Emploi et politiques sociales

Discours de Nicolas Sarkozy à Versailles

Contrôle de la dépense et création d'emplois :
deux thèmes ignorés des commentateurs

23 juin 2009 • Bernard Zimmern

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L'exercice auquel s'est livré le Président de la République ce lundi 22 juin 2009 était particulièrement difficile dans un pays plus habitué à critiquer qu'à proposer ; rester dans les généralités et se faire reprocher de rester dans la grande tradition des discours électoraux à la Française, riches en volitions, en vœux pieux ; ou évoquer des mesures précises et soulever immédiatement l'ire de tous les intérêts qu'une mesure précise génère forcément.

Les différents commentateurs mettront l'accent sur l'un ou l'autre de ces aspects en fonction de leurs affinités et sensibilités politiques.

Pour nous, nous voudrions insister sur deux points qui marquent ce discours, l'un parce qu'il fut exprimé avec clarté, l'autre à cause de son absence.

Le premier exprimé juste avant d'évoquer un grand emprunt est :
"Nous ne pouvons pas laisser un euro d'argent public gaspillé. Je demande au parlement de se mobiliser pour identifier tous les dispositifs inutiles, toutes les aides dont l'efficacité n'est pas démontrée, tous les organismes qui ne servent à rien. Prenez le temps d'en débattre avec le Gouvernement à la rentrée afin que des décisions fortes puissent être prises avant la fin de l'année".

C'est la première fois à notre connaissance qu'un chef de l'Etat évoque le rôle du Parlement dans le contrôle de la dépense publique, faisant probablement allusion à l'amendement voté dans la réforme constitutionnelle de l'été 2008 qui pose dans son article 24 "Le Parlement (…) contrôle l'action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques" et la création en conséquence du Comité d'Evaluation et de Contrôle, le CEC, auprès de l'Assemblée nationale.

Pour l'iFRAP, qui depuis 1999 demande que le Parlement se ré-empare du contrôle de la dépense publique et des administrations, cette petite phrase est essentielle en marquant que le gouvernement ne se contentera pas de la RGPP, mais veut mobiliser beaucoup plus large.

L'autre point qui, lui, manque dans le discours, est l'absence de mesures essentielles pour réussir la croissance interne.

Le Président a repris tous les thèmes qui ornent le discours sur la croissance depuis 30 ans : l'investissement, la formation, la recherche, etc., mais en donnant dans ces efforts un rôle essentiel à l'Etat ; dans la vision sarkozienne, l'Etat apparaît comme le grand initiateur à travers le Grenelle de l'environnement, le Grand Paris, la réindustrialisation des bassins d'emploi en difficulté.

A aucun moment le Président ne semble avoir inscrit dans ses impératifs celui de s'appuyer sur les initiatives des Français et sur la plus importante : le financement de la création d'entreprises. Il parle toujours de financements par l'Etat, jamais d'inciter les particuliers à investir par des avantages fiscaux, une voie beaucoup plus efficace pour l'argent public.

A aucun moment il n'a rappelé que, OCDE dixit, nous avons un retard de plus de 10 % de la population active au travail dans le secteur marchand. Il a bien dit qu'il se refusait à une politique de rigueur et à l'accroissement des impôts ; mais il n'a pas dit que pour revenir à l'équilibre budgétaire, les seules mesures de contrôle de la RGPP, même doublées par le Parlement seraient insuffisantes, que notre seule sortie est de créer les 5 à 7 millions d'emplois marchands qui nous manquent

Mais ne lui jetons pas la pierre. Les hommes politiques s'appuient forcément sur les analyses et des prescriptions de nos économistes. Or ceux-ci sont particulièrement silencieux, peut-être parce qu'ils sont aveugles, sur les vraies causes du chômage français et les raisons du manque de création d'entreprises et d'emplois.

En charger l'Etat est une erreur, car depuis 30 ans que l'Etat s'est emparé de la création d'entreprises et de l'innovation, le chômage n'a pas régressé, au contraire.

Si l'iFRAP a une mission primordiale – à côté de celle d'aider le CEC à identifier les dépenses inutiles – c'est bien de faire comprendre pourquoi nous ne créons pas d'emplois marchands et de proposer les mesures nécessaires.

