Emploi et politiques sociales

Crise économique : sursaut temporaire ou tournant fondamental (2/2)

04 juin 2009 • Bernard Zimmern

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Beaucoup se demandent si le redressement spectaculaire des places boursières au cours des dernières semaines constitue une sortie de crise ou masque au contraire une fragilité qui devrait apparaître dans les prochaines semaines. Comme l'a fort bien dit Peggy Noonan, rédactrice des discours de Ronald Reagan et éditorialiste au Wall Street Journal, on peut se demander où sont passés les garants d'une politique économique raisonnable dans l'administration Obama, les Volcker, les Warren Buffet, les Summers et si d'une part en ayant ouvert à fond les vannes du crédit, on n'est pas en train de créer de nouvelles bulles qui risquent de prochainement éclater, et si d'autre part on ne laisse pas aux éléments les plus idéologiquement anti-capitalistes la voie libre pour tuer l'oie, « kill the goose » comme disent les Américains.

La chute rapide du dollar paraît être une réponse malheureusement positive à la première question ; le monde s'interroge sur la capacité de ce qui est encore la monnaie internationale à rester une monnaie de réserve.

Pour la seconde question, on ne peut que s'inquiéter de voir apparaître à l'horizon de nouvelles taxes (un taux maximum d'impôt sur le revenu passant de 35 à 39% en 2010 ; auquel s'ajoutent déjà les impôts d'état sur le revenu qui sont de l'ordre de 6% dans la quasi-totalité des états), l'imposition de réglementations écologiques paralysant l'industrie US, le passage d'une loi sur la syndicalisation des entreprises substituant au vote à bulletin secret la signature par les salariés de cartes qui leur sera difficile de refuser lorsque ces signatures leur seront demandées par des syndicalistes musclés, etc.

Pour l'instant, tous ces changements ne sont que des menaces qui ne se réaliseront peut-être pas si les Républicains et les « Blue Dogs », les Démocrates modérés, s'y opposent comme ils viennent de le faire massivement contre la fermeture de Guantanamo.
Mais à certains signes, on peut se demander si l'Amérique n'est pas déjà rentrée dans l'ère de la bureaucratisation socialisante dont pourtant l'exemple français avec son chômage aurait dû les dissuader.

Les Américains doivent par exemple tous les ans remplir un formulaire pour déclarer les comptes qu'ils détiennent à l'étranger, formulaire qui comptait une page et se remplissait en quelques minutes. Cette année, ce sont cinq pages et avec une finesse de renseignement qui oblige à y passer plusieurs heures. Parions que l'administration qui les traite, distincte de la direction des impôts, va trouver l'occasion de se développer ; d'autant qu'elle est située dans une région en faillite, celle de Detroit, Michigan.

De même, les médecins sont menacés d'un dispositif étatique de contrôle massif des dépenses de santé qui définira ce qui est bon pour la santé publique et ce qui est considéré par le Grand Frère comme trop coûteux. Or l'une des forces du dispositif de santé américain était précisément sa souplesse ; car s'il est vrai que les dépenses de santé dépassent 16% du PIB, moins de la moitié seulement est couverte par des dispositifs obligatoires étatiques comme Medicare ou Medicaid, un peu plus de la moitié étant constitué des dépenses couvertes par des assurances contractuelles souscrites par les employeurs ou supportées par les patients dont le type même est la chirurgie esthétique. Si l'on sait qu'un dispositif obligatoire comme Medicare (qui bénéficie à tout Américain ayant dépassé 65 ans) a suscité un code des conditions de remboursement, des barèmes, etc. de plus de 100.000 pages, plus de deux fois la taille du code des impôts, qu'il faut l'expertise d'avocats pour démêler des cas pourtant simples, on mesure ce à quoi conduit un dispositif étatique par rapport au « désordre du marché ». Et tout cela pour donner une assurance maladie non pas à 47 millions d'américains qui languiraient sans soins aux portes des hôpitaux –tout américain a droit d'être accepté par un service d'urgence- mais entre le dixième et le quart qui sont les seuls à passer plus de dix huit mois sans couverture médicale, souvent volontairement.

Il n'est pas dit que l'Amérique restera le pays de l'entreprenariat et de la liberté. Et l'on commence à voir des Américains qui partent chercher ailleurs des sociétés où ils puissent réaliser toutes leurs potentialités, sans compter un retour accéléré de ceux qui avaient quitté leur pays en voie de développement.

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