Emploi et politiques sociales

Evolution des effectifs syndicaux en France

31 octobre 2006 • Bernard Zimmern

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La DARES, la direction études et recherche du ministère de l'Emploi, de la cohésion sociale et du logement, avait organisé le 20 octobre une journée de travail au cours de laquelle ont été présentés les principaux travaux financés par cette direction sur "L'évolution des syndicats en France : 1990-2005".

Il est difficile de résumer en quelques lignes une journée qui fut particulièrement riche et nous voudrions seulement rendre compte brièvement de quelques résultats d'une équipe de recherche assez connue des lecteurs de Société Civile, celle de Dominique Labbé (CERAT-IEP de Grenoble) et D. Andolfatto (GREP-Université Nancy II).

Dominique Labbé est ce chercheur du CERAT, laboratoire associé au CNRS, qui a publié, entre autres, un petit livre chez L'Harmattan en 1996 Syndicats et syndiqués en France depuis 1945.

Il y donnait les seules estimations solides des effectifs des syndicats et jetait aussi un certain nombre de lueurs sur le fonctionnement réel de nos syndicats, notamment sur le népotisme qui règne dans certains d'entre eux. Il s'interrogeait en conclusion sur un syndicalisme sans syndiqués, car, hors de la fonction publique, il a quasiment disparu de pans entiers des entreprises du secteur privé.

Nous nous étions nous-mêmes beaucoup inspirés des résultats de ses travaux pour essayer de comprendre pourquoi nous en étions arrivés à La dictature des syndicats (Albin Michel 2004) et les différences avec le syndicalisme européen d'autres pays où il continue de prospérer comme en Suède.

Le travail de ces chercheurs est important car il existe sur la véritable représentativité des syndicats et leur poids relatif un véritable mur de silence. Ceci provient d'abord de ce que les syndicats sont la seule institution française qui n'a pas à tenir de comptabilité et n'est donc pas contrôlable par la nation malgré la masse de crédits publics ou d'aides indirectes massives (mises à disposition de fonctionnaires qui continuent d'être payés par leurs administrations) qu'ils reçoivent. Les syndicats ont donc tout intérêt à gonfler les chiffres officiellement déclarés de leurs adhérents. Si l'on ajoute tous leurs chiffres comme l'a remarqué D. Andolfatto, on arrive à un total d'environ le double de toutes les estimations et qui n'est pas crédible.

C'est donc à un véritable travail de fourmi auquel il faut se livrer pour essayer de parvenir à des estimations raisonnables, en utilisant tout ce qui est publié, en particulier les "timbres" des cotisants et en prenant appui sur les chiffres d'un syndicat qui essaie d'être le plus transparent : la CFDT.

Sur cette base, et avec toutes les réserves qu'il faut exprimer sur des chiffres qui ne sont au final que des estimations les plus honnêtes possibles, le nombre total de syndiqués en France au début du XXIe siècle serait de 1,5 million pour environ 22,5 millions de salariés, publics ou privés soit un taux de syndicalisation de 6,5%.

Ce chiffre est non seulement l'un des plus bas du monde occidental (cette remarque est du signataire de ce compte-rendu), il traduirait aussi une continuation de la chute du nombre de syndiqués, même si cette chute s'est ralentie. [1]]

Sur la base des chiffres qui ont été présentés et en attendant une éventuelle publication officielle, les effectifs de la CGT et de la CFDT seraient du même ordre de grandeur, autour de 600.000, FO n'atteindrait pas 400.000 et l'on voit émerger l'UNSA comme le quatrième syndicat le plus important.

Un observateur extérieur est également frappé qu'un syndicat qui réussit régulièrement à bloquer la France, Sud Rail, apparu en 1995, ne compterait que 7000 adhérents même si ses effectifs se sont considérablement accrus depuis les 2000 syndiqués de sa création.

[1] On observe que cette chute n'est pas propre à la France mais affecte la plupart des pays, même les Etats-Unis. Elle est vraisemblablement liée au changement fondamental d'une civilisation de production vers une civilisation de services. [NDLR

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