Emploi et politiques sociales

Entreprises : l'equity gap français

09 juin 2011 • Bernard Zimmern

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Les entreprises font face à plusieurs moyens de financement lors de leur création, à savoir : le capital personnel de l'entrepreneur, les Business Angels et le capital risque. Cependant, bien qu'ayant lieu dans les premières étapes de la vie d'une société, chacun de ces financements intervient à des moments distincts selon le niveau d'investissement à réaliser dans l'entreprise. Ainsi, pour chaque type de financement, nous avons estimé les montants investis en France ainsi que la distribution de ces investissements selon leur niveau. Pour ceci, les investissements réalisés par les créateurs d'entreprises et leurs proches, ou capital informel, sont estimés par le capital social des entreprises à leur création. Ce capital social n'est pas forcément le capital libéré, mais il est une bonne estimation par excès de l'argent investi dans la création d'entreprises par son créateur, ses proches et les Business Angels.

L'equity gap (ou trou de financement) français est de l'ordre de 4 Mds€ (chiffre confirmé par le retard en création d'emplois sur les Allemands de l'ordre de 200.000 par an et un capital par emploi créé d'environ 20.000€).

Pour les investissements réalisés par ces derniers, il existe peu d'information disponible. Ainsi, il n'y a aucun chiffre sur les Business Angels indépendants ne serait-ce que par le fait que ceux qui existent opèrent souvent à travers des structures compliquées imposées par la complexité du code fiscal et les menaces de redressement que font peser l'ISF. Seuls les chiffres des investissements faits par les réseaux de Business Angels sont connus : en 2009, 60 millions d'euros mobilisés et le double investi grâce à des apports de crédits extérieurs. Si la part des Business Angels dans le capital informel se situe comme aux Etats-Unis (concentré sur 10% des entreprises), les fonds apportés par les Business Angels français seraient inférieurs au milliard d'euros, dont 60 millions sont apportés par les réseaux.

Enfin, pour le venture capital, nous avons utilisé les données de l'AFIC sur les investissements du capital investissement en France. Nous savons que les investissements réalisés par le capital investissement sont suffisants en France, mais ces investissements ne sont pas utilisés pour assurer l'amorçage des nouvelles entreprises.

Ces données aboutissent au graphique suivant :


Montants totaux investis par tranche de capitaux

Ainsi, à gauche sont représentés les montants totaux des capitaux sociaux des entreprises françaises créées en 2004 par tranches de capitaux (exemple 850 millions € pour des tranches moyennes de 32 000 €) et à droite les montants investis en 2008 par les sociétés de capital investissement membres de l'AFIC par tranches d'investissement. Bien que les données utilisées ne traitent pas de la même année, ceci n'affecte en rien la présence du trou de financement car les montants totaux des capitaux sociaux des entreprises françaises évoluent peu au fil des années. Nous pouvons voir que ces deux distributions ne se coupent pas. C'est ce que nous appelons le trou de financement ou equity gap.

L'equity gap français est donc de l'ordre de 4 Mds € (chiffre confirmé par le retard en création d'emplois sur les Allemands de l'ordre de 200 000 par an et un capital par emploi créé d'environ 20 000€).

Ce trou de financement peut également être mis en avant par la forme de la structure de financement des différentes étapes de la création d'entreprise en France comparée à celle des Etats-Unis. En effet, alors que les États-Unis ont une structure de financement pyramidale (si nous suivons l'ordre chronologique des investissements), la structure de financement française a une forme de « yoyo ».


Ce « yoyo » français existe si l'on considère seulement les montants investis par le capital investissement dans le capital risque et le capital développement (2,4 Mds €) et non les investissements totaux du capital investissement (10 Mds €). Une part importante du capital investissement est en effet investie en LBO faute d'opportunités d'investissement en développement.

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