Emploi et politiques sociales

Intervention de Patrick Louis

Colloque "Mettre l'emploi au coeur de la campagne"

12 février 2007 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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5 millions d'emplois marchands créés en France en 20 ans,
comment en créer 5 à 7 millions en 10 ans ?

Franck Stepler - Je vais demander à nos quatre intervenants de nous expliquer comment les candidats que vous représentez comptent répondre à cette question au travers de leur programme présidentiel.

Patrick Louis - Le président Zimmern ayant invité Paul Valery à la table, je vais également rappeler qu'il disait que les civilisations étaient mortelles, et j'espère que la civilisation de l'économie étatisée est en train de mourir, ce qui résume à peu près mon propos.

Effectivement, il y a besoin de cinq millions d'emplois, parce qu'il y a au moins cinq millions de personnes qui cherchent du travail en France ; les trois millions de chômeurs classe I, classe II, se répartissent de la façon suivante : 1,2 million de personnes au RMI, 600 000 personnes en formation, plus de 130 000 personnes en retraite forcée auxquelles vous ajoutez toutes les personnes déclarées sous de fausses professions libérales. Vous avez effectivement cinq millions de personnes qui coûtent, qui sont déprimées et qui, en fin de compte, devraient apporter, se ré-enraciner et faire du lien social. À population équivalente, la Grande-Bretagne offre un taux d'emploi de quatre à cinq millions de personnes de plus que chez nous, donc les questions de financement sont quelque part réglées par cet investissement nécessaire pour arriver à cinq millions d'emplois.

Comme il est dit qu'il faut passer par le local, passons par le local, et notamment le local de Philippe de Villiers qui, pour moi, en plus de ses nombreuses qualités, a celle d'être un entrepreneur. C'est un véritable chef d'entreprise qui a, dans sa région, créé un immense spectacle qui embauche des tas de gens, qui s'appuie sur le bénévolat et qui présente la caractéristique de n'avoir jamais reçu de subventions publiques. C'est lui qui a subventionné le conseil général, ce qui est assez intéressant et qui est dans l'ordre des choses puisque, après tout, ce ne peut être que le privé qui finance le public. Avec toute l'énergie d'abord des Vendéens, cette région, selon les classements de l'Express et du Point, figure parmi celles qui ont la meilleure qualité de vie et le taux de chômage le plus faible. Elle compte une entreprise pour quatorze salariés, ce qui résulte d'abord d'une approche culturelle plutôt que d'une approche technique. Je crois en effet que le malheur qui touche d'abord notre économie française est un phénomène doublement philosophique : un mauvais darwinisme et un malthusianisme.

Un mauvais darwinisme en empêchant six millions de Français qui travaillent dans la fonction publique de s'adapter. Ils sont tellement protégés qu'ils ne sont absolument pas au courant des contraintes d'adaptation nécessaires, ce qui freine totalement l'évolution de la société française. Mauvais darwinisme parce que, à l'inverse, un tiers des acteurs marchands et 2,7 millions de gens dans les professions indépendantes sont surexposés et menacés de disparition. C'est en s'appuyant sur ces entrepreneurs propriétaires, responsables, souvent hommes à tout faire, que peut partir l'emploi, parce que si chacune des 900 000 entreprises qui n'ont pas de salarié pouvait avoir un emploi, on arriverait très rapidement à près d'un million d'emplois supplémentaires.

Malthusianisme, parce que la deuxième idéologie ambiante qui est au pouvoir depuis longtemps, c'est quelque part le refus de la croissance en tant que telle. Pour moi, la croissance économique, c'est fondamentalement la vie. Il faut vouloir la croissance, et ce malthusianisme a fini par contaminer le sens du travail, puisqu'on en arrive à croire que le travail est une ressource rare et qu'il faut la partager, alors que la réalité économique est inverse : plus on travaille, plus on crée de richesses et plus on crée de richesses, plus il y a de travail. Nous ne sommes pas forcément tous d'accord là-dessus, mais c'est un des postulats essentiels pour moi.

Pour inverser la situation, il faut libérer le travail, protéger le travail, récompenser le travail.

Pour ce qui concerne la libération du travail, pour aider les très petites entreprises (TPE) et surtout les PME, il est important que notre tissu de PME soit un peu à l'allemande, avec une taille critique suffisante pour pouvoir aborder les marchés à l'export. Mais aujourd'hui, je parlerai essentiellement des TPE. La première chose qui pour nous est essentielle consiste à abolir les 35 heures. C'est une question de culture et de courage, il faut abolir clairement les 35 heures qui sont antiéconomiques et source de destruction du tissu social, afin de pouvoir valoriser le travail et donc le pouvoir d'achat.

J'en arrive même, mais ce n'est pas partagé par tous dans notre groupe, à préconiser la suppression de l'impôt sur le revenu des heures supplémentaires, ce qui créerait une égalité par rapport au temps libre – il y a des gens qui travaillent de nombreuses heures et qui n'ont pas la juste rémunération par rapport à leur travail ; or, ce sont ces acteurs sociaux qui portent la société.

