Emploi et politiques sociales

Hôpitaux et logique comptable : des sondages illusionnistes

15 mai 2009 • Bertrand Nouel

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Le renforcement du pouvoir des directeurs d'hôpitaux prévu par la loi Bachelot « risque de privilégier la logique comptable au détriment de la logique de santé » : l'institut de sondages BVA a trouvé 74% des sondés d'accord avec cette affirmation.
D'où, bien entendu, la conclusion que la réforme est très majoritairement désavouée et que les Français condamnent la politique de Nicolas Sarkozy en matière de santé.

Comme souvent dans les sondages, la réponse est dans la question. Présenter en effet la réforme comme un problème d'opposition entre une bonne gestion et la qualité des soins est un insupportable mensonge intellectuel. Faudrait-il qu'une entreprise n'ait pas besoin d'être dirigée ni correctement gérée pour remplir ses missions au prétexte qu'elle est un service public ? Et prétendre qu'un service public ne doit pas être comparé à une entreprise parce qu'elle deviendrait de ce fait orientée vers le « profit » est un autre mensonge : il n'a jamais été question de profit pour les hôpitaux, simplement du bon usage des deniers publics, ce qui n'a rien à voir.

La réforme étant centrée sur la gestion, la formulation honnête de la question posée aux sondés aurait été de demander si « bien gérer les hôpitaux est contraire à la qualité des soins ».

Le résultat eût probablement été tout autre ! Tout au contraire, la question telle qu'elle a été posée élude le souci de bonne gestion en s'adressant uniquement à l'aspect comptable, et finalement implique que la santé, c'est comme l'amour : quand on soigne, on ne compte pas… Autre fable à l'usage des candides.

Il y a une perfidie inhérente à ce type de sondage, il accrédite l'idée reçue et erronée qu'il faut choisir entre une bonne médecine et une bonne gestion. Dès lors, la réponse venant des sondés ne peut pas être autre que ce qu'elle a été et le débat public et politique s'en trouve faussé.

Commentaires

  • Par STATISTIQUESJM • Posté le 05/07/2009 à 14:57 Aucun contrôle n'a jamais été intégré dans la comptabilité publique à qui le doit-on ?

    Quant au management notamment RH et/ou direction des soins dans un hôpital chacun passe très à côté de tout contrôle ! ce n'est pas dans la culture du personnel. C'est un vrai bazar.

    Récemment embauchée (contractuelle, venant du privé) pour mettre en place statistiques, tableaux de bord sociaux et autres indicateurs au sein de la DRH, j'ai relevé les manches et me suis mise au boulot.

    J'ai mis en évidence un absentéisme dangereusement augmenté depuis 5 années, des primes payées à tort durant des années qui coûtent une fortune, le non respect des procédures, de la règlementation de base (si par miracle elles existent), aucun contrôle des plannings, pas de contrôle des entrées/sorties (suivi des effectifs) etc... tout autant de problèmes qui auraient dû alerter la direction. En lieu et place, je me trouve désormais "isolée", plus convoquée aux réunions clés (finances, audit), pourquoi ? parce qu'en mettant en évidence tous les dysfonctionnements de l'hôpital entretenus depuis des années par une inertie profondément organisée, je gêne. Mon professionalisme, mes compétences sont mises à mal et l'on continue à GASPILLER sans contrôle ; on devrait me remercier d'avoir mis en evidence ces dysfonctionnements. En lieu et place je suis écartée. Cette frustration me rend amère. Un contrôleur de gestion a été embauchée ; elle-même se trouve aussi en difficulté !

    Pensez-vous que je puisse longtemps travailler dans un environnement où la transparence, la rigueur, le contrôle ne sont pas de mise et où l'on préfère continuer à gaspiller en cachant les grosses erreurs ...

    Une contractuelle motivée mais frustrée.
  • Par kabifox100 • Posté le 25/05/2009 à 17:13 La formulation que vous proposez n'est guère plus honnête... En effet si tout un chacun peut avoir une idée relativement juste et précise de ce qu'est la "qualité des soins", qui peut bien donner une définition de ce qu'est une bonne gestion d'un hôpital : simple équilibre du budget ? Quelle répartition des dépenses entre investissements et fonctionnement? Combien de postes administratifs pour combien de postes de soignants ? etc.. etc... Donc là encore, la réponse est dans la question ! Cessons donc d'être simplistes en ce domaine, d'autant que l'accès aux meilleurs soins pour tous devient extraordinairement onéreux avec le vieillissement de la population et l'augmentation quasi exponentielle des connaissances physiques et biologiques.

    Bien cordialement.
  • Par pmouton • Posté le 19/05/2009 à 21:49 La controverse entre maitrise médicalisée et maitrise comptable des dépenses de santé est ancienne et sans objet.

    Le problème de l'hôpital est que, public, il est géré par des décideurs non acteurs (les présidents des conseils d'administration sont les maires de communes d'implantation) pendant que dans le privé les tarifs imposés par l'assurance maladie sont sous-évalués. Rajoutez à cela quelques querelles de clocher et le tableau est déjà bien sombre quant aux perspectives d'avenir.

    Que l'hôpital ait besoin d'une meilleure administration, c'est une évidence.
    Mais le législateur, comme nous sommes en France, a traduit "MIEUX d'administration" par "PLUS d'administration". Et comme chacun sait, notre administration brille par son inefficacité et son caractère dépensier.

    D'ailleurs, si l'on souhaite "libérer les énergies" dans les hôpitaux, comme le répète notre Président, ce n'est pas en mettant un administratif dans les pieds de chaque producteur de soins qu'on y parviendra.

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