Emploi et politiques sociales

Des techniques en perpétuelle évolution

Colloque "Hôpital public : quel avenir ?" Partie I. 1

23 mars 2005 • Agnès Verdier-Molinié

arton487.jpg

Par Bernard Debré. Chef du service urologie à l'hôpital Cochin, Paris

La médecine évolue, et l'hôpital ? Non l'hôpital n'évolue pas !

La médecine évolue, bien évidemment ! Nous ne sommes plus à la médecine de mon grand-père qui a pourtant fait une réforme hospitalière extraordinaire et certainement merveilleuse à cette époque. Cela dit, la médecine évolue ; elle est devenue de plus en plus technicienne, même si nous avons l'ardente obligation d'avoir cette médecine humaine qui nous est encore enseignée aujourd'hui, qui comprend le contact avec le malade, le discours et l'examen.

La médecine évolue avec les scanners, les IRM, etc. et aussi grâce aux technologies utilisées pour opérer, les céliochirurgies, les chirurgies par ordinateur. La médecine évolue, parce que les médicaments évoluent. Ils sont de plus en plus sophistiqués et vont traiter telle ou telle pathologie, mais pas comme auparavant. Les médicaments du futur vont traiter différentes maladies chez telle et telle personne, il y aura un ciblage.

Toutes ces technologies et ces médicaments vont coûter très cher et c'est justement cela le problème. Les dépenses d'assurance maladie, c'est à 50 % des dépenses hospitalières. Nous, hôpitaux publics, nous avons l'ardente obligation d'avoir les technologies les plus sophistiquées. Comment pourrions-nous dire à un malade qu'il sera traité avec les technologies d'il y a 25 ans et pas avec les technologies modernes parce qu'elles coûtent trop cher ? Il faudra bien entendu faire des choix sur des plateaux techniques modernes, sophistiqués, avec des médecins, des infirmières, des techniciens qui seront adaptés à ces nouvelles technologies de plus en plus sophistiquées.

La médecine évolue aussi car les malades et les maladies évoluent. Bien entendu, il y a des pathologies anciennes et classiques comme les appendicites, hernies, adénomes de la prostate, cancers, etc. Mais apparaissent le SIDA, l'Alzheimer, des maladies dégénératives. Les malades sont de plus en plus âgés et de plus en plus lourds. Ce n'est plus du tout le même hébergement, la même médecine, le même abord, pas plus que le même dialogue avec la famille.

Vous avez d'un côté des techniques qui évoluent et qui permettent de réduire de façon drastique la durée de séjour, deux, trois jours, voire même des hospitalisations de jour, et des hôpitaux spécialisés dans ce genre de technologies. Et puis vous avez des malades qui doivent rester des semaines, des mois et qui doivent, après, trouver des hébergements pour personnes âgés dépendantes. Mais nous ne sommes pas prêts, nous n'avons pas développé ce type de médecine.

L'évolution des malades et les maladies vient aussi de l'obligation que nous avons de faire une médecine préventive. C'est un mot que nous avons toujours oublié en France. Il n'y a pas ou peu de médecine préventive et pourtant il devrait y avoir, dans notre pays, des centres de médecine préventive.

Les malades comme les maladies évoluent, mais l'hôpital reste figé dans une ère de glaciation extraordinaire, avec des structures identiques dans quasiment tous les hôpitaux, avec une inflation administrative (de plus en plus de directeurs et directeurs adjoints). Le pouvoir médical est en train de céder la place à un pouvoir administratif. Dans tout cela, le malade est un peu perdu de vue. Il y a une connivence entre les politiques de Droite comme de Gauche qui ne veulent rien changer, et les malades eux-mêmes qui disent "nous sommes un pays tellement conservateur que nous ne voulons pas trop changer". Les médecins eux-mêmes ne savent plus très bien à quel saint se vouer. Ils ont subi des dizaines et des dizaines de réformes. C'était le PMSI, maintenant voici la T2A. Mais ce sont des thermomètres qu'on nous donne, il n'y a pas de décision quant à savoir ce qu'il faut faire, ni ce qu'il faut envisager.

L'hôpital ne bouge pas, il reste figé. Vous pouvez aller partout en France, il y a quelquefois des peintures neuves, mais il y a la même mentalité, la même structure. Finalement, c'est sur ce thème de la mobilité, de la capacité d'inventer, que nous devons faire cette table ronde et peut-être même cette soirée. Y a-t-il une possibilité, pour l'hôpital, d'évoluer ? C'est cela qui me semble être la question principale. Mais, on va me répondre très vite "ce n'est pas l'hôpital d'évoluer, ce sont les gens qui vivent à l'hôpital, ce sont ceux qui travaillent à l'hôpital, ce sont les hommes politiques qui ont la responsabilité de l'hôpital". C'est de ceux-là dont nous devons parler et j'espère que, ce soir, nous sortirons avec des messages clairs.

Je suis un optimiste et un pessimiste. J'ai beaucoup travaillé depuis 1981 avec certains d'entre vous. Nous étions tout feu tout flamme en disant que nous allions révolutionner le monde. Nous sommes encore tout feu tout flamme et nous parlons toujours de la même chose, des mêmes maux, nous envisageons toujours les mêmes solutions. Si, plus de vingt ans après, nous parlons encore des mêmes maux et des mêmes solutions, c'est que nous n'avons pas mis en application les solutions. On a parlé de la T2A, du PMSI il y a quelques années. On avait même parlé avec Michèle BARZAC, à un moment donné et à juste titre, de nommer les chefs de service pour une durée déterminée, ce qui permettait de les évaluer et évidemment de les promouvoir au mérite, ou du moins de ne pas les promouvoir s'ils étaient mauvais. Tout est resté lettre morte. Jamais un chef de service, sauf peut-être pour incapacité physique ou psychique, n'a été évalué, ni mis en question, ni promu. Jamais rien ne s'est passé parce que nous sommes dans une époque de glaciation.

Il y a des techniques en perpétuelle évolution mais, maintenant, elles nous dépassent puisque la seule chose qui ne soit pas en évolution, c'est l'hôpital qui héberge ces techniques.

Cet article fait partie du colloque sur l'avenir des hôpitaux public.

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.