Emploi et politiques sociales

Développer les entreprises à fort potentiel de croissance et leur financement

Colloque "Une comparaison France - Royaume-Uni. Le retard français : 7 millions d'emplois."

25 février 2004 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Nous ne croyons pas que l'emploi se joue sur les personnes physiques, mais sur les "gazelles". L'été dernier, nous avons demandé au PH Groupe de mener une étude pour comparer précisément les gazelles françaises et les gazelles anglaises. Pour simplifier, les gazelles sont définies comme des entreprises créées au départ avec au moins 100 K€ de capital, c'est-à-dire des entreprises qui ne sont pas créées par nécessité. Lorsque vous créez une entreprise par opportunité, vous voulez de l'argent parce que, pour réussir, il en faut, donc l'un va avec l'autre.

La Grande-Bretagne crée environ 6000 gazelles par an contre 3000 en France mais les Anglais font aussi beaucoup plus de créations d'entreprises sous forme de filialisation. Une entreprise se détache de la maison mère et ne peut pas, de ce fait, être comptée comme une entreprise vraiment nouvelle puisqu'elle n'apporte pas d'emplois nouveaux sur le marché du travail. Après des corrections statistiques sur lesquelles je passerai, nous sommes arrivés à un chiffre de 4500 gazelles en Grande-Bretagne mais ceci ne rend pas compte exactement de la réalité.

En effet, l'argent mis au service de ces 4500 gazelles est beaucoup plus important que celui mis au service des 3000 gazelles françaises. L'estimation de l'IFRAP, à partir des statistiques communiquées par le PH Groupe, est de 1,5 milliards € par an en France contre 10 à 15 milliards en Grande-Bretagne. Si la population américaine était ramenée à l'échelle française, cela représenterait pour eux une mise de 20 milliards €. Les gazelles sont non seulement moins nombreuses en France mais également sous-capitalisées et ceci traduit inéluctablement le fait qu'elles ne produisent pas du tout le même nombre d'emplois que les gazelles anglaises.

Il est fondamental de se dire qu'en 2004, nous ne pouvons pas créer par opportunité une entreprise qui crée des emplois et qui croît, sans visée nationale ou internationale et, pour cela, il faut de l'argent pour avoir des équipements et de la technologie. Il est à noter par exemple que la stratégie japonaise pour redresser le pays a consisté à développer des activités très consommatrices de capital car c'était la seule façon de concurrencer la Chine qui a une main-d'oeuvre très bon marché mais qui n'a pas les capitaux suffisants. Il faut des entreprises très capitalisées, comme par exemple pour les écrans plats qui exigent énormément d'argent. Les Japonais se sont ainsi créé des secteurs que les Chinois et la main-d'œuvre bon marché ne peuvent pas concurrencer. C'est exactement la politique que nous devons mener pour développer les gazelles.

Les chiffres de comparaison en matière d'emplois montrent que les gazelles françaises en ont produit 35.000 à leur création, contre 80.000 pour les Anglais et l'écart va prodigieusement s'accroître dans les 5 à 7 ans à venir. Les gazelles françaises vont se développer très peu, jusqu'à environ 50.000, alors que les Anglais vont parvenir à 150.000 grâce à un apport d'argent 2 à 4 fois plus élevé. Nous avons constaté qu'il y avait 6 millions d'emplois supplémentaires créés en 20 ans par les Anglais par rapport à la France, soit 300.000 par an en moyenne.

En première approximation, dans cette croissance annuelle de 300.000 emplois, 100.000 s'expliquent par le fait que les Anglais savent créer des gazelles bien capitalisées. Une autre partie s'explique par les emplois induits car les gazelles s'entourent de sous-traitants. D'autre part, nous estimons que 100.000 emplois supplémentaires ont été créés du fait que les Anglais ont privatisé le secteur public qui est passé de 7 millions d'emplois à 5 millions par privatisation pendant que, parallèlement, l'emploi marchand augmentait. Ceci dit, je ne prétends pas avoir une explication définitive mais c'est vraisemblablement ce qui s'est passé en Grande-Bretagne.

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Cet article fait partie du colloque Une comparaison France - Royaume-Uni. Le retard français : 7 millions d'emplois.

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