Emploi et politiques sociales

Faire grossir les PME : une fausse piste

Une nouvelle chimère de la politique économique française

21 juillet 2008 • Bernard Zimmern

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Soudainement, il y a deux ans, les milieux économiques et politiques découvrent une nouvelle
explication fort séduisante à l'atonie économique de la France. Notre économie manquerait de PME,
ce qui aurait pour conséquences, entre autres, un taux d'emploi insuffisant, une balance des exportations
déficitaire, des taux de prélèvements obligatoires trop élevés pour couvrir la dépense publique.

La valse des rapports, signés
par des personnalités connues,
comme de coutume, bat son
plein au rythme de 1 à 2 par an. Le
gouvernement de Villepin et son
ministre des PME, Renaud Dutreil,
bricolent alors, à grand renfort de
communication, des mesures pour
stimuler le développement de nos
PME, éviter qu'elles restent naines
et ne puissent concurrencer leurs
homologues allemandes. Cette idée
ne s'est malheureusement pas tarie
puisqu'elle imbibe encore la politique
du gouvernement Sarkozy.
Pourtant, les doutes les plus grands
peuvent être émis sur la validité de
cette théorie. En effet, une comparaison
fine avec le Royaume-Uni
qui, malgré un déficit commercial
important, affiche pourtant
une santé économique insolente,
apporte un éclairage bien différent.
Les statistiques prouvent que nous
avons autant d'entreprises moyennes
en France que chez nos voisins
d'outre-Manche et que les emplois
sont comparables, voire légèrement
supérieurs, pour les entreprises de
moins de 2 000 personnes (voir graphique
1).


C'est à partir des catégories
de taille supérieure, que l'écart
se creuse avec les Anglais, à leur
avantage, et qui est flagrant pour les
entreprises de plus de 20 000 salariés.
Ce déficit en grandes entreprises
expliquerait à lui seul un écart
de près de 2 millions d'emplois marchands
entre nos deux pays !

La filialisation
n'explique pas ce déficit

Une théorie souvent avancée pour
expliquer ces différences et réhabiliter
la théorie du manque de
PME, est de supposer que les grandes
entreprises françaises seraient
éclatées entre une multitude d'entreprises
filialisées. Ainsi, nos grandes
entreprises, comme le groupe
Bouygues (122 000 salariés dans le
monde, 75 000 en France) seraient
en fait formées d'une multitude de
moyennes entreprises. Cette théorie,
bien que séduisante, ne résiste
pas à l'épreuve des statistiques. En
effet, le nombre de groupes est
supérieur au Royaume-Uni, d'un
rapport variant de 1,1 pour la tranche
(1 000 - 2 000) à 3,6 pour les
entreprises de plus de 50 000 salariés
(voir graphique 2).


On s'aperçoit
également que le taux de filialisation
est toujours supérieur ou
égal en Grande-Bretagne. Par rapport
à son voisin, la France possède
donc moins de groupes comprenant
moins d'entreprises, quelle que soit
la taille de celles-ci.
La comparaison du nombre d'entreprises
en fonction du secteur
d'activité (graphique 3) est encore
plus convaincante.


Certes, l'industrie
française perd des emplois,
mais le nombre d'entreprises
dans ce secteur est globalement
le même qu'au Royaume-Uni. Et
pourtant, la santé de l'économie
anglaise n'a pas à pâlir devant celle
de l'Allemagne ! Ce sont bien les
secteurs des services qui font la
différence entre la Grande-Bretagne
et la France, en nombre d'entreprises
de plus de 2000 salariés,
et donc en nombre d'emplois !
La France ne se différencie de
l'Angleterre que dans le secteur administratif, avec une sur représentation
caractérisée, émanation
de notre fameux modèle social.
La France n'a pas de Mittelstand
allemand, mais l'exemple de la
Grande-Bretagne démontre qu'il
est possible de créer une économie
dynamique à partir du développement
des services.

Des raisons au nanisme
de nos gazelles

L'analyse des séries officielles des
créations d'entreprises et de l'emploi
dans le secteur de l'innovation
technologique (voir graphique 4)
montre que ces secteurs, en France,
ne créent pas d'emploi. En effet,
malgré un rythme de création
d'entreprises évoluant à la hausse
depuis 1997, l'emploi dans ces
secteurs reste assez stable voire à
la baisse depuis 4 ans, autour de
1,6 million d'emplois.


Or, depuis trente ans, l'État français
est parti avec l'idée fausse
que c'est l'innovation technique
et technologique pure qui crée
des emplois, ce qui a conduit à
la création et la croissance de
l'agence publique Anvar (désormais
Oséo-Innovation), certes,
mais pas à favoriser la croissance
de l'emploi marchand. C'est bien
l'innovation qui crée des emplois,
mais surtout celle qui conduit à
proposer de nouveaux services et
de nouveaux produits. Quand la
politique économique française
s'appuiera-t-elle sur des faits
quantifiés et non sur les chimères
de ses étatistes ?

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