comment faciliter la création des richesses.

D'abord, il faudrait que nous ayons tous un diagnostic partagé, ce que nous n'avons pas encore totalement – je ne dis pas que la France décline, mais il faut constater que la France a pris du retard ces vingt-cinq dernières années. Nous devons nous interroger sur les raisons de ce retard en matière de création d'emplois et de richesses. J'ai le souvenir de ce qu'avait écrit François Furet après les élections législatives de 1997 dans Le Monde ; dans un article remarquable, notre plus grand historien de l'époque avait écrit, « je constate que sur l'emploi, la droite n'a pas dit grand-chose de peur de déplaire, et la gauche a dit des choses fausses pour plaire ». Au cours de ces dix dernières années, ne sommes-nous pas un peu tous restés dans ces types de comportements ?

Pour l'avenir, nous nous fixons cinq règles essentielles que j'appellerai des « règles d'or » :

Première règle d'or, passer d'une société de défiance à une société de confiance, ce qui veut dire moins légiférer, moins réglementer. Nous proposons qu'un trimestre entier de l'Assemblée nationale et du Sénat ne soit plus concerné par des législations, mais simplement par le contrôle de la dépense publique. Il conviendrait également de se poser la question, avec le Conseil d'État, de l'assouplissement du poids des Codes. Cela ne pourra pas se faire à législation constante, mais avec une commission parlementaire.

Deuxième règle d'or, rendre l'État plus efficace avec un gouvernement resserré de quinze membres,

Troisième règle d'or, maîtriser les dépenses publiques. Appliquer la Lolf et, comme au Canada, sur les 134 programmes de l'État, se poser ces simples questions : le programme sert-il l'intérêt public ? Pourrait-il être réalisé à coût moindre ? Pourrait-il être confié à d'autres administrations ? Il y a par ailleurs un véritable problème au niveau des collectivités locales qui est que la dépense publique locale reste électoralement payante.

Quatrième règle d'or, engendrer un choc de confiance pour les PMI et les PME. Si nous avons la chance d'avoir de très grandes entreprises, nous n'avons pas le réseau des PME dense avec 500 à 1 000 salariés ou 200 à 1 000 salariés, de nos voisins européens. Cela nécessite un immense travail de simplification, d'assouplissement du CDI, de sécurisation des parcours professionnels, c'est l'un des plus grands débats dans la première année. Il nous faudra également regarder le choc des cotisations sociales pesant sur le travail, étant entendu que nous les avons réduites de 21 milliards, mais qu'aujourd'hui, une entreprise qui passe son salarié du SMIC à une fois et demie le SMIC voit ses charges augmenter de 76 %, puisqu'au SMIC, je le rappelle, les cotisations patronales ne sont plus que de 20 points au lieu de 46 points. C'est ce que j'appelle le choc de confiance pour les PME et les PMI.

Enfin, cinquième règle d'or, une économie du savoir plus performante. Pour une société de mobilité, c'est la valorisation des acquis de l'expérience, la multiplication des passerelles et l'autonomie de l'Université, l'acceptation de la concurrence dans le système universitaire et la participation des entreprises dans le système universitaire. La commission des finances a fait une mission d'évaluation et de contrôle, elle a constaté que si les syndicats sont toujours réservés, les trois quarts des présidents d'université souhaitent aujourd'hui cette autonomie, cette acceptation de la concurrence, cette orientation des étudiants, conditions d'un plus grand dynamisme de l'Université française.

Cet article fait partie du colloque Mettre l'emploi au cœur de la campagne

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