Commentaires

  • Par serge • Posté le 29/06/2009 à 21:54 voici le président du pôle cap digital. S'ils sont tous comme cela, cela promet.
    http://www.dailymotion.com/video/x996hd_itw-henri-verdier_tech
    Les pôles sont pour l'instant des associations (c'est un début). Le numérique est prôné pour l'emprunt national et les dépenses publiques.
  • Par Sarah • Posté le 27/06/2009 à 13:45 Il y a eu la création des agences comme ANR pour Agence nationale de la Recherche (on se demande à quoi elle sert aujourd'hui), l'ADEME, etc. Il y en a partout. Maintenant les pôles ou clusters peu importe. Mais c'est de la folie. C'est pire qu'avant. Le pauvre entrepreneur en a ras le bol de tous ces guichets. Sans compter les centres d'innovation ou "agence d'innovation" créées par les conseils régionaux eux-mêmes. Mais qu'ils arrêtent !!! Parce que de toute façon, que ce soit par l'impôt national, l'impôt local ou l'emprunt maintenant... on nous fait toujours payer. Au moins avec Oséo et sa garantie qui pousse les banques à jouer leur rôle, on n'a pas ce problème. Il y avait eu d'un côté une tentative d'économie en regroupant BDPME, ANVAR, SOFARIS, AII... chez Oséo avec la Caisse des dépôts. C'était bien. C'était raisonnable, pour une fois... Et maintenant on voit fleurir des tas de nouvelles agences, qu'on appel "pôles" (bah voyons). On nous prend pour des niais ?
    Pourquoi Chatel s'est empressé de se retirer de l'industrie à votre avis ? Parce que ça sent encore plus le roussi qu'à l'Education nationale. C'est tout dire. C'est à Estrosi que revient le sale boulot d'annoncer ce que coûtent désormais les 68 pôles dont il a favorisé la création, sous la direction de Nicolas Sarkozy, en 2005 (au ministère de l'intérieur et de l'aménagement territorial). Quelle gaspillage.
  • Par Fabien • Posté le 26/06/2009 à 19:42 Pour répondre à Philippe et à vous-même, j'ai quelques chiffres qui sont d'ailleurs publics. Les pôles représentent un investissement d'Etat de plus de 1 milliard d'euros sur trois ans (jusqu'en 2010). Il y a déjà eu plus d'un milliard d'euros de dépensés entre 2005 et 2007. Les pôles de compétitivité (17 d'entre eux sur 70) ont demandé une rallonge supplémentaire de 1 milliard d'euros pour les trois prochaines années. Cela fait donc déjà 2 milliards... Avec l'emprunt d'Etat, ce sera encore davantage biensûr (3 ? 4 milliards ?). Le Premier ministre, François Fillon, vient de dire clairement à l'Express que l'emprunt servira prioritairement à financer ces pôles et les projets d'innovation qu'ils labelliseront.
    http://www.lexpress.fr/actualites/2/francois-fillon-lance-des-pistes-sur...

    A cela s'ajoutent les financements apportés par les conseils régionaux eux-mêmes (je n'ai pas les chiffres, mais on peut penser qu'ils représentent une centaine de millions d'euros complémentaires).

    Enfin, ce sont les DRIRE (directions régionales du ministère de l'Industrie) qui travaillent directement pour ces pôles, sous la houlette de la DGCIS (direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services) dirigée par Luc Rousseau actuellement.
    http://www.industrie.gouv.fr/poles-competitivite/brochure.html#soutiens

    La direction générale de la Compétitivité, de l'Industrie et des Services (DGCIS), ex-DGE, conjointement avec la délégation interministérielle à l'aménagement et à la compétitivité des territoires (DIACT), assure le secrétariat du groupe de travail interministériel (GTI) responsable de la mise en œuvre, de l'animation et du suivi de la politique des pôles de compétitivité.

    C'est ce qu'indique leur site
    http://www.industrie.gouv.fr/poles-competitivite/sommaire.html
    La CDC apporte un soutien. Et Oséo est impliqué, parce que de nombreuses PME aujourd'hui labellisées par les pôles ont été longtemps soutenus par OSEO innovation (ex-Anvar). Mais Oséo ne met pas de budget très important sur les pôles. Le budget des pôles est représenté par le FUI (Fonds Uniques Interministériel), donc c'est bien à part.
    Quand on fait le calcul, il y avait en moyenne 100 à 15O millions d'euros annuels pour l'ex-Anvar autrefois (voire moins : 90 millions d'euros en 2002/2003)... pour toutes les régions. C'est tout à fait faible par rapport au volume d'aides d'Etat drainées par les pôles, avec des difficultés à évaluer tout cela. Peut-être qu'Oséo sera mis à contribution pour suivre la gestion de tout cela et évaluer. On ne sait toujours rien sur le fait que ce FUI soit transféré ou non à Oséo d'ici fin 2009.
  • Par Bernard Zimmern • Posté le 26/06/2009 à 17:19 Avez-vous des données sur les résultats des pôles? Nous sommes très demandeurs

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