Il faut abolir le harcèlement textuel, la complexité des lois, des normes, de la paperasse. Si l'on demandait à l'Administration de remplir cette paperasse, là où il y a trente formulaires, très rapidement elle trouverait l'idée de n'en mettre qu'un. Donc, inversons un peu l'obligation de remplir le papier pour que cela aille mieux, mais la « paperasse », c'est également les diplômes. Bientôt, il va falloir un diplôme de technicien de surface pour gagner sa vie avec un balai ! À force de tout complexifier, on va en arriver également à tout normaliser. Là, je touche un peu à Bruxelles. Certes, il est nécessaire d'avoir certaines normes, mais si nous voulons développer l'innovation et la créativité, faisons attention à ne pas en arriver à ne plus avoir de créativité ni d'économie de la connaissance. L'économie de l'innovation passe par une forme de liberté qui accepte un certain nombre de risques.

Il faut également abolir le servage fiscal et social. Nous proposons d'exonérer de charges sociales les créateurs d'entreprise pendant deux ans, de manière à leur permettre d'arriver à une certaine stabilité pour ensuite pouvoir grandir. Il faut faciliter l'implantation des entreprises dans les zones rurales où la masse critique devenant insuffisante, les coûts d'organisation deviennent de plus en plus élevés pour le pays. Faire porter une partie des charges sociales sur les importations – à structure fiscale équivalente, il vaut mieux d'abord imposer les importations, puis la consommation et en dernier ressort, uniquement, la production. La manière dont on assied la fiscalité n'est pas neutre ; non seulement la fiscalité est élevée, mais très souvent elle est mal assise. Et, bien sûr, supprimer l'impôt sur la fortune qui est un impôt totalement démagogique et antiéconomique, notamment quand on sait que le seuil des 25 % sur l'outil de travail empêche les fusions-acquisitions des entreprises. Quelque part, il faut avoir le courage de dire que l'on n'est pas socialiste et, à partir de là, la propriété n'est pas une tare, c'est la condition pour parvenir à un renouveau économique et attirer les investisseurs chez nous.

Il faut néanmoins protéger le travail. La protection n'est pas le contraire de la libéralisation et nous pensons qu'au niveau de la production du travail, il faut que le contexte macroéconomique soit porteur. Nous avons besoin de rétablir un tarif extérieur commun au niveau de l'Europe, tel qu'il existait dans l'esprit du traité de Rome. Avec la Chine et certains pays, l'écart ne dope pas les économies, au contraire, il nous assied, il nous coule. « On ne dessaoule pas un ivrogne avec un verre de lait ! » La rupture est tellement grande que nous sommes obligés d'avoir une protection européenne pour maintenir nos entreprises le temps que la décroissance des charges chez nous se fasse. Il faut mettre la Banque centrale européenne au pas, que son pacte de stabilité soit ordonné à la croissance et pas uniquement à l'idéologie monétariste, même si nous sommes contre l'inflation et contre les déficits a priori, mais il faut surtout que les taux d'intérêt ne soient pas trop élevés pour que l'investissement existe, parce qu'il n'y a pas d'emploi sans investissement. Il faut favoriser, bien sûr, la recherche et développement, la création d'entreprise, adapter l'enseignement supérieur ; ce qui est paradoxal en France, c'est que plus on fait d'études, moins on crée d'entreprises.

- Nous pensons qu'il faut favoriser le patriotisme d'entreprise, c'est-à-dire développer l'actionnariat populaire universel qui est selon nous la meilleure technique pour lutter contre les OPA et contre les délocalisations, et surtout empêcher la dissociation entre le travail et le capital – dialectique que certains voudraient voir revenir et qui est la meilleure solution pour couler les entreprises. Nous savons très bien que si le taux de profit augmente dans le partage de la valeur ajoutée, ce n'est pas parce que le taux de profit a en soi augmenté, mais parce que l'emploi diminue. Si le taux d'emploi était le même que dans les autres pays, le partage de la valeur ajoutée entre profit et salaire reviendrait à quelque chose de tout à fait honnête et une partie de la critique que l'on peut lire dans une certaine presse disparaîtrait.
- Il faut mobiliser l'épargne pour que l'épargne aille au profit de la croissance. Il faut également récompenser le travail. Il faut libérer le temps de travail sur la vie et non sur l'année, on ne peut pas continuer à le réduire. Développer le temps partiel, inscrire une limitation des prélèvements obligatoires à 33 % dans la Constitution et tout un ensemble de préconisations dont je n'ai pas le temps de parler.
- En conclusion, je voudrais simplement dire que le fond du problème est pour nous essentiellement culturel. Quand Philippe de Villiers a repris la Vendée, la première chose qu'il a faite, ce n'est pas de chercher dans les règlements, il a commencé par refaire un logo pour refaire une communauté, pour recréer un sentiment d'appartenance à une communauté, une fierté. Quand une identité commune s'instaure, les coûts d'organisation diminuent, les énergies se libèrent, l'innovation apparaît, la fraternité se renoue et l'économie est forte. L'efficacité est fille du désir, donc ce qui est important, c'est de redonner aux Français quelque chose à aimer, et la condition pour que l'économie soit forte, c'est de leur redonner le goût de la France.

Cet article fait partie du colloque Mettre l'emploi au cœur de la campagne

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