Emploi et politiques sociales

Crise économique : sursaut temporaire ou tournant fondamental (1/2)

14 mai 2009 • Bernard Zimmern

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Deux informations importantes pour ceux qui s'interrogent sur la solidité de la reprise boursière et même économique constatée un peu partout dans le monde viennent d'être publiées aux Etats-Unis.

La première est que l'emploi marchand, après avoir fortement chuté de février à mars a augmenté de mars à avril aux Etats-Unis.

On sait qu'il existe deux méthodes pour mesurer le chômage, l'une se basant sur les déclarations d'emploi des entreprises, l'autre à travers une enquête mensuelle sur l'emploi des ménages ; la seconde permet d'incorporer les variations d'emploi dans les domaines non couverts par les entreprises, notamment les emplois d'indépendants tels que professions libérales.

Le bureau des statistiques du Ministère du Travail américain vient de publier les chiffres suivants :

Février 09 Mars 09 Avril 09
Population marchande active 154 214 154 048 154 731
-employée 141 748 140 887 141 007
-au chômage 12 467 13 161 13 724
Population non active 80 699 81 038 80 541

On voit que, si le chômage a encore très sensiblement augmenté, c'est essentiellement par un retour à la recherche d'emplois d'une population qui avait quitté le marché du travail, ce qui en soi est un signe encourageant. L'augmentation de la population active américaine, due à une forte immigration officielle ou clandestine et à une bonne natalité, est une des constantes de ce pays et s'est traduit sur la longue période par la création d'environ 300,000 emplois supplémentaires chaque mois, ce qui a permis jusqu'à la crise de garder le chômage à son taux le plus bas, autour de 4% et un taux d'emploi de la population en âge de travailler autour de 75%, quelque 10% plus haut que le taux français.

Bien entendu, une hirondelle ne fait pas le printemps et il faudra attendre les résultats de mai pour voir si cette reprise se confirme.

Mais un autre signe encourageant nous vient d'outre-Atlantique, la poursuite de l'amélioration de la productivité qui aurait augmenté de 1,8% en 2008 malgré une baisse de production de 4,1% ; les entreprises ont réduit le nombre d'heures travaillées par le chiffre encore plus élevé de 5,8% malgré une augmentation moyenne des coûts salariaux de 2,4%.

L'accroissement de la productivité est le facteur clé pour l'amélioration des revenus individuels et même si l'Amérique nous a habitués à des taux d'amélioration moyens de 4,5%, le fait de maintenir 1,8% en période de crise, alors que beaucoup de pays dont la France arrivent péniblement à ce niveau en période normale est assez remarquable.

Commentaires

  • Par BAME • Posté le 15/05/2009 à 15:40 Les 5 plus grosses banques des Etats-Unis que tout le monde connaît possèdent actuellement 96 % des positions de dérivés, qui sont des actifs toxiques, de toutes les banques des Etats-Unis, pour plus de 100 000 milliards de dollars avec JP Morgan en tête pour 88 billions. Malgré leurs soi-disant profits du 1er trimestre 2009 grâce à de l’argent gratuit que leur donne le FED depuis plusieurs mois ces banques sont en faillite et auraient dû être mises en liquidation judiciaire, leurs dirigeants virés et leurs actionnaires ruinés. Mais comme dirigeants et actionnaires se confondent qu’ils sont puissants et ont des amis au gouvernement, c’est en fait le contribuable américain qui a payé et continue de payer leurs pertes via un déficit qui prend des proportions abyssales et qui risque de ruiner à peu près tout le monde sauf les banquiers puisqu’ils ont à chaque fois le « droit de rejouer » avec de l’argent qui ne leur appartient pas.

    Obama a nommé à la tête d’une équipe chargée de « réfléchir » à des solutions pour sortir de la crise, Greespan, le même qui a inondé d’argent facile les banques US pendant des années, responsable de la bulle Internet puis de la bulle immobilière. Une bulle chassant l’autre au gré de la hausse puis de la baisse des taux directeurs. En les remontant à 5.25% pour lutter contre l’inflation, les défauts de remboursement se sont multipliés pour des emprunteurs souvent endettés à taux variables. Ce dont les banquiers se moquaient éperdument car ils avaient revendu leurs créances à des spéculateurs ou les avaient assurées. Le seul problème c’est que pas un seul de ces assureurs n’avait la capacité de faire face à un tel océan d’impayés et toutes ces banques qui se croyaient invincibles ont chuté.

    Ce qui démontre que les Etats-Unis sont une ploutocratie car les conséquences catastrophiques étaient non seulement prévisibles, mais prévues par les banquiers et leurs amis politiques. Aujourd’hui les autorités US continuent leur fuite en avant dans le crédit et on nous dit un peu partout que « l’économie repart » et « on a touché le point bas ». C’est faux, il reste une bulle de plusieurs billions de dollars et elle éclatera un jour ou l’autre en faisant encore plus de dégâts que celle que nous vivons actuellement. Il n’y a donc pas lieu de se réjouir d’une petite amélioration conjoncturelle obtenue par un maquillage des bilans, l’adoption de nouvelles normes comptables et surtout des montagnes d’argent gratuit déversées par la FED
  • Par Jean Taillardat • Posté le 15/05/2009 à 12:05 Je crains que votre américanophilie ne vous voile le discernement. Le gouvernement étasunien vient d'injecter près de 2000 Mds $ de monnaie par la planche à billets. Il ment sur le stress test : les besoins des banques a été décidé en haut lieu sans tenir compte de la réalité, qui est pire qu'annoncé. L'endettement est phénoménal : il faudra bien que quelqu'un paye : le contribuable certes, d'où ponction sur le pouvoir d'achat pendant des dizaines d'années. Des états comme la Californie sont en faillite, etc.

    Hélas ! mais c'est la réalité et nous en pâtirons tous.

    Cela étant, la créativité et la capacité d'innovation demeurent, mais je sais que ce n'est pas suffisant pour redresser une situation catastrophique. Si vous voulez plus ample information...
  • Par L'Ignoble Infreequentable • Posté le 15/05/2009 à 11:10 Car je ne lis pas la même chose que vous !

    Quand vous reprenez les chômeurs les inactifs, on passe de 92.116 en février à 94.199 en mars pour finir encore à la hausse en avril avec 94.265...

    Soit une hausse de 1,1 % en deux mois.
    Par ailleurs, si 517.000 personnes, soit 3,3 % de plus éprouvent le besoin de "perdre sa vie à la gagner", c'est-à-dire à aller bosser pour faire les fins de mois, ce n'est pas si réjouissif que ça.
    Ce qui l'est, et seulement ça, c'est que la différence (2,2 %) trouve quand même à s'occuper utilement (et vénalement), ce qui démontre une fois de plus les effets d'une forte "flexibilité" de l'économie américaine, même en temps de crise profonde.
    Aaaah, si nous avions la même capacité en "Gauloisie exaspérée" !
  • Par Pascal DRAY • Posté le 15/05/2009 à 09:41 Monsieur,
    Votre article sur des signes de reprises aux Etats-Unis est très intéressant mais d'une part les Etats-Unis ont un Marché de l'emploi plus flexible que le marché européen et d'autre part le fait que le FMI ne soit pas remis en cause prouve que l'ensemble des acteurs continuent à utiliser des méthodes périmées qui ne feront que prolonger la crise. Et comme vous le dites une hirondelle (statistique du chômage) ne fait pas le printemps (la reprise).
    Tant que l'on ne reviendra pas à des disciplines strictes dans le domaine monétaire et budgétaire la reprise ne sera qu'un leurre.

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