Emploi et politiques sociales

Finissons-en avec la politique des petits boulots

02 février 2012 • Bernard Zimmern

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Le président de la Fondation iFRAP plaide pour une stratégie à long terme incitant à la création d'entreprises génératrices d'emplois.

Une tribune parue dans l'édition du 1 février 2012 du Figaro.

Face à l'aggravation du chômage, résultat d'un manque de création d'emplois par l'économie française qui dure depuis plus de 30 ans et à propos duquel l'OCDE a publié de multiples alertes, c'est d'une politique à long terme dont nous avons besoin, pas de quelques rustines.
L'emploi est avant tout le fait des entreprises privées, qui en assurent un peu plus de 75 %. Et la France n'est pas la première à découvrir que ce sont des très petites entreprises que dépend l'emploi, pas des grandes entreprises qui en moyenne en perdent.

Nos stratégies à long terme ont été tragiquement absentes d'une part parce que les instituts chargés de mesurer l'état de l'économie française, notamment l'INSEE, n'ont pas rempli leur rôle  ; d'autre part parce que nos hautes administrations notamment fiscales ont tout fait pour éviter le repeuplement de nos entreprises. Nos gouvernants se sont contentés de multiplier les petits boulots qui permettent aujourd'hui de publier encore des statistiques du chômage avec un taux inférieur – de peu - à 10 % même si les personnes à la recherche d'un emploi parce qu'elles sont employées seulement quelques heures par mois représentent autour de 17 % de la population active.
L'INSEE comme le gouvernement s'obstinent à ne publier que des chiffres où le néophyte est incapable de voir que nos créations d'entreprises sont un désastre.

Ils se gargarisent des cinq à six cent milles créations d'entreprises en 2010 qui font de la France le pays le plus prolifique d'Europe, sans mentionner que la plupart sont vides d'emploi. Nous créons depuis plus de 10 ans moitié moins d'entreprises comptant au moins un salarié que les Allemands ou les Anglais et trois fois moins d'emplois nouveaux que les Allemands (105.000 par an contre 315.000 en Allemagne).

Pour les entreprises existantes, elles perdent en moyenne des emplois mais ces pertes sont plus ou moins élevées suivant le nombre d'entreprises à forte croissance, un petit pourcentage des entreprises (entre 3 et 6 %) mais ayant un énorme impact. L'INSEE se tient encore plus coi en ce qui les concerne et, sous divers prétextes, a refusé de fournir les chiffres français. Et pour cause  : entre 2005 et 2008, les entreprises françaises à forte croissance ont créé environ 600.000 emplois, les Anglais 1.350.000.

Mais comment se fait-il que nos économistes n'aient pas vu ces trous béants dans la création d'emploi en France  ? Eurostat ne produit-il pas des chiffres de l'emploi qui montrent que l'emploi en France augmente comme les emplois anglais ou allemands ? Même si c'est avec un retard de 4 à 5 millions d'emplois marchands, retard qui explique en grande partie notre déficit budgétaire  ?

La réponse nécessite d'aller regarder de plus près la nature des emplois créés en France et chez ses concurrents.

Contrairement à un mythe fort répandu, nous ne manquons pas de PME ou de grandes entreprises. Nous avons tout simplement moitié moins d'entreprises de plus de dix salariés que nos voisins nordiques. C'est toute notre chaîne d'entreprises au-dessus de 10 salariés qui est frappée de nanisme.

C'est que les créations d'emplois ont essentiellement lieu en France dans des petits boulots, notamment les services à la personne, à près de 80 % depuis 2005 contre moins de 5 % en Allemagne où la croissance de l'emploi a eu lieu dans des secteurs comme l'industrie manufacturière.

Ce résultat était-il inattendu  ?

Ce n'est pas seulement depuis 2002 avec la SARL à 1 euro de Renaud Dutreil, notamment, ou avec l'autoentrepreneur (en 2007) que les gouvernements encouragent la création d'entreprises de petits boulots. Notre haute administration avait déjà auparavant imaginé l'aide à la création de micro-entreprises avec les programmes ACCRE, EDEN ou le développement de l'ADIE.

Seulement, les emplois ainsi créés coûtent extrêmement cher. L'ADIE a longtemps nécessité en subventions de fonctionnement annuelles autant que le montant total des prêts qu'elle distribuait  ; et ACCRE ou EDEN ne sont pas moins dispendieux.

Les emplois industriels allemands présentent par ailleurs l'avantage de créer des emplois induits dans les services, qui ne coûtent aucune subvention.

Mais imaginer qu'il faille pousser ceux qui ont de l'argent à le mettre dans des créations d'entreprises à fort potentiel de croissance se heurte au mur anticapitaliste de Bercy. Le rendement d'une incitation fiscale à investir dans la création d'entreprise est dès la première année largement supérieur à son coût pour le Budget. Pourtant, la politique de Bercy depuis 40 ans a toujours été de limiter ces déductions à des niveaux ridicules. Ce qui fait le bonheur des fonds communs de placement, mais interdit les investissements directs, qui seuls sont économiquement efficaces pour créer des entreprises à forte croissance, avec un capital social de 100.000 à 1 million d'euros.

L'emploi et le chômage n'évolueront que si la France prend conscience du fait que créer les entreprises de croissance dont nous avons impérativement besoin nécessite une politique d'encouragement qui ne peut pas être une politique fiscale des petits bras et des petits boulots.

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