Emploi et politiques sociales

Régis Giet - Dualpha

Il faut changer notre système de santé

Faut-il sauver la Sécu ?

15 mars 2008 • Philippe François

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La question que pose le docteur Régis Giet est choquante, mais c'est la bonne. Si les vingt-cinq réformes mises en place depuis cinquante ans par des politiques de bonne volonté et des experts compétents ont échoué, il doit y avoir quelque chose de pourri dans les fondations du système. [1]

Tous les autres pays, Allemagne, Pays-Bas, Suède, Royaume-Uni, Italie rencontrent des difficultés, mais rien de comparable avec le désastre français : 10 milliards de déficit par an, 100 milliards de dettes repoussées sur les futures générations, le mécontentement des professions médicales et la baisse des prises en charge des malades.

Le Dr Giet sait de quoi il parle. Il a toujours soigné ses malades et continue à le faire. Ses vingt années de responsabilité dans le syndicalisme médical et d'expert auprès des tribunaux permettent à l'auteur d'élargir son analyse à plus de spécialités médicales, plus de pratiques (libérale et hôpital) et aux structures de gestion : caisses d'assurance maladie, ministère de la Santé, complémentaires santé.

Sur tous les sujets, le Dr Giet fournit tous les chiffres nécessaires pour soutenir son argumentation, mais surtout des exemples tirés de son expérience. Le contrôle des arrêts maladie (5 milliards €) et des accidents du travail, un travail ingrat, a été abandonné par les médecins-conseils des caisses au profit de vagues actions de santé publique nettement plus confortables. Dans le secteur privé, les abus sont multiformes depuis les arrêts maladie de courte durée jusqu'à la mise en invalidité, « un artifice comptable, ces assurés sortent des statistiques des arrêts de travail et n'entrent pas dans celles des chômeurs ». Le système des « congés maladie » des fonctionnaires est encore plus lâche, et les abus plus nombreux. Les cas cités par le Dr Régis Giet sont saisissants et confirment que l'habileté des fraudeurs et la faiblesse de nombreux responsables n'ont pas de limite. Les transports sanitaires (2 milliards €), les consommations de médicaments (16 milliards €), d'analyses biologiques et d'examens radiologiques, témoignent des mêmes problèmes d'irresponsabilité de nombreux malades et médecins, et des caisses d'assurance-maladie persuadées que leur rôle est : « compassion naïve et redistribution ».

Le chapitre consacré à l'hôpital – 55 milliards €, près d'un million d'employés – n'hésite pas à s'attaquer à des tabous : danger des petits hôpitaux, absentéisme du personnel, statut de la fonction publique hospitalière, mauvaise répartition sur le territoire. La gestion des caisses d'assurance maladie (9,9 milliards €) – « une énorme administration », « l'opacité des comptes », « la non recherche de productivité » – est encore plus scandaleuse, sa tâche étant strictement administrative, impossible de s'abriter derrière la complexité et l'émotion liées aux soins.

Le livre se termine par des propositions (panier de soins notamment, régionalisation ou concurrence des caisses) qui toutes cherchent à remédier au problème de fond, une irresponsabilité généralisée.
Malgré un budget supérieur à celui de l'État et ses déficits, la Sécurité sociale a été la grande absente de la campagne électorale de 2007. Et mises à part les franchises médicales, une mesure à 850 millions seulement, rien n'a été fait depuis. Cette année 2008 devrait être l'année où il ne sera plus possible de reculer. Le précédent gouvernement l'avait dit : « Sa réforme était celle de la dernière chance ; si elle échouait, il faudrait changer de système. » Elle a échoué, il faut donc changer de système. Le livre du Dr Giet arrive au bon moment.

[1] Faut-il sauver la Sécurité sociale ? Dr Régis Giet, éditions Dualpha.

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