Emploi et politiques sociales

DARES : le taux de syndicalisation recule

11 octobre 2018 • Samuel-Frédéric Servière

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Les derniers chiffres que vient de publier la DARES sont sans appel, le taux de syndicalisation baisse à nouveau en France en 2016. Par rapport au dernier pointage réalisé en 2016 sur des chiffres 2013, la décroissance semble à première vue timide : 10,8% pour l’ensemble des salariés contre 11% trois ans plus tôt. En réalité cette moyenne nationale cache des différences sensibles entre les différents secteurs (marchand 8,4%/non marchand 18,7%), mais aussi les âges des employés. Explications :

La syndicalisation sur longue période

Le taux de syndicalisation en France a subi depuis 1949, une chute historique. Avec en 2016 un taux de 10,8%, la dernière situation connue s’affaisse encore par rapport à 2013 (11%), sans pour autant atteindre les niveaux les plus bas de la période 1988-1993 où ces derniers étaient passés de 10,6% à 9,4%. Il existe cependant des ruptures dans les séries de données qui ne permettent pas de bien suivre la chronologie du léger rebond obtenu en 1996 (10,8%), soit le même niveau que 20 ans plus tard. Dans l’entre-deux ce taux fait cependant figure de plafond plutôt que de plancher sur longue période, avec pas moins de 6 occurrences (1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2010), et cinq taux inférieurs (1997, 1998, 2004 et 2005 à 10,5%, 2008 à 10,7%) pour un seul rebond en 2013 à 11%.

Sources : Séries longues, DARES octobre 2018.

Nous renvoyons pour les comparaisons européennes aux chiffres livrés par l’Etude DARES de 2013, puisque ces derniers n’ont pas été remis à jour par les organismes concernés[1]. Il est dommage que l’on ne dispose pas de la ventilation sur longue période entre les taux de syndicalisation du secteur public et du secteur privé et associatif, ce qui permettrait de mieux mesurer l’effondrement du taux de syndicalisation par secteur.

Comparaison entre les taux de 2016 et de 2013

Notons tout d’abord que l’étude de la DARES de 2018 ne constitue qu’une réactualisation chiffrée sommaire et non d'une étude complète comme dans le cadre de celle de 2016. On ne dispose pas des données concernant les DOM, ni de la répartition par catégories socioprofessionnelles et par tailles d’entreprises.

Si maintenant nous regardons plus précisément les évolutions de taux de syndicalisation à 3 ans d’intervalle, les écarts sont les suivants :

Sources : DARES 2018 (les chiffres sont présentés arrondis)

Il apparait en particulier que si les taux de syndicalisation baissent en France métropolitaine de 0,23 point très précisément, les écarts sont beaucoup plus importants dans le secteur public -0,71 point que dans le secteur marchand et associatif -0,15 point.

Si le taux de syndicalisation recule dans le secteur public métropolitain, il le fait d’abord chez les hommes (-1,79 point) alors que le taux progresse chez les femmes (+0,13 point). Il est par ailleurs en fort recul chez les moins de 40 ans, respectivement de -1,58 point chez les moins de 30 ans et de -1,48 point chez les 30-39 ans. Il baisse également toujours dans la fonction publique chez les professions intermédiaires (-1,18 point) et chez les employés (-0,67 point).

Dans le secteur marchand et associatif hexagonal, les chiffres, bien que moins amples, semblent inversés : puisque la syndicalisation baisse chez les femmes (-0,57 pt), est en hausse chez les moins de 30 ans (+0,31 pt) et les 30-40 ans (+0,93 pt) mais baisse chez les plus de 40 ans (-1 pt chez les 40-50 ans et -1,32 pt chez les 50 ans et plus). Par ailleurs, la seule hausse du taux de syndicalisation en fonction des CSP (catégories socio-professionnelles), est visible chez les employés (+0,6 pt), mais baisse partout ailleurs.

La prise en compte des statistiques France entière permet de repérer l’influence des DOM, traditionnellement beaucoup plus syndiqués dans le secteur public comme dans le secteur privé. Cependant l’absence de chiffres précis pour les DOM ne permet que de supputer une tendance précise. Il semble à première vue que les taux "domiens" suivent les taux métropolitains, si bien que le taux global de syndicalisation doit normalement lui aussi être à la baisse dans des proportions voisines de la métropole (ils partent néanmoins de plus haut). Il est toutefois pour le moment prématuré de développer plus avant le diagnostic ultramarin.

Conclusion

Il est traditionnel que le taux de syndicalisation soit plus fort dans le secteur public que dans le secteur privé, dans les grandes structures plutôt que dans les petites, chez les salariés et les agents publics disposant de contrats à durée indéterminée ou titulaires plutôt qu’en CDD ou en intérim, enfin chez les hommes plus que chez les femmes. On constate cependant que globalement malgré ces constats de départ, des éléments baissiers sont à l’œuvre quel que soit le secteur concerné, le secteur public comme le secteur privé :

  • C'est paradoxalement dans le secteur privé que la baisse est la plus ténue, on passe de 8,5 à 8,4 entre 2013 et 2016 en métropole. Par contre si l'on tient compte des DOM, le niveau national passe quant à lui de 8,7 à 8,4 également. Il y a donc sans doute une baisse sensible de la syndicalisation dans le secteur privé ultramarin ;
  • Le repli est proportionnellement beaucoup plus fort dans le secteur public : en métropole le taux de syndicalisation passe de 19,4 à 18,7, pour la France entière de 19,8 à 19,1. Le taux de syndicalisation dans les DOM semble suivre la tendance hexagonale ;
  • Ce dernier affaissement de la syndicalisation dans le secteur public est avant tout le fait des professions intermédiaires et des employés du public, le taux de syndicalisation des cadres étant en augmentation.

En retrouvant un taux de syndicalisation de 10,8% en 2016, la France retrouve son plateau traditionnel depuis 20 ans, reste à savoir s’il l’enfoncera dans les années à venir.


[1] Voir en particulier l’Etude DARES, p. 8, https://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2016-025.pdf

Commentaires

  • Par reiller • Posté le 15/10/2018 à 09:14 Ce taux est faible et il recule ,faut il s'en étonner? les syndicats sont d'abord fonctionnaires, et raisonnent à Paris en fonctionnaires. De ce fait le patronat ne peut percevoir ces organisations de manière positive: elles veulent sa mort. Il existe pourtant un lieu de coopération ,le paritarisme, gouffre profond, insondable. Comment voulez vous que ce machin fonctionne? sauf localement par exception. Mais tout cela est voulu :être fonctionnaire titulaire, c'est être sur la liste des permanents syndicaux( ou élus) à venir! Curieux pays soviétique.
  • Par GUY MERMET GRANDFILLE • Posté le 12/10/2018 à 10:38 Qui finance le syndicalisme en France ; l'état et le patronat et très peu les adhérents. Il faut que les syndicats soient totalement financés par leur adhérents. Et permettre d'avoir entreprises par entreprises des syndicats internes et indépendants qui peuvent défendre les adhérents de leur usine.
  • Par Bernard Maroy • Posté le 11/10/2018 à 21:30 Financement par les adhérents.

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