Emploi et politiques sociales

Débat avec la salle - Existe-t-il encore un modèle social français ?

02 mai 2006 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Perrin Pelletier

Il y a, dans les fonds d'assurance-vie, près de 1 000 milliards et l'amendement Fourgous a permis d'investir, en partie en actions, des fonds qui étaient auparavant investis en obligations. Cette excellente idée mériterait d'être approfondie et un groupe de travail devrait essayer de voir s'il n'y a pas moyen d'activer encore ces milliards. Ce qui aura également l'intérêt de mettre l'argent dans des actions et de rendre un peu plus difficile le financement du déficit de l'État.

Jean-Michel Fourgous

Il nous a été très difficile de faire accepter cet amendement et d'obtenir que l'État perde momentanément une recette pour prendre le risque de transférer une partie de l'argent de l'assurance-vie (50 à 100 milliards d'euros) qui dormait, sur des investissements productifs, donc sur l'entreprise.

Nous sommes évidemment intéressés d'avoir un groupe de travail qui approfondisse la question, d'autant que nous n'avons pas de fonds de pension. Actuellement, on privatise en France sans avoir les outils de la liberté économique et ce sont les fonds de pension américains qui rachètent les entreprises. Nous voudrions maintenant faire de l'épargne salariale et il me semble qu'il y a un potentiel d'une cinquantaine de milliards d'euros par an pour soutenir notre industrie, à condition que tous les acteurs en soient d'accord.

Geoffroy Roux de Bézieux

Je voudrais signaler que nous ne sommes pas encore dans l'exécution parfaite pour ce qui concerne les deux milliards d'euros promis au non-coté, même si l'intention demeure. La difficulté pour obtenir un premier baromètre de la FFSA (Fédération française d'assurance) montre que malgré l'amendement, malgré les directives claires et l'accord qui a été signé, la mécanique met un peu de temps à se mettre en place. Le comité proposé par Jean-Michel Fourgous pourrait sans doute être également très actif dans le suivi des premiers engagements.

Jean-Michel Fourgous

Il est bien de le rappeler ; un engagement a été pris vis-à-vis des petites entreprises et vous en êtes à peu près à 50 % de vos objectifs.

Monsieur MADER

Il est évident, dans tout ce que vous avez défini au cours de cette journée quant à l'importance de l'entreprise, que la population française n'a pas majoritairement une compréhension de ces sujets. Pour que notre société française puisse enfin adhérer à des réformes indispensables, il faut qu'elle reçoive ce minimum d'éducation. Les vecteurs en sont la radio et surtout la télévision, et ce n'est malheureusement pas le langage que pratiquent les animateurs de ces deux médias. Avez-vous des moyens pour y remédier et pour qu'enfin nous entendions les vérités ?

Geoffroy Roux de Bézieux

Je crois vraiment à la vertu de l'exemplarité. Tant que les Français n'auront pas l'impression que l'entreprise est un lieu auquel ils peuvent tous accéder et qu'elle est un véritable système équitable, ils la rejetteront. Pour moi, 51 % des Français sont opposés à l'économie de marché, car ils pensent que le jeu est truqué, mais il ne me semble pas que la faute en soit à imputer aux médias. Le capitalisme français n'est pas actuellement un modèle d'équité, en tout cas, il n'est pas perçu comme tel ; c'est sur cet aspect-là qu'il conviendrait de communiquer afin de donner aux Français ce sentiment de justice qu'ils n'ont pas.

Denis Gautier-Sauvagnac

Certains d'entre vous ont peut-être pu remarquer que l'UIMM avait condamné cet employeur qui avait dévoyé le CNE en se séparant d'un salarié dans des conditions absolument anormales et qui n'avaient rien à voir avec ce que prévoit le CNE. Il est en effet extrêmement important que le monde de l'entreprise ait un comportement inattaquable. Que l'on soit entrepreneur ou salarié, nous avons une éthique et c'est cette éthique qu'il faut mettre en avant, y compris à la tête des entreprises, et nous nous y employons avec nos faibles moyens.

Jean-Michel Fourgous

Il est sûr qu'il y a dans ce pays un déficit de culture économique. Dans son discours de politique générale, M. Maurois avait, en 1980, associé neuf fois les termes « économique » et « social ». En 1997, Lionel Jospin avait associé ces mots seulement deux fois. Ce mot « économique » pose problème dans la classe politique, à l'Éducation nationale, dans la presse où il y a très peu de journalistes de culture économique. La France a un handicap vis-à-vis de sa culture économique. À l'Assemblée nationale, il n'y a qu'une centaine de députés de l'entreprise, il en faudrait bien davantage. Vous-mêmes, devez dire votre sentiment. Les gens qui parfois nuisent à cette image économique de la France parlent, mais vous, vous ne parlez pas suffisamment.

Je vous donne lecture d'un tract que l'on distribue dans les entreprises : « Ne reste pas seul face à ton exploiteur, syndique-toi ! »

On apprend aux enfants dans certaines écoles que l'État produit la richesse. Dans une classe de terminale, un professeur d'économie explique qu'un chef d'entreprise est là pour spolier ses actionnaires. Il est évident que nous ne pouvons pas rester insensibles et il faut que le monde de l'économie, le monde de l'entreprise se mobilise et pousse un cri d'indignation devant les médias. Il n'est pas acceptable que la dimension morale de l'entreprise ne soit pas considérée. J'ai entendu un parlementaire, élu au suffrage universel, oser dire en séance publique, « il faut faire rendre gorge aux chefs d'entreprises ». De tels propos sont inacceptables et nous devons culturellement remédier à de telles déviances. Stigmatiser l'entreprise est devenu un jeu national français extrêmement pervers, mettant à mal l'entreprise et donc le modèle social.

Nous vous avons cité l'exemple de pays qui ont réussi, il vous a été expliqué le rôle de plus en plus important qu'ont à jouer les gens qui viennent du monde économique. Il va falloir poser le débat de l'élection présidentielle et aller vers le productivisme, le répartitionnisme, c'est terminé ! Avec 50 milliards de déficit budgétaire, il faut être capable d'expliquer comment produire de la richesse. La réflexion sociale et fiscale européenne fera également avancer le débat en France ; vous êtes dans un pays où il va se passer quelque chose. Des gens ont envie que cela bouge, je vous laisse seuls avec votre conscience.

La mondialisation est une forme de guerre mondiale économique. Dans un tel monde, seule la compétitivité de nos entreprises garantit notre protection sociale. Rien d'autre n'est plus prioritaire, donc aidez-nous à la protéger, à la valoriser, à la faire reconnaître pour que tous les Français en soient fiers et ne passent pas leur temps, pour certains, à démolir systématiquement l'outil de travail, le monde de l'entreprise, le capital.

Cet article fait partie du colloque Existe-t-il encore un modèle social français ?

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