Emploi et politiques sociales

Hôpitaux : y a-t-il vraiment un manque de moyens ?

07 janvier 2009 • Agnès Verdier-Molinié

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La fin d'année 2008 a été marquée par de nombreux dysfonctionnements dans nos hôpitaux. L'un d'entre eux est particulièrement frappant. Il s'agit du décès après 3 crises cardiaques d'un malade de 57 ans originaire de Massy. Le SAMU a transféré ce patient de son domicile de Massy au service des urgences de Longjumeau au sein duquel plusieurs arrêts cardiaques ont été jugulés. C'est au moment de trouver un lit de réanimation pour le patient que la tâche s'est avérée plus ardue.

Suivant les déclarations du SAMU, ce sont entre 24 et 27 hôpitaux qui ont été sollicités, tous en vain. Il semblerait que tous les hôpitaux publics jusqu'à celui de Chartres, à 73 km de là, aient été sollicités. Pourtant, selon la ministre de la Santé Roselyne Bachelot « 11 lits de réanimation, situés à moins de 20 minutes du malade, étaient disponibles cette nuit-là » dans des hôpitaux publics. Selon nos sources, au même moment, les cliniques privées d'Ile-de-France disposaient pour leur part de 12 lits de réanimation disponibles.

Soit au total 23 lits de réanimation disponibles sur le bassin parisien. Alors, que s'est-il passé ? Les cliniques privées ont-elles été contactées par le SAMU ? La Fédération Hospitalière Privée (FHP) a le sentiment que certaines cliniques ne l'ont pas été et déplore que les services d'Urgences privés ne soient pas plus associés à la continuité des soins notamment en ce qui concerne les périodes les plus chargées telles que celle des fêtes de fin d'année ou des vacances d'été. Déjà, pendant la canicule de 2003, des lits étaient restés vacants dans les cliniques alors que les hôpitaux n'arrivaient pas à accueillir tous les patients.

Quoi qu'il en soit, il semblerait que l'on continue régulièrement à négliger que la continuité des soins est une continuité globale privée et publique. La ministre de la Santé a diligenté une enquête de l'IGAS qui donnera peut-être un éclaircissement au déroulement des faits puisque tous les appels du SAMU vers les établissements hospitaliers sont enregistrés. Ceux qui prônent le toujours plus de moyens pour l'hôpital public devraient attendre aussi le résultat de cette enquête afin de comprendre pourquoi les 23 lits de réanimation disponibles n'ont pas été trouvés ce soir-là. Rappelons que les dépenses de santé de la France sont parmi les plus élevées au monde et que les soins produits par les hôpitaux publics sont jusqu'à deux fois plus chers que la moyenne des établissements hospitaliers privés.

Dans les hôpitaux, 35 heures, 32 heures pour les personnels de nuit, 40.000 embauches supplémentaires, des moyens importants affectés aux Urgences n'ont pas apporté d'améliorations. La loi « Hôpital, Patients, Santé et Territoires » qui sera discutée au Parlement en janvier 2009 va s'attaquer au cœur du problème : la responsabilisation et l'organisation à l'intérieur de l'hôpital. Notamment avec le renforcement des pouvoirs du directeur et la diversification des profils recrutés. Plus que de moyens, c'est de meilleure coopération entre public et privé et de meilleure gestion dont le secteur hospitalier français a besoin.